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"Une tentative de me diffamer et le FBI aussi": James Comey a témoigné sur l'épineux dossier russe et tout ce qui l'entoure

8 juin 2017

L'ex directeur du FBI, viré par Donald Trump en mai dernier alors même qu'il enquêtait sur les ingérences russes dans les présidentielles américaines, a témoigné cette après-midi devant la commission du Renseignement du Sénat. Un événement particulièrement attendu et qui a mis en lumière tout ce qui se passe à la Maison-Blanche.

C'était l'un des événements les plus attendus de toute l'Amérique et du reste du monde. James Comey, l'ex-directeur du FBI, est venu donner à 13 heures (16 heures, heure belge) sa version des choses devant toute la commission du Renseignement du Sénat.

Il avait déjà divulgué hier une partie du contenu de son témoignage, publiée sous la forme d'un retranscrit de ses conversations privées avec Trump depuis janvier. Dedans, il confirme à peu près tout ce qui avait fuité dans la presse: Trump lui a bien demandé d'abandonner toute enquête sur Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale contraint de démissionner en février en raison de ses mensonges sur ses relations avec l'ambassadeur russe aux États-Unis. "J'espère que vous trouverez une façon de lâcher Flynn, c'est un bon gars", lui a ainsi dit Trump sur un ton ferme.

Lors d'un dîner à la Maison-Blanche, le 27 janvier dernier, Trump lui a carrément lâché: "J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté", le menaçant clairement de le virer. Lorsqu'un président exige du FBI de laisser tomber une enquête, cela représente, pour beaucoup d'élus américains, une entrave à la justice.

"Le FBI est honnête, fort, indépendant"

Dans la salle pleine à craquer du Sénat, il a confirmer et appuyer ses mots de la veille. En sept minutes, il est d'abord revenu sur les conditions brutales de son limogeage en mai dernier. "Lorsque j'ai été limogé, je suis rentré chez moi en tant que simple citoyen. Mais il y a des explications à cela. Le président et moi avons eu de nombreuses discussions pendant mon poste et il m'a toujours dit que je faisais un excellent travail et que j'étais très apprécié. J'ai donc été très confus d'apprendre dans les médias que j'étais limogé", a-t-il déploré tout en regrettant de ne pas avoir pu dire au-revoir à ses collègues.

Ensuite, James Comey est passé à l'offensive en accusant la Maison-Blanche de l’avoir "diffamé" et d’avoir "fait circuler des mensonges". "Il y a eu une tentative de me diffamer et de diffamer le FBI, disant que le FBI n'était plus bien dirigé et ne fonctionnait plus correctement, qu'il était chaotique, au bord du gouffre et que le personnel avait perdu confiance en son dirigeant", a-t-il annoncé. Sauf que "c'est totalement faux et je regrette que les gens aient pu lire ça dans les médias", s'est-il ensuite défendu. "Le FBI est honnête, le FBI est fort, le FBI est et restera toujours indépendant", a-t-il encore précisé.

À la question de savoir si les pressions que Trump a exercées sur lui pour qu'il abandonne les poursuites envers Flynn relèvent d'une obstruction à la justice, James Comey a répondu qu'il n'était pas sûr. "Je ne peux pas dire si les conversations avec le président sont une obstruction à la justice, mais elles sont troublantes", a-t-il réagi estimant qu'il ne revient pas à lui de répondre à cette question. Par contre, il s'est dit "certain" que le procureur spécial nouvellement nommé, Robert Mueller, enquête actuellement sur Trump pour "obstruction à la justice".

Un peu plus tard, il a encore confirmé qu'il avait bien été viré à cause de son enquête sur les Russes. "Oui, à cause de l'investigation russe, clairement. Le président l'a d'ailleurs confirmé lui-même", a-t-il précisé.

"Aucun doute" sur les ingérences russes

Après ce monologue, James Comey a répondu à diverses questions des sénateurs sur le dossier brûlant des liens entre la Russie et l'administration Trump.

À l'interrogation "est-ce que vous avez des doutes selon lesquelles les Russes seraient derrière les attaques cybernétiques?", il a répondu du tac au tac: "Non". Un peu plus tard, il a précisé sur un ton résolu: "il y a eu des interférences hostiles des Russes dans nos élections, avec des moyens sophistiqués très puissants. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ce ne sont pas des informations nouvelles, mais elles sont très sérieuses". Il a également ajouté qu'il n'avait "aucun doute" sur le rôle du gouvernement russe dans le piratage du parti démocrate.

Par contre, il ne pense pas que ces piratages russes aient pu influencer le résultat de l’élection présidentielle américaine.

Il a également confirmé que Trump ne lui avait pas demandé explicitement de mettre fin à l’enquête sur l’ingérence russe dans les élections, mais il avoue que ses demandes sur le dossier étaient "très dérangeantes". D'ailleurs, il a ajouté que le FBI s’occupe de dizaines de milliers d’enquêtes et que Trump ne lui a posé "aucune question sur aucune autre enquête".

Plus de réponses après la réunion à huis clos

Pour ce qui concerne les liens concrets entre Washington et Moscou, James Comey n'a pas voulu répondre aux questions précises sur l'enquête. "Nous en parlerons en session fermée", a-t-il simplement rebondi. Après cette audience publique très médiatisée, une réunion à huis clos doit en effet se tenir où il y a fort à parier que l'ex directeur du FBI déliera davantage sa langue sur l'épineux dossier russe.

Du côté de la Maison-Blanche, à l'heure d'écrire ses lignes, Donald Trump, d'ordinaire très viral, n'a toujours pas réagi à l'audience de James Comey. Mais son témoignage sous serment, précis et fiable, va sans nul doute le faire trembler. Le pire risque d'être à venir...

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