Tom Le Clef et Peter Wellens, oncle et neveu, co-fondateurs

© Chestnote

Peter Wellens, Chestnote: "La concurrence, c'est très très bon"

23 février 2017

Chestnote, l'app de messagerie qui est montée en flèche en Flandre et dans le monde ces derniers mois... Alors qu'elle joue plutôt sur la lenteur et l'anticipation, celle que l'on ressent lorsqu'on attend un message. Peter Wellens raconte comment il a eu cette idée de messagerie, à l'encontre de tout ce qu'on voit partout... Et entre les lignes, il nous dit aussi comment il s'y prend pour l'avoir, cette vie de start-up enthousiasmante. 

Peter Wellens se dit "entrepreneur dans l'âme". Il a ça en commun avec un de ses oncles et ils font figure d'exception à eux deux aux réunions de famille. Mais ils s'entendent bien, à tel point, qu'ils se risquent à eux deux sur un créneau que l'on pourrait croire over-saturé: celui des applications de messagerie. Ils en sont convaincus, leur approche est différente et elle peut changer le monde. Ils en ont même convaincu des investisseurs alors que l'affaire était toute jeune: en décembre 2016, Chestnote a levé 650.000 euros pour nourrir sa croissance.

- Chestnote est en ligne depuis 5 à 6 mois et a attiré 10.000 utilisateurs qui y ont échangé 200.000 messages.- 80% y retournent régulièrement.- Les clients sont répartis dans 25 pays, principalement la Belgique, les Pays-Bas, la Côte Ouest des États-Unis.- Certains clients sont payants: la ville de Knokke, des agences marketing ou encore une compagnie de théâtre.- La start-up a également levé des fonds: 650.000 euros en décembre 2016, afin de nourrir sa croissance.

On est inondés de messageries en tout genre, qu'est-ce que Chestnote vient apporter?

En effet, on est déjà inondés. On a voulu donner une alternative à ce que toutes les autres messageries ont en commun: l'immédiateté. Celle-ci nous prive du mystère, de l'anticipation. Attendre quelque chose, s'en réjouir... cela rend le "quelque chose" spécial. On préfère quand même déballer un cadeau que de le recevoir comme ça, non?

Nous voulons permettre cette attente, cette excitation avec Chestnote, ses messages, ses vidéos, ses photos.

Comment en avez-vous eu l'idée, dans le contexte actuel où tout se fait à la demande?

L'idée est venue de mon oncle, Tom Le Clef, qui a 20 ans de plus que moi et qui est aussi mon business partner. On est une entreprise à deux générations en fait: mon oncle a 47 ans, j'en ai 27.

Nous avons eu une fête de famille, pour célébrer l'anniversaire de mariage de mes grands-parents. Tom a réalisé un montage pour eux, avec des messages d'amis - et certains étaient décédés au moment où les grands-parents ont vu la vidéo, ils ont reçu un message de leurs amis à travers le temps. C'est de cette expérience que l'idée est partie.

À ce moment, j'avais une société dans l'IT... et je me suis dit: "si on créait quelque chose qui soit lié à la localisation aussi?". On aurait aussi la possibilité d'ouvrir son message à un endroit spécifique, dans un contexte particulier.

La plupart des messageries fonctionnent à l'addiction. Et vous, comment faites-vous pour que les gens reviennent?

Nous maintenons que nous prenons le temps, avec Chestnote. Cela dit, en même temps, on doit se battre avec la même arme que les autres applications de messagerie: les notifications, et le kick de dopamine qu'elles envoient.

On déclenche l'anticipation, l'attente de nos messages avec des notifications, aussi.

Aussi, on a tout un petit équipement pour enrichir les messages - pas aussi sophistiqués que celui de Snapchat mais dans la même idée.

Enfin, si les gens savent qu'un message les attend... ils ne vont pas deleter notre app!

Tout le challenge, en fait, ça a été d'avoir les premiers utilisateurs.

Comment les avez-vous eus, ces premiers utilisateurs?

On ne peut pas "acheter des utilisateurs", dépenser des cent et des mille en publicités diverses. On a commencé avec notre propre petit réseau, on a contacté des gens qu'on connaissait par téléphone, on a parlé avec eux, on a construit cette communauté de 500 testeurs motivés. Après 10 mois de testing, quand on s'est lancé, le bouche-à-oreilles a fonctionné grâce à eux. On avait toutes sortes de micro-communautés.

Qui sont-ils?

Ils viennent de 25 pays, mais surtout de Belgique, des Pays-Bas et de la Côte Ouest des États-Unis. Ce réseau-là, je l'ai aussi un peu construit quand j'ai été en échange universitaire à Berkeley, en Californie.

On pensait que Chestnote attirerait des gens de 25-35 ans... Mais en fait, ça marche bien chez les étudiants, pour des dates ou des vieilles blagues.

- Chestnote est live depuis 5 à 6 mois et a attiré 10.000 utilisateurs qui y ont échangé 200.000 messages.- 80% y retournent régulièrement.- Les clients sont répartis dans 25 pays, principalement la Belgique, les Pays-Bas, la Côte Ouest des États-Unis.- Certains clients sont payants: la ville de Knokke, des agences marketing ou encore une compagnie de théâtre.- La start-up a également levé des fonds: 650.000 euros en décembre 2016, afin de nourrir sa croissance.

Qu'est-ce qui t'a décidé à quitter ta propre société pour en créer une autre?

Ça me passionne. Ok, c'est cliché mais je suis un entrepreneur, j'expérimente constamment, en énergie, en e-commerce...

Chestnote a trouvé le chemin de mon coeur - je me suis dit qu'on pouvait avoir un impact sur l'ordre du monde. Pas évident, cela dit, comme transition puisque ma société précédente employait 80 personnes.

Qu'as-tu acquis, dans tes entreprises précédentes, qui te sert aujourd'hui?

On apprend à l'école que la concurrence, sur un marché, c'est dangereux. En fait, c'est très très bon: tu peux y trouver de l'inspiration et, aussi, cela te montre qu'il y a bel et bien un marché pour ton idée.

Aussi, le talent n'est pas aussi important que le travail. Tout est une question d'effort. C'est un cliché, mais c'est un cliché parce que c'est vrai.

Enfin, il vaut mieux un produit prêt à 80% qu'un produit prêt à 100% mais qui arrive trop tard - surtout dans une jeune entreprise, où le temps est précieux. Après tout, le marché te dira bien si tu te trompes ou pas.

Quels obstacles as-tu dû surmonter?

L'ARGENT! L'argent nécessaire pour nous faire une place.

On a eu des investisseurs, et ça a été du sang, de la sueur et des larmes. Il faut être très convaincu de sa propre histoire et savoir la raconter. Aussi, il faut un contact en personne plutôt que d'appeler un inconnu. On a été à des dîners, à des événements... Rencontrer, c'est crucial et ce n'est pas seulement un cliché: si la personne n'est pas intéressée par ta boîte, elle peut te renvoyer vers quelqu'un qui le serait. Après tout, tous nos investisseurs se connaissent, a-t-on réalisé... C'est un petit monde!

On a aussi fait de grosses erreurs en recrutant des gens: c'est très coûteux de faire partir des gens. Mais quand quelqu'un n'a pas la bonne culture ou est pessimiste, met une mauvaise ambiance dans l'équipe... Ou encore quand les gens ne sont pas à l'aise, ne font pas ce qu'ils doivent, que les consignes ne circulent pas bien... C'est nécessaire de se séparer: ce n'est peut-être pas le bon moment dans l'histoire de la boîte pour les personnes en question. En fait, je suis quelqu'un de très analytique mais pour engager, l'émotionnel rentre beaucoup en compte chez moi.

Enfin, quelque chose dont je dois pas mal m'occuper, et qui va devenir de plus en plus présent, c'est cet équilibre entre les besoins de nos clients et notre produit.

Comment gères-tu le stress?

Dans la boîte, je demande à tout le monde de fermer son ordi, de prendre un café, de faire un break...

Sinon je fais beaucoup de sport, ça me donne de l'énergie. Des jeux d'ordi aussi ;) ! Et avoir un peu une vie sociale...

© Chestnote

Anne-Fleur, une de tes nouvelles employées a écrit un blog post très positif sur son expérience chez vous... Comment est-ce que tu crées et nourris cet enthousiasme?

J'étais surpris moi-même, je l'ai appelé hier soir "waw, c'est trop chouette ce que tu as écrit."

Ce que Tom et moi avons appris, c'est que quand tu engages quelqu'un, tu engages quelqu'un qui va nous écouter mais que nous aussi, nous allons pouvoir écouter - qui a des idées, des projets. On veut des gens qui viennent en disant "je veux faire ça pour vous".

On a soigneusement sélectionné Anne-Fleur et on lui donne de la liberté, de l'espace pour ses idées.

On choisit des gens indépendants, je déteste le micro-management, sauf si c'est vraiment nécessaire.

La team est aussi vraiment importante, c'est un grand facteur de motivation. Notre structure est horizontale, on apprend les uns des autres.

Travailler en famille, c'est un bon plan?

On a cette confiance inconditionnelle, que seule la famille peut accorder. L'inconvénient, c'est que c'est un peu moins évident d'être dur l'un envers l'autre. On a donc ajouté des conseillers indépendants, aux décisions desquels on se plie.

On est les seuls entrepreneurs de la famille, Tom a toujours été un peu un modèle pour moi. Sinon, j'ai aussi été en contact avec des entrepreneurs à l'Université d'Anvers.

Est-ce que la Belgique, avec son petit marché, est un bon endroit pour lancer Chestnote?

Si j'avais pu vraiment choisir... Ç'aurait été les États-Unis: on y atteint plus vite une masse critique.

Maintenant, en Belgique, le public est très critique et ça, c'est top, si on sait gérer les critiques. Aussi, on a pu travailler entre autres avec startups.be, Belcham (pour aller aux États-Unis)...

Déjà lu?

Déjà lu?