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Les ouvriers de Caterpillar ne se sentent pas respectés: "Si la direction ne nous écoute pas, ça va aller beaucoup plus loin"

6 février 2017

Grosse tension sur le site de Caterpillar à Gosselies. Les syndicats, rejoints par l'entièreté des ouvriers, ont décrété une grève de 24 heures à compter de ce lundi. Ils sont scandalisés par les indemnités de départ que la direction leur propose. Les ouvriers crient à la discrimination par rapport aux cadres, qui "tirent la couverture de leur côté". Newsmonkey s'est rendu sur place pour essayer de comprendre cette colère.

Arrivé sur les lieux en début d'après-midi, un calme relatif règne devant les grilles de l'usine Caterpillar à Gosselies. Une centaine d'ouvriers se tiennent debout et ont cessé leur activité. Quelques pneus brûlent encore et dégagent une fumée noire, symbole de leur mécontentement.

On aborde un premier groupe pour tenter de comprendre ce qui se joue. Les réponses fusent, sans pudeur: "On est là pour l'argent", réagit un premier. "Nous avons des familles à nourrir, et maintenant, tout ce qui nous intéresse, ce sont les indemnités".

Depuis l'annonce de la fermeture et la perte de plus 2.000 emplois directs en septembre dernier, les travailleurs poursuivaient leur activité en sous-régime. S'étant faits une raison, ils espéraient que la direction leur proposerait une indemnité de départ "correcte", "pour tout le boulot et les efforts de production accomplis".

Ouvriers vs cadres

Mais c'est justement là que le bât blesse: les ouvriers estiment qu'il y a une discrimination par rapports aux managers: "On nous propose 22.000 euros nets quand certains cadres prennent plus de 200.000 euros, il faut arrêter de nous prendre pour des cons", nous raconte un autre ouvrier. Un troisième enchaîne: "Certains boufferont du caviar, pour nous ça sera des sardines".

Les ouvriers demandent juste un peu de "dignité", eux qui ont contribué à réaliser tous les efforts demandés par la direction ces dernières années. Le tout avec une production rentable, suite à la restructuration de 2013 qui s'était accompagnée d'investissements majeurs de la part de la maison mère américaine.

On s'est ensuite intéressé plus particulièrement à Michaël, monteur dans une des chaînes de production: "On essaye de se battre, de montrer qu'on en a marre. Si on se laisse marcher sur les pieds, on repartira avec rien", nous dit-il. Avant d'expliciter toute sa détermination: "Croyez-moi, si la direction ne se décide pas à bouger, ça va aller beaucoup plus loin. Il y en a beaucoup qui sont chauds ici."

"Beaucoup ne pourront pas garder leur calme"

D'autres actions sont à venir? Tout dépend de la direction: "Pour l'instant, aujourd'hui, on reste très calmes, on montre notre colère mais dans le respect. Mais j'en connais beaucoup qui ne pourront pas garder leur calme (...). Si on nous marche sur les pieds, ça va aller beaucoup plus loin", insiste Michaël, même s'il se rend compte que c'est une arme à double tranchant: "On ne sait jamais avec la direction".

Elle a d'ailleurs réagi et ne cache pas que le bon déroulement des négociations pourrait en pâtir: "Ces faits font peser un risque sur le déroulement des négociations et le financement du plan social que la direction locale œuvre à mettre en place", a déclaré le porte-parole dans Le Soir.

Du côté syndical, on espère bien sûr une reprise des contacts dans les prochaines heures avant de tabler sur une prochaine réunion dès demain. Mais le constat est le même que pour les ouvriers, comme nous l'explique un responsable des syndicalistes de la CSC: "Vous prenez un gâteau. Les cadres vont bouffer les trois quarts du gâteau quand les ouvriers n'en auront qu'un quart, c'est inacceptable. Il y a un boulot qui a été fait depuis 2013 et on ne mérite pas cette fermeture, la direction devra donc mettre la main au portefeuille."

Le plan de reconversion: "De la poudre aux yeux"

Par ailleurs, un comité d'experts a planché sur un vaste plan de reconversion des activités (CatCh) visant à créer 6.000 à 8.000 emplois en dix ans dans la région de Charleroi. Quand on demande aux ouvriers leurs avis sur ce plan, ils ne font pas dans le détail: "C'est de la poudre aux yeux", réagit un premier. Un autre ouvrier va plus loin: "Après tout ce qu'on a vécu, les promesses non tenues, etc., on n'y croit pas."

À noter que ce plan, dont Le Soir s'est procuré un exemplaire, n'a pas encore été présenté aux ouvriers. Le responsable syndical de la CSC nous fait juste savoir qu'il a tenu une réunion à Namur à l'Élysette jeudi dernier et que le sujet n'a pas été abordé. "Ce sont les journalistes qui nous parlent de ça depuis ce matin, on attend de voir", nous répond-t-il dubitatif. Ce plan devrait être présenté probablement jeudi, d'après lui.

En attendant, les ouvriers vont poursuivre leur action pour le reste de la journée. Et d'autres actions devraient avoir lieu si la direction ne leur propose pas une indemnité plus "juste".

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