Muslim Ban : Ce que les Américains expatriés au Liban en pensent

3 avril 2017
!
Cet article a été rédigé par l'un de nos visiteurs. Si tu souhaites y réagir ou écrire un article dans notre Zoo, fais-toi plaisir! Lis ici comment procéder.

Alors que durant sa campagne présidentielle, le monde entier n’en pouvait déjà plus d’entendre parler de lui, maintenant élu, Donald Trump n’en a pas fini de faire saigner les oreilles. Alors que la controverse due au fameux Muslim Ban bat toujours les tempes, les médias internationaux suivent l’affaire de près et s’interrogent finalement sur l’étendue réelle du pouvoir accordé au président des États-Unis. Pendant que l’ex-star de téléréalité cherche une nouvelle solution pour faire valoir son décret dit sécuritaire et que des millions de personnes s’en indignent encore sur les réseaux sociaux, on a voulu récolter l’avis tout particulier d’Américains expatriés au Liban. Étudiants ou travailleurs, ceux-ci ont accepté de répondre à quelques questions, lesquelles pourrait-on somme toute qualifier de rhétoriques au vu de la cohésion de leurs positions.

Journaliste indépendant, Ned Whalley vient de la métropole de Chicago. Arrivé au Liban il y a trois ans et demi, Ned a trouvé dans ce pays la localisation idéale pour poursuivre sa carrière. Politiquement de gauche, il a toujours voté pour le Parti Démocrate sans pour autant s’accorder avec lui sur sa gérance ou ses candidats. Présent à Beyrouth lors de la dernière élection présidentielle, Ned a passé la nuit devant un écran de télévision en compagnie de ses amis américains expatriés. Alors que le début de soirée se déroulait gaiement, c’est affligés qu’ils ont compris aux petites heures que Donald Trump sera bien le candidat élu. Les sentiments sont forts : dégoût, incompréhension, colère et résignation. « Comment le pays dit de la liberté et de la diversité peut-il désigner un homme ouvertement raciste, misogyne et sans aucune expérience politique ? », s’indigne-t-il.

Entre le 8 novembre 2016 et le 20 janvier 2017, la question de savoir si Donald Trump allait réellement appliquer son programme de campagne s’est infiltrée dans tous les esprits. Au lendemain de son investiture, c’est sans surprise que le changement radical de la politique américaine se met en place. Pour John McCabe, au Liban depuis 2009 et chercheur au Centre Libanais d’Études Politiques, Trump est tellement imprévisible que les Américains auraient dû voir venir la mise en application de ses promesses de campagne, même les plus extrêmes. L’annulation temporaire de son décret par le pouvoir judiciaire n’était déjà qu’un frein à main tiré sur une pente escarpée. John ne serait même pas étonné de voir Hillary Clinton poursuivie bientôt en justice par son ancien rival de campagne.

Avec le surnommé Muslim Ban, c’est toute la diplomatie internationale qui s’est offusquée et qui a revu ses positions face aux États-Unis, malgré un silence inquiétant du côté des pays arabes. Sam, quant à elle, est diplômée en droit et possède un point de vue légal intéressant sur ce point. Pour elle, ce décret instauré par Trump était absurde. En effet, évoquer le 11 septembre 2001 et ne pas prendre en compte au sein de cette interdiction d’entrée les pays qui ont perpétré cette attaque contredit l’essence même du plaidoyer sécuritaire de Trump. De plus, renforcer la bataille administrative pour l’obtention de visas pour les réfugiés, détourner le voyage des titulaires d’une carte verte et renvoyer dans leurs pays les civils ayant fuit la guerre et obtenu l’autorisation d’entrer sur le territoire américain sous l’administration Obama sont antinomiques du concept même de droit. Enfin, privilégier les réfugiés non-musulmans considérant leur religion comme des minorités persécutées dans les pays musulmans bannis revient à déclarer l’aberration selon laquelle la population musulmane, soumise aux mêmes conditions de guerre que les autres, ne peut avoir le même statut qu’eux. Ayant étudié les lois relatives à l’immigration et à la constitution américaines, Sam conclut en ces mots : « Je ne pense pas qu’un tel ordre exécutif de Trump survivra aux nombreux défis judiciaires qu’il soulève. Avant toute chose, le décret devra être amendé, ce qui semble d’ores et déjà mal parti ».

Quant à Susie, journaliste à Beyrouth depuis un an et supportrice d’Hillary Clinton, elle s’est simplement résignée à ne plus prédire ce que Trump pourrait concocter d’autre durant son mandat. Qualifiant le Muslim Ban de volontairement nuisible, elle s’indigne face à la difficulté qu’ont les réfugiés au Liban d’obtenir des visas pour les États-Unis mais espère que les juges fédéraux parviendront à freiner le chaos dans lequel Trump semble vouloir persister. En effet, l’imbroglio dans lequel ce dernier s’est enfoncé a finalement décidé de sortir par la petite porte en abrogeant son premier ordre exécutif sur l’immigration. Le nouveau président américain n’a cependant pas dit son dernier mot puisque celui-ci en a récemment sorti un second. Quid de son contenu ? Parlons par euphémisme : une version plus légère et des mesures moins chaotiques prévues. Toutefois, si la forme change, le fond reste froidement identique.

Advienne que pourra mais tous s’unissent pour dire que le Muslim Ban revient à nier les racines sur lesquelles les États-Unis se sont développés, à savoir l’accueil des réfugiés, l’ouverture au monde et à la différence ainsi que la liberté de vie inconditionnée. En tirant sur les pions pour avancer, le roi Trump risque de se retrouver coincé sur le damier national et de devenir le fou renversé par un échec et mat cuisant grâce aux mobilisations nationale et internationale à son encontre. Encore faudrait-il cependant que les volontés européenne et arabe s’accordent pour ne pas rester sur le carreau.

Déjà lu?

Ta réaction?