© Twitter @pepperminds

Combien gagnent les "bénévoles" en rue? Et quelle part des dons arrive réellement dans les ONG?

21 avril 2017

Les "bénévoles" de WWF, Child Focus, Unicef et Greenpeace, tu en croises sûrement souvent. Mais certains d'entre-eux ne sont pas du tout des volontaires et sont payés par des agences comme Pepperminds, Appco, Activate ou encore ONG Conseil. La grande question est de savoir quel pourcentage des donations arrive vraiment dans les ONG? Et comment fonctionne en interne ce genre d'agences. On s'est intéressé de près au cas de Pepperminds.

Child Focus, entres autres, emploie des étudiants provenant de la société Pepperminds, c'est eux qui t'accostent en rue pour te demander de faire un don à une ONG. Mais quel montant va réellement à l'organisation? "Chaque euro que le citoyen offre va directement sur la note de l'ONG", assure le porte-parole de Child Focus, Dirk Depover à newsmonkey. "Les étudiants nous donnent d'excellents résultats".

Des dépôts mensuels

Pourtant Pepperminds "coûte de l'argent", poursuit Depover. "Les jobs d'étudiants doivent bien sûr être payés, mais sur le long terme, cela va amener plus d'argent et de ressources aux ONG." Mais comment se passe ce miracle? Les étudiants de Pepperminds demandent aux passants des dons périodiques, ce qui assure une certaine stabilité. De l'argent arrive ainsi chaque mois sur le compte de l'ONG en question.

En fait, un don unique n'est pas accepté. Et lorsque tu veux arrêter ton dépôt mensuel, tu dois souvent passer par une jungle administrative, tout en justifiant "la raison de l'arrêt du dépôt".

"Relation hiérarchique"

Depover souligne aussi que Child Focus a une relation hiérarchique avec l'entreprise. "Année après année, nous évaluons la qualité et les performances de Pepperminds."

Si les étudiants ne font pas ce qu'il faut ou vont trop loin, "l'ONG leur tape sur les doigts, parce que ce n'est pas dans leur contrat", ajoute Depover.

Combien gagnent-t-ils?

C'est un peu le désordre. Mais ça mérite quoi comme salaire ce genre de job chez Pepperminds? "Dans leur annonce, ils parlent de 15 euros de l'heure", avance W., un étudiant anonyme ayant travaillé à Pepperminds (2014-2015)."Mais tu dois être présent au moins deux heures à l'avance, et après ta journée de travail, tu dois rester au bureau pour enregistrer les promesses de don. En fait, tu es plutôt payé 9 à 10 euros de l'heure".

"Grosse pression au travail"

W. souligne aussi qu'il y une pression intense au travail et une culture de compétition entre les collaborateurs. Ceux qui ne performent pas volent dehors. "Tu es toujours envoyé sur le terrain par deux. Et il est attendu que chacun récolte quatre promesses de dons. Si tu ne le répètes pas un certain nombre de fois, tu es blacklisté et même parfois viré. Pepperminds, c'est bien sûr une société privée."

A l'inverse, "quand tu récoltes les dons périodiques de sept personnes ou plus, tu as droit à 10 euros en bonus de ton salaire normal".

Ensuite, W. nous parle d'une fête géante: les Pepperawards. Cette une cérémonie qui récompense les meilleurs employés. "Une grosse fête avec beaucoup de show, de cris et des speech."

La fameuse affiche des Papperawards

Décadent

Durant les mois d'été, l'entreprise loue une villa sur la côte belge. "Durant la journée, on travaille sur la digue et le soir c'est la grosse fête dans la villa qui s'appelle pour l'occasion Peppershore". Les gens discutent et se bourrent la gueule dans une luxueuse villa en bord de mer, on dirait presque l'île de la Tentation.

Pour W., Pepperminds "est presque une secte" pour le monde extérieur. "Pour ceux qui sont dans l'entreprise, c'est génial, tout est fait pour qu'ils se sentent concernés par Pepperminds."

"Il y a une table de billard, il y a plusieurs fêtes organisées durant le séjour, le bureau reste ouvert de 10 heures du matin jusque dans la nuit, tout le monde traîne là et discute un coup". Maintenant que W. a "été viré", il se rend compte que cette stratégie de l'entreprise était excessive. Mais W. s'engage toujours dans des œuvres de charité.

"La consommation d'alcool comprise dans le salaire"

"Après une journée de travail, il y a toujours de quoi boire un coup au bureau", poursuit W.

"Une bière coûte 70 cents", c'est beaucoup moins que dans un café. "Si tu veux boire quelque chose, tu ne dois pas payer dans un premier temps et tu notes ton nom sur un papier. Ensuite, le nombre de tes consommations est retiré de ta paye à la fin du mois." Pourtant, c'est interdit "de te faire payer ton salaire avec des consommations selon la Charte des employés".

Prétendent-ils d'être des bénévoles?

Les étudiants portent une tenue avec le logo de l'ONG pour laquelle ils travaillent. Mais peut-on les appeler pour autant des bénévoles? "Certains disent 'je suis de la WWF' ou 'je travaille pour Child Focus'. Mais personnellement je n'aime pas mentir donc je dis 'je suis ici pour représenter...'."

Le porte-parole de Pepperminds nie pourtant en bloc cette affirmation: "Nous sommes très transparents. Quand les passants voient nos employés et demandent qui nous sommes, ils doivent dire qu'ils travaillent pour notre service".

Formation

En plus, les collaborateurs de Pepperminds reçoivent "une formation sur tous les aspects internes et sur les campagnes des ONG". Celles-ci se passent au sein même des ONG, selon Depover. Même si cela reste avant-tout pour eux une main d'oeuvre bon marché.

Les vrais bénévoles

"Des bénévoles sont aussi engagés pour d'autres formes de campagnes", ajoute Depover. "Par exemple, au supermarché, certains vendent des gadgets au bénéfice des ONG, mais ce n'est pas toujours simple d'engager de vrais bénévoles. Pour chaque 'oui', on a au moins dix refus. "Pour te faire engager tu dois aussi être bon en langue et tu dois savoir de quoi tu parles". Pas toujours simple de trouver donc.

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