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Le Samusocial, un Publifin bruxellois? Mayeur (PS) a touché 18.900 euros en 2015 et 16.800 euros en 2016

7 juin 2017

Yvan Mayeur (PS), le bourgmestre de Bruxelles, est dans la tourmente mais il n'est aucunement question du piétonnier. Non, ici on parle de sa rémunération pas toujours justifiée de 16.800 bruts par an dans le cadre de la gestion du Samusocial. Cette asbl dite privée est en réalité subsidiée à 98% par l’État. Mais son contrôle est rendu difficile. Ecolo et Groen demandent donc une commission d'enquête et la démission d'Yvan Mayeur est évoquée.

Jetons de présence, réunions non-justifiées, gestion peu transparente... tiens tiens, on jurerait qu'on a déjà entendu ça quelque part. Sauf qu'ici nous ne sommes pas dans le bassin liégeois mais en plein centre de la capitale.

16.800 euros par an sur le dos des sans-abris?

Le Samusocial est dans la tourmente. Pas pour la qualité de ses missions mais pour la rémunération de ses administrateurs.

La RTBF révélait hier les vrais chiffres de la répartition des jetons de présence de l'asbl pour 2015 et 2016. Bilan: 18.900 euros bruts empochés par Yvan Mayeur (PS) et Pascale Peraïta (PS) la première année. Le tout sur 12 mois et pas sur 10 comme prétendu. Vacances comprises donc.

Pour 2016, on est à 17.080 euros bruts pour la présidente du CPAS de Bruxelles et à 16.800 euros bruts pour le bourgmestre. Ils étaient jusqu'il y a peu les deux administrateurs principaux de l'ASBL, et touchaient donc des rémunérations pour ça.

Le souci est double: premièrement, Pascale Peraïta n'a pas communiqué les bons chiffres lorsqu'elle était amenée à s'expliquer. Deuxièmement, il est difficile de savoir si ces sommes sont justifiées puisque l'asbl, à titre privé, n'est pas soumise à l'ordonnance sur le plafond des rémunérations des mandataires publics, selon son avocat.

Pascale Peraïta, qui a démissionné après vingt années à la tête du Samusocial vendredi dernier, avance qu'il s'agit finalement d'un revenu forfaitaire, payé dans le cadre d'une activité professionnel: "Le Samusocial n'est pas une oeuvre, c'est une entreprise sociale. Il ne s'agit donc pas de bénévolat, mais bien d'une responsabilité professionnelle. Le Samusocial a décidé que celle-ci ne peut pas faire l'objet d'un salaire, comme c'est le cas dans certaines ONG, ou ASBL sociale, pour le président de l'association ou son administrateur délégué. Les membres du bureau perçoivent depuis novembre 2015 un montant forfaitaire", a-t-elle déclaré mardi lors du Conseil communal de la Ville de Bruxelles.

Selon Peraïta toujours, la flexibilité liée à son activité professionnelle et la vocation particulière du Samusocial sont les raisons pour lesquelles les membres du bureau n'ont pas procédé à chaque fois à des réunions formelles assorties de p-v. "Impraticable" au quotidien, explique-t-elle à la Libre. De son côté, Yvan Mayeur n'a toujours pas réagi.

Une asbl privée qui touche des millions

Le Samusocial c'est quoi? Sa première mission est "d’intervenir auprès des personnes sans-abri en détresse dans les rues de la ville pour leur offrir une aide d’urgence (hébergement, soins médicaux, accompagnement psychosocial, repas, douche)”, indique le site de l'association. Officiellement ASBL privée, dans les faits l'association touche des millions d'euros des pouvoirs publics. 98% de ses revenus sont subsidiés.

D'abord parce que ses missions sont larges et décrites dans la Libre: le gros du financement provient de la Commission communautaire commune (Cocom) pour laquelle Céline Frémault (CDH) et Pascal Smet (SP.A) gèrent conjointement l'aide aux personnes: 9,5 millions d'euros. Ensuite, une partie du budget provient du fédéral et de la secrétaire d'Etat à la Lutte contre la pauvreté Zuhal Démir (N-VA): 1,4 million d'euros est destiné au plan hivernal. Puis, viennent se greffer les subsides de Fedasil, l'Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile. Le Samusocial gère en fait deux centres d'accueil à Ixelles et Neder-over-Hembeek de 250 places chacun: 6 millions d'euros. Enfin - on s'accroche - il y a un subside qui provient du ministre Pascal Smet en tant que ministre de la Mobilité. Il est destiné à reloger les sans-abris qui "enguirlandent les gens, salissent le sol, urinent et défèquent" dans les transports publics, selon le ministre cité par Écolo. Montant du bâtiment acquis par les autorités bruxelloises: 5 millions d'euros. Montant de sa rénovation: 5 millions d'euros en plus.

Bref, une enveloppe qui se chiffre à plusieurs millions d'euros. Du coup, quand les pouvoirs publics au sein du parlement bruxellois veulent y jeter un œil de près, mais qu'il sont confrontés au caractère privé de l'asbl et aux mensonges de ses dirigeants, ça la fout mal.

Démission?

Ecolo et Groen ont donc décidé de mener la contre-offensive. Alain Maron, député Ecolo à Bruxelles, vise d'abord la politique humanitaire de l'asbl: "Elle est de plus en plus contestée, elle coûte cher et n’aide nullement à diminuer le nombre de sans-abris à Bruxelles", indique-t-il à la Libre. Il demande ensuite l'organisation d'une commission parlementaire au sein du parlement bruxellois: "Étant donné le brouillard entretenu par le Samusocial, et tout particulièrement le fait que Mme Peraïta a diffusé des informations mensongères sur ses propres rémunérations et celle de M. Mayeur, je demande que le parlement se donne les moyens de faire toute la lumière sur ce dossier".

Parce que oui, ce sont bien ces deux personnages centraux qui sont dans la tourmente. Même si Yvan Mayeur n'est plus administrateur du Samusocial depuis quelques mois, au même titre que sa collègue depuis vendredi dernier, leurs rémunérations et les questions que pourraient soulever la commission d'enquête les conduiront peut-être à démissionner, respectivement de leur poste du maïorat et de présidente du CPAS de Bruxelles.

Parce que comme le rappelait Olivier Maingain (DéFi) hier lors d'une discussion au sein du Conseil communal, "ce n'est pas la première fois que le Samusocial se fait taper sur les doigts pour son manque de transparence". Le deux personnages publics tombent en plus dans une période plus que délicate pour les élus: les citoyens ont encore en tête le dossier Publifin et les questions posées par la gestion d'organes publics comme Ores ou l'ISPPC de Charleroi.

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