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Plus de 30 ans après Tchernobyl: les centrales nucléaires ne seraient sûres que "sur papier"

29 novembre 2016

Cette semaine, un énorme dôme a été placé sur le réacteur nucléaire de Tchernobyl. Il y aurait toujours du matériel radioactif à l'intérieur: environ 200 tonnes d'uranium, selon les experts. Trente ans après Tchernobyl, est-ce qu'une catastrophe nucléaire est encore possible? L'expert nucléaire néerlandais Wim Turkenberg l'affirme: les centrales nucléaires ne sont sûres que sur papier.

Après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le réacteur a été directement recouvert d'une couche de béton mais avec le temps, elle se craquelle de plus en plus. Mais il y a encore du matériel radioactif à l'intérieur: environ 200 tonnes d'uranium, selon les experts. Pour sécuriser à nouveau le site, un dôme vient donc d'être érigé. Sa construction avait débutée en 2010 et vient de se terminer.

Et ce n'est pas trop tôt. Parce que depuis lors, des parties du bâtiment sont en train de s'effondrer par vieillesse ou par mauvaise réparation.

Un dôme gigantesque

Le dôme a été érigé au-dessus du réacteur et de la couche de béton coulée en 1986. Elle a deux fonctions. La première est de protéger le bâtiment de la pluie et du vent. La seconde est d'éviter un nouvel effondrement, puisque le site est très endommagé. Comme ça, les travaux de démolition et de nettoyage vont pouvoir commencer à l'intérieur. Et les rayons radioactifs qui pénétraient par les craquelures du béton seront enfin stoppés.

Ce dôme est gigantesque: tu pourrais facilement y faire rentrer le Stade Roi Baudouin. Il mesure 110 mètres de haut, 260 mètres de long et 165 mètres de large. Il pèse plus de 26 millions de kilos et est composé d'acier inoxydable et de béton. Mais à cause du danger d'irradiation, il a dû être construit à 300 mètres du réacteur puis être déplacé.

La sécurité nucléaire juste sur papier?

Est-ce qu'un accident nucléaire comme Tchernobyl peut encore arriver aujourd'hui? "Certainement", a répondu l'expert nucléaire et professeur émérite Wim Turkenburg sur la chaîne de télévision néerlandaise NOS. Pour lui, "il y a 500 réacteurs nucléaires dans le monde, et la probabilité qu'une autre catastrophe nucléaire se produise est quasi certaine".

Selon Turkenburg, les centrales nucléaires ne seraient sûres que "sur papier". Il a expliqué sur NOS: "le risque d'une catastrophe nucléaire est renforcé par les erreurs humaines. Il faut en fait une mauvaise interaction entre le réacteur et l'homme. La cause n'est jamais purement technique".

Turkenburg a pris les exemples de Tchernobyl et Fukushima: "À Tchernobyl, ils étaient en train de mener une expérience mais ils ne s'étaient pas bien préparés avant. À Fukushima, ils savaient depuis des années que le réacteur n'était pas assez résistant en cas de tsunami mais ils ont préféré ne rien dire et ne rien faire pour éviter de faire paniquer les gens. Ces deux exemples prouvent que ce sont les activités humaines qui augmentent le plus les risques d'une catastrophe nucléaire".

Les Chinois cherchent déjà des solutions

Selon Turkenburg, les réacteurs nucléaires pourraient être plus sécurisés mais cela coûte trop d'argent. Les entreprises qui les exploitent et les autorités ne veulent pas sortir le portefeuille.

Pourtant en Chine, les scientifiques travailleraient à l'élaboration d'un nouveau réacteur, selon Turkenburg. Dedans, le coeur n'entre pas en fusion quand le refroidissement s'arrête. Et donc, le risque d'une catastrophe nucléaire est bien moindre.

En Belgique, les choses pourraient mal tourner parce que nos réacteurs sont vieillissants. Notre pays a d'ailleurs une très mauvaise réputation à l'étranger dans ce domaine. Non seulement, une catastrophe n'est pas à exclure mais en plus les effets économiques sont énormes, selon Turkenburg.

Un accident à Tihange?

Mais que se passerait-il si la centrale liégeoise de Tihange, par exemple, explosait? Pour Turkenburg: "la population serait évacuée dans un rayon de 50 kilomètres environ autour de la centrale". Mais cette évacuation prendrait plusieurs jours. Des centaines de milliers de personnes devraient être relogées. Lors de l'évacuation, des comprimés d'iode seraient aussi distribués pour réduire le risque de cancer de la thyroïde.

La zone ne serait plus habitable pendant au moins 300 ans. Mais comme le taux de radioactivité diminue tous les trente ans, à un moment donné, les gens seraient à nouveau en mesure d'y travailler. Mais ce ne serait pas avant longtemps.

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