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"L’école à Bruxelles doit être réinventée pour refléter son bilinguisme"

8 février 2016

À Bruxelles, des barrières, des grilles ou des lignes sur le sol séparent physiquement les élèves francophones des élèves néerlandophones. Mises bout à bout, ces séparations forment un mur de deux kilomètres. Elles se reflètent dans la gestion quotidienne des écoles, limitées par des réglementations absurdes. Le Groupe du Vendredi appelle à les franchir.    

Dans une étude, le think thank le Groupe du Vendredi a identifié 90 écoles bruxelloises qui sont séparées par une frontière linguistique physique. Celle-ci est partout: dans les cours de récré, les réfectoires ou les couloirs. Elle prend la forme d'un mur, d'une allée d'arbres, d'une grille ou même d'une ligne sur le sol. Au sein d'une même école, une porte d'entrée différente mène à chaque section linguistique. Tout est fait pour éviter les contacts entre les élèves, alors qu'avant la communautarisation de l'enseignement, certaines de ces écoles étaient encore bilingues.

Absurdités

30.000 enfants sont confrontés chaque jour à cette division. Le rapport du Groupe du Vendredi pointe les politiques actuelles qui découragent la coopération entre les deux "clans" d'une même école et donne lieu à des situations absurdes. "Si une école néerlandophone veut organiser une fancy-fair avec une école francophone dans la même rue, elle perd ses subsides", dénonce ainsi le think thank. Autre exemple: un jeune prof de français diplômé de l'ULB ne peut être nommé dans une école néerlandophone. L'inverse est aussi valable, alors que les écoles francophones bruxelloises manquent cruellement de bons profs de néerlandais. De plus, certaines pièces dans les écoles ont été divisées pour une simple question de budget de maintenance.

L'exemple catalan

La situation à Bruxelles est similaire à celle de la Catalogne et les Belges devraient s'en inspirer, recommande l'étude. Dans le système catalan, les deux langues officielles - le catalan et le castillan - sont enseignées à l'école. À la fin de leur scolarité, les élèves sont tenus de parler couramment dans les deux langues. La loi interdit la séparation en sous-groupes.

"La diversité linguistique ne devrait pas être un critère pour établir un clivage entre les enfants de chaque bord, mais devrait constituer une richesse et un socle commun pour permettre aux enfants quelle que soit leur origine communautaire d'atteindre un multilinguisme effectif et ainsi d'améliorer le vivre ensemble", note le rapport.

L'effet pervers de la communautarisation

Selon le rapport, cette séparation physique est une des conséquences de la communautarisation de l'enseignement dans les années 60. Elle correspondait à la réalité sociologique de l'époque. Mais les choses ont changé: aujourd'hui, le choix d'une école répond moins à un sentiment d'identité qu'à des préoccupations pédagogiques. D'autant plus qu'une part importante d'élèves bruxellois ne parlent ni français ni néerlandais à la maison mais arabe (21,1 %) ou espagnol (3 %).

Abattre les murs

Le Groupe du Vendredi est financé par la Fondation Roi Baudoin et réunit une vingtaine de jeunes. L'étude ne constitue pas qu'un "plaidoyer pseudo-romantique pour plus de solidarité entre les communautés linguistiques à Bruxelles", dit-il. C'est un appel à repenser le système éducatif bruxellois. "Nous ne devrions pas ériger des murs en Europe, en particulier dans sa capitale. C'est la responsabilité de notre génération d'abattre les murs qui divisent les communautés."

"À l'heure où Bruxelles veut renforcer son positionnement comme carrefour central d'une Europe multiculturelle", continue-t-il, "il apparait crucial de repenser ce modèle d'éducation, basé sur une différenciation linguistique parfois brutale, tant il répond à la logique de sociologies du passé et non des défis actuels de la capitale. La division des élèves selon leur appartenance à un système d'enseignement ou à un autre appartient au passé. L'école à Bruxelles doit être réinventée pour refléter dans son essence le bilinguisme, et au-delà le multilinguisme, de la région."

En divisant les enfants dès l'école maternelle, on les inscrit d'office dans un camp. Quelle chance leur donne-t-on de nouer des liens entre eux? À l'heure où se profile une nouvelle réforme de l'État, cette question vaut la peine d'être soulevée.

Source: l'étude du Groupe du Vendredi

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