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Envoyer des faux CV aux employeurs: voici l'idée un peu dingue du gouvernement bruxellois pour stopper la discrimination

17 février 2017

Pour lutter contre la discrimination à l'embauche, le gouvernement bruxellois propose une idée un peu dingue: que l'inspection du travail envoie de faux CV aux employeurs soupçonnés de discriminer. Si la discrimination est avérée, elle pourra leur dresser un procès verbal, qui pourra se terminer devant le tribunal du travail. S'il passe, ce plan serait une grande première en Europe.

À Bruxelles, c'est malheureusement loin d'être rose pour les travailleurs. Le chômage touche actuellement 17,5% de la population active. Mais le pire, c'est la différence entre les travailleurs belges et ceux d'origine étrangère. La part des demandeurs d'emploi s'élève à 30% chez ces derniers, contre 10% chez les Bruxellois "de souche". Il existe bien une forte discrimination à l’embauche. Face à ce constat interpellant, qui vient du cabinet du ministre bruxellois de l’Emploi Didier Gouin (DéFI), il fallait trouver une solution de toute urgence.

Mais l'idée que le gouvernement bruxellois a trouvée est un peu dingue: envoyer de faux CV à des employeurs. Le gouvernement s'est réuni hier et a validé en première lecture un avant-projet d'ordonnance qui propose, en tout, dix actions pour s'attaquer de plein front à la discrimination à l'embauche. Certaines sont toutes nouvelles, d’autres prolongent des mesures qui ont déjà été entamées par le passé.

"Testing" et sanctions possibles

Le plan permet, en fait, de créer un cadre législatif qui autorise l’inspection du travail à réaliser des "testings" auprès des employeurs qui ont reçu des plaintes ou qui sont soupçonnés de discrimination. Les modalités exactes de ces testings doivent encore être précisées, mais L'Écho nous apprend déjà que ces employeurs recevront deux CV identiques, l'un à la suite de l'autre.

Sur le premier, la caractéristique supposée être à l’origine de la discrimination faite par l'employeur aura été supprimée ou modifiée. Par exemple, le nom, le lieu de naissance, le sexe ou encore la photo. Le second CV sera exactement le même, mais avec cette caractéristique bien visible.

Si le premier CV est accepté et pas le second, l'inspection du travail l'interprètera comme une preuve de discrimination et pourra alors leur dresser un PV. Non seulement ils risquent de ne plus bénéficier des aides régionales prévues pour ces employeurs, mais en plus l'affaire pourra se terminer devant le tribunal du travail.

Tout à fait légal

Mais attention, cette mesure ne s'appliquera pas à tous les employeurs de la capitale. Didier Gouin (DéFI) rassure, dans l’Écho: "Certains partis d’opposition croient que l’inspection va, d’une certaine manière, à l’aveugle, envoyer tous azimuts des CV bidon aux entreprises. C’est illégal. Il est hors de question de les provoquer sans raison."

Si son plan se met réellement en place, Bruxelles serait la première ville en Europe à autoriser son inspection du travail à mettre en place de tels tests. Mais ce n'est pas encore gagné, les juristes et constitutionnalistes s’y opposent déjà. Ils veulent d'abord savoir si la Région est bien compétente en la matière. La question sera bientôt soumise au Conseil d’État, et ce sera à lui de trancher.

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