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Lorenzo Bown, de StoryMe: "Il faut pouvoir tout lâcher pour faire ressortir le meilleur des gens"

21 février 2017

Lorenzo Bown, c'est un gars qui aimait bien jouer avec une caméra mais qui, surtout, voulait devenir entrepreneur. Il a commencé par réaliser un film d'animation pour une ONG il y a trois ans. Aujourd'hui, il emploie 60 personnes, à Londres et à Bruxelles, et ensemble ils font le marketing video de multinationales. StoryMe, une success story qui vend du rêve. 

Lorenzo Bown préférait une conversation via FaceTime: oui, depuis peu, il ne travaille plus de Gand mais de Londres. Après trois ans d'existence, sa start-up devenue grande s'étend vers Londres, Stockholm, Monaco, Singapour et elle emploie 65 personnes, pour un chiffre d'affaires de trois millions d'euros. Coca-Cola, DEME, Unicef et les banques belges principales comptent entre autres parmi ses clients.C'est StoryMe.

Son projet a aussi bien évolué: au début, l'idée était de faire des vidéos d'animation d'une minute qui explique quelque chose de complexe - la mission d'une entreprise par exemple. Peu à peu, les clients ont commencé à demander aussi des conseils sur la façon de distribuer ces vidéos et d'analyser leurs résultats. "On avait toutes ces infos et on n'en faisait encore rien. On a du coup décidé de changer ça. Maintenant on aide aussi nos clients à diffuser nos vidéos sur Snapchat, Facebook, Linkedin, sur un écran d'iPad, offline, online, et à mesurer les résultats."

Comment t'est venue l'idée de StoryMe?

Un jour, j'ai reçu une caméra de mon beau-père et je l'en remercie vraiment: c'est comme ça que j'ai commencé à filmer plein de trucs, des mariages, tout ça, pour me faire un peu d'argent et me payer mon matériel audiovisuel ainsi que ma maîtrise à la Vlerick Business School. Et oui, j'ai toujours aimé la créativité mais je voulais aussi faire du business. Je me suis lancé comme indépendant et j'ai aidé une première ONG à sa communication: j'ai créé une petite vidéo d'animation qu'elle puisse utiliser pour expliquer au monde ce qu'elle faisait. À partir de là, les gens ont commencé à nous appeler, on a eu de plus en plus de demandes et on s'est dit "go, on y va, il y a un marché." C'est là le point de départ de StoryMe donc, des vidéos d'animation d'une minute pour expliquer simplement le message d'une entreprise.

Comment est-ce que tu fais pour trouver tes idées?

Et bien, ce matin par exemple, j'étais super énervé, j'ai été faire du sport, nager deux heures au centre de Londres. Je me suis ressourcé comme ça, en faisant du sport. Il y a ça, le sport, ou la nature aussi: là où il n'y a personne, là où il n'y a pas de réseau. Là, je ne suis pas constamment dérangé par le téléphone, par des interruptions. Je suis détendu, je trouve des nouvelles choses, le cerveau se ressource.

Un entrepreneur a besoin de créativité tous les jours: il y a chaque fois de nouveaux soucis à résoudre, de nouvelles méthodes à trouver... sinon on n'a plus aucune valeur ajoutée.

Comment est-ce que tu es devenu un entrepreneur plutôt qu'un vidéaste?

Je ne filme plus, j'ai dû arrêter parce que j'ai décidé d'être entrepreneur, de me spécialiser dans cette direction-là. Beaucoup de personnes créatives, artistes, ne veulent pas prendre cette décision ou ne le peuvent pas, parce qu'elles n'ont pas la formation qu'il faut.

Mais moi... J'ai toujours été chiant quoi. Je voulais faire les choses à ma façon, j'aime le challenge, j'aime me casser la gueule et me dire: "c'est comme ça". Avant de rencontrer ma superbe femme, je pouvais me prendre cinquante claques de filles en soirée et c'est pas pour ça que je rentrais déprimé. Au contraire, j'apprenais.

C'est une question de chance aussi: j'ai essayé plusieurs trucs puis j'ai trouvé un créneau et je me suis spécialisé.

Ah et aussi quelque chose qui compte: j'ai reçu beaucoup, beaucoup d'amour de mes parents. Genre: "Lorenzo, on croit en toi, t'es un chouette gars, t'es peut-être pas le plus fort en géo ou en écriture mais tes projets... on y croit." Puis je viens d'une famille d'entrepreneurs, ça, ça facilite les choses.

Comment est-ce que StoryMe a grandi à cette allure-là?

Si StoryMe est arrivé à employer 65 personnes en trois ans, c'est parce qu'on a fait les choses différemment, on a poussé la créativité.

Niveau RH, on laisse full liberté: on peut choisir de pas se pointer un jour mais de venir le samedi plutôt. On fait vraiment confiance à l'équipe. Si on fait une fête, chacun ramène ce qu'il veut. En fait, il faut pouvoir tout lâcher pour faire ressortir le meilleur des gens.

Pourtant, il y a de la pression, des deadlines avec des gros clients. Mais la clé, c'est que les gens se sentent responsables. C'est "leur" projet.

Vous embauchez, vous grandissez... Il y a aussi des gens qui partent de chez vous?

Et bien... trois personnes ont été mises à la porte depuis le début. Sinon, personne n'a quitté.

Votre plus gros fuck up, alors?

Haha... la première fois qu'on est parti à l'étranger, à Londres, à Zurich. On s'est dit que ça allait être facile de développer. On a laissé deux gars tirer leur plan avec un mini-budget, ils se sont cassés la gueule, on est revenu faire le point après trois mois... On a dû renvoyer une personne.

On n'avait pas mis assez de ressources pour faire les choses convenablement. Il faut un vrai coaching, être proche des gens et le capital nécessaire.

Ce que vous en avez retiré?

Les gens sont souvent déjà trop réfléchis mais nous, on l'est... trop peu. On doit être plus réfléchi et prendre le temps de bien penser, bien encadrer les gens: il faut aller avec ses gens boire des verres dans des bars et leur montrer comment faire du networking, comment parler à un CEO avec 40 ans d'expérience, comment présenter la société en deux phrases.

Et puis tu as cédé ta place de CEO...

Oui, j'ai choisi de donner cette place à quelqu'un qui implémentera les décisions. Par exemple, ce shift de StoryMe vers le marketing vidéo, en quatre étapes, c'est moi qui décide comment on le fera et c'est lui qui le met en place. C'est un ex-directeur d'agence de publicité qui a 37 ans. C'est quelqu'un qui est réfléchi, calme. Il encadre, il gère le bazar. Moi, je suis plus instinctif, je continue à aller de l'avant. En fait, j'ai cette volonté de passer sans cesse les limites dans les tripes.

À quoi est-ce que tu vois qu'il est temps de s'étendre à l'étranger?

On était à maturité en Belgique. On avait les outils, on avait déterminé ce qui était vraiment important. On avait des gens pour coacher les équipes. On était prêt à copier ça à l'étranger.

Si quelqu'un vient te voir en te disant: "j'ai une idée de dingue, je veux lancer ma boite, je lâche tout", tu dis...

Je dis: "est-ce que tu vas vraiment le faire?" Si c'est pour aller dans une petit appart' avec une douche sale, est-ce qu'il prend les clés?

On vit à une époque où beaucoup de choses sont accessibles, l'information est libre, les canaux de diffusion sur internet ultra simples. Être entrepreneur, c'est devenu cool et ça facilite les choses. C'est une belle période pour entreprendre, il y a beaucoup de possibilités. Essaie, que ça marche ou pas, tu auras appris énormément au passage.

Je suis très positif: il y a assez de gens qui sont dans le négatif, je ne veux pas prendre ce rôle-là.

Si tu pouvais changer une chose, une seule en Belgique?

Je changerais les costumes de tous les politiciens, en jeans, chemises relax, bien entendu.

Et puis peut-être parce que je suis en com': que chaque politicien s'entoure de gens qui communiquent de manière très simple et que ce message arrive bien chez les gens.

Jusqu'où est-ce que tu veux aller en 2017?

On sera plus de cent fin 2017. Je veux poursuivre l'internationalisation, implémenter notre shift vers le marketing video.

Je ne m'attendais pas à un tel succès au départ: ça a dépassé toutes mes attentes... Mais je me suis vite adapté à cette nouvelle réalité, je suis ambitieux et le potentiel est énorme.

J'adore ce que je fais. Mais je vais devoir trouver un équilibre entre ma vie et mon boulot, je bosse trop, je deviens papa en février. Je dois arriver à lâcher ce qui est moins important. Et je voudrais refaire du sport, reprendre le hockey... Et surtout revoir ma famille et mes potes!

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