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Ecolo s'est fait un petit jogging à Mons pour mesurer la pollution de l'air et combattre ce danger qui fait 6.000 morts par an

16 juin 2017

Depuis le 26 juin dernier, Ecolo se balade aux quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles. Pour faire quoi? Pour mesurer les taux de particules fines dans l'air que nous respirons dans nos villes. Liège, Charleroi, Bruxelles, Chaudfontaine y sont passées et ce vendredi, c'était au tour de Mons d'être analysée par l'équipe Ecolo. On y était et on te donne les résultats et les projets du parti écologiste pour combattre la mauvaise qualité de l'air. 

Nous sommes à Mons, à deux pas de l'hôpital d'Ambroise Paré, dans le parc devant les Ursulines. Vers 14h, une petit bande habillée en vert s'installe et déploie le drapeau du parti Ecolo. Trois membres du parti sont présents: Catherine Marneffe, membre du conseil communal montois ainsi que Romain Moerman et Nicolas Blanchart tous les deux co-présidents d'Ecolo Mons. Ils sont habillés en tenue de sport et pour cause: aujourd'hui, ils vont courir!

En effet, le temps d'un jogging, ils vont mesurer le taux de particules fines qui compose l'air montois. Armé d'un Airbeam, un appareil conçu pour capter les particules fines, ils vont courir aux abords du Boulevard Kennedy et d'Ambroise Paré devant les yeux du co-président d'Ecolo Patrick Dupriez, arrivé avec un peu de retard.

Mons, un cas préoccupant...comme la Belgique

Bon, pour bien comprendre les chiffres mesurés par Ecolo, il faut connaitre les normes imposées par l'OMS (l'Organisation Mondiale de la Santé). Les chiffres sont exprimés en microgrammes par mètres cubes (µg/m3): sur une journée, le taux moyen de particules fines ne doit pas dépasser 25µg/m3. Et sur une année complète, il ne doit pas dépasser 10µg/m3. Maintenant que tu sais ça, on peut continuer.

Le 1er juin dernier, Ecolo avait déjà réalisé des mesures dans la cité du Doudou. Ils avaient repéré des pics de 32 µg/m3 et une moyenne de 12 µg/m3, cela dépasse donc toutes les normes fixées par l'OMS. De manière plus générale, les moyennes annuelles depuis 2008 se situent entre 13 et 17 µg/m3 ce qui explose une nouvelle fois les recommandations de l'OMS. On parle de Mons mais c'est pareil à Bruxelles, Charleroi et Liège même si cette dernière s'en sort un peu mieux. Mais globalement, la Belgique est un mauvais élève et cela peut s'expliquer par la "géographie" du pays comme l'explique Romain Moerman: "si vous êtes dans un pays où les infrastructures routières sont très denses comme en Belgique, vous allez avoir un taux de particules fines moyen qui sera plus élevé que dans un pays beaucoup plus grand."

Est-ce une excuse pour justifier les mauvais résultats de la Belgique et se défendre des remontrances de la Commission Européenne? Pas vraiment mais cela prouve qu'il y a un du boulot pour changer les choses.

Des chiffres biaisés

Le but de cette action organisée par Ecolo n'est pas vraiment de sensibiliser à la pollution de l'air, c'est aussi et surtout un moyen de faire bouger les choses, comme l'explique Patrick Dupriez: "Ça va au-delà de la sensibilisation car nous fournissons des données. À Mons, il y a une seule station de mesure qui se situe en périphérie. Donc, la capacité des pouvoirs publics à avoir des informations fiables est défaillante."

Donc, comme les stations de mesures ne se situent pas dans les centres-villes, les chiffres ne sont pas représentatifs, il est donc difficile de mettre en place des politiques adéquates. Mais même mal située, la station a mesuré à plusieurs reprises des pics de pollution très inquiétants. Cette action d'Ecolo servira alors à interpeler les pouvoirs locaux: "les élus locaux vont pouvoir se servir de ces chiffres en disant "quid des mesures officielles? C'est quand même pas normal que ce soit à nos joggeurs de les prendre" et ensuite on pourra prendre des mesures, au niveau local mais aussi plus globalement" continue Patrick Dupriez.

Avoir des chiffres corrects est capitale quand on connait les risques, Patrick Dupriez en cite quelques un: "En Belgique, on estime que les deux polluants principaux, les monoxydes d'azote et les microparticules, provoquent 6.000 morts par an. Mais c'est sans compter les milliers d'enfants qui vont souffrir d'asthme, les infarctus, les problèmes pulmonaires et les problèmes de croissance chez les jeunes enfants. Selon les experts, tout cela coûte 14 milliards d'euros par an pour la sécurité sociale. On parle de coûts humains, de coûts de bien-être et de sécurité publique qui semblent ne pas être pris en compte par les politiques. Pire, lors des pics de pollution dans les grandes villes, le taux de mortalité des nourrissons augmente de 75%."

Quelles solutions?

Toujours pour Pascal Dupriez, respirer un air pur est quelque chose de fondamentale pour l'être humain, il est donc nécessaire d'organiser des mesures concrètes pour pouvoir y arriver, il en cite quelques une à notre micro: "Il y a des mesures d'urgence: lors des pics de pollution, il faut pouvoir adapter de nouvelles normes pour épouser les recommandations de l'OMS. Par exemple, réduire les vitesses sur les routes ou purement et simplement arrêter le traffic tout en rendant les transports publics gratuits. Ce ne sont pas des mesures sans conséquences mais elles peuvent être appliquées tout de suite."

Il y a ensuite les mesures à moyen terme comme le renouvellement des parcs automobiles: "Pourquoi attendre? Les moyens technologiques sont là, donc il faut forcer les constructeurs automobiles pour graduellement diminuer les émissions en mettant en oeuvre des contrôles beaucoup plus stricts pour abandonner le diesel. Même chose pour le bâtiment en améliorant l'isolation des immeubles et autres logements."

Et finalement, il a donné quoi ce jogging?

Au final, les résultats de ce vendredi sont positifs. En effet, les joggeurs n'ont pas repéré de pics dépassant 13 µg/m3. Cela contraste avec les 32 µg/m3 enregistré le 1er juin. C'est facilement explicable: ce vendredi était plus frais niveau température et le vent soufflait relativement fort. Ces conditions météo empêchent les particules de stagner dans l'air. De plus, il était environ 14h lors des mesures, on était donc hors heures de pointe. Si on se promène en ville vers 8h du matin et entre 16h et 17h, les taux de particules monteraient en flèche.

En soi, les résultats de cette action à Mons étaient accessoires, ce qui compte pour Ecolo c'est de pouvoir apporter de véritables chiffres aux pouvoirs publics pour agir de manière efficace pour combattre la pollution de l'air et correspondre aux exigences de l'OMS. Et ça, ils y travaillent depuis trois semaines. Nul doute que cette problématique reviendra sur la table lors des prochaines élections en 2018.

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