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Voici pourquoi on parle de destitution de Trump aux États-Unis, et pourquoi c'est du sérieux

19 mai 2017

Donald Trump vit un début de mandat secoué. Ça fait quatre mois qu'il est président et on parle déjà de destitution. Face aux accusations de la presse, Donald Trump répond qu'il s'agit "d'une chasse aux sorcières". Voici comment Donald Trump s'est retrouvé dans une situation si délicate en quatre temps.

Les emails

Tout démarre durant la campagne. Le camp de Trump est accusé de fricoter avec les Russes. Pire, certains voient dans les piratages de mails d'Hillary Clinton l'implication indirecte du camp Trump. Une enquête a d'ailleurs été ouverte à ce sujet l'année dernière, mais n'a jamais été bouclée par le FBI. Pour beaucoup, cette affaire d'emails a été déterminante dans la campagne et a fait perdre la candidate démocrate.

Le Limogeage

Au delà des soupçons, les réels problèmes de Trump ont commencé avec le limogeage du directeur du FBI, James Comey. Celui-ci était justement chargé de mener l'enquête sur les relations entre Trump et les Russes. Son éviction a donc soulevé beaucoup d'interrogations outre-Atlantique. Mais Trump, qui a tout à fait le droit de prendre ce genre de décision, a simplement justifié cette mise aux arrêts par l'incompétence de James Comey. L'agence était "mal" dirigée et était en "crise" selon le président, "surtout l'année dernière".

La bourde

Ensuite, il y a cette bourde avec le ministre des Affaires étrangères russe rapporté par le Washington Post. Trump est accusé d'avoir divulgué des informations confidentielles à propos de terrorisme. Si la Russie s'est habillement extirpée du jeu, proposant même de fournir l'enregistrement de la rencontre, les Etats-Unis beaucoup moins. En effet, une partie de ces renseignements provenait d'une source israélienne, a affirmé le New York Times. Du coup, Israël est dans une colère noire et hésitera maintenant peut-être à deux fois avant de donner des renseignements à l'administration Trump. Le président américain sera vite fixé puisqu'il se rendra en Israël lundi prochain.

L'étouffement

Enfin, le New York Times nous apprenait ce mercredi qu'il y aurait eu une volonté de Trump d'étouffer l'affaire sur l'enquête russe du FBI. Trump aurait tenté de faire pression sur James Comey pour qu'il "laisse tomber" l'enquête sur Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale et soupçonné d'avoir manigancer avec les Russes. Le prédécesseur de James Comey à la tête du FBI a maintenant été chargé de lever le voile sur toute cette affaire russe. Un homme qui a la réputation d'être incorruptible.

Destitution ou pas?

Mais que risque concrètement Donald Trump? Pour l'instant rien. On parle beaucoup de destitution ("impeachment") aux États-Unis mais on en est encore loin. La procédure prévoit que la Chambre des représentants doit d'abord introduire une demande de destitution à une majorité simple: les démocrates ne suffisent pas à eux seuls pour l'instant. Dans un second temps, la procédure file au Sénat. Là, la motion doit recueillir une majorité qualifiée de deux tiers. On en est également très loin.

En fait, aucun président n'a jamais été destitué. Lyndon Johnson a frôlé la destitution d'une voix tandis que Richard Nixon a démissionné quelques jours avant la fin de la procédure, suite au scandale du Watergate. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer les parallélismes que l'on peut établir entre les deux affaires. Enfin, il y a eu Bill Clinton qui y a échappé suite à l'affaire Monica Lewinsky.

Mais Trump doit néanmoins se montrer prudent. Il y a une chose que les Américains ne pardonnent pas: c'est le fait de faire obstruction à la justice, de donner le sentiment de vouloir étouffer l'affaire. Depuis que Trump s'est mis à dos l'ensemble de la presse - mis à part quelques canaux que l'on peut qualifier maintenant d'étatiques (Fox News) - celle-ci a engagé à tour de bras les journalistes d'investigation. Jour et nuit, ils sont à la recherche de la moindre boulette du président et ils ne vont pas le lâcher de si tôt.

Trump doit faire attention à l'opinion publique aussi: un dernier sondage montrait que 50% des Américains voulaient le voir destituer. Il ne faut pas oublier non plus que la moitié des Américains ne se sont pas déplacés pour aller voter. En fait avec un peu de recul, on se rend compte que Trump n'a été soutenu que par 24% de la population, contre 26% pour Hillary Clinton. La légitimité de Trump est donc toute relative.

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