© epa/Twitter

Peut-on virer Trump de Twitter? Vu ses agressions trollesques, il serait peut-être temps de le faire

3 juillet 2017

Sur Twitter, Donald Trump a-t-il été trop loin? En insultant CNN et d'autres journalistes, en les menaçant de les frapper, en s'attaquant à des individus, le Président des États-Unis incite à la haine et à la violence. Et rien que pour ça, il pourrait être viré du réseau social. Mais pour cela, il faudrait que Jack Dorsey, le CEO de Twitter, décide d'agir. Et ça, ce n'est pas gagné.

Plus une journée ne se passe sans que Donald Trump ne publie un tweet catastrophique, injurieux ou délirant. Ce week-end encore, le Président des États-Unis a violemment attaqué CNN, taxant la chaîne d'info de frauduleuse, avant d'envoyer le tweet de trop: une vidéo dans laquelle on le voit rouer de coup un mec dont la tête a été remplacée par le logo de CNN.

Cette fois, de nombreuses personnalités ont demandé à ce que l'actuel chef de la Maison-Blanche soit viré de la plateforme de microblogging. Le hashtag #DoItJack est revenu en force. Sous ce mot-dièse, les utilisateurs ont à nouveau demandé à Jack Dorsey, le CEO de Twitter, de virer le Président américain de sa plateforme. Mais est-ce réellement possible?

@realDonaldTrump & @POTUS

Donald Trump sur Twitter, c'est d'abord deux comptes desquels jaillissent des fulgurances haineuses et des attaques ad hominem à longueur de journée: @realDonaldTrump & @POTUS. Le premier est son compte perso et le second est le compte officiel du Président des États-Unis (POTUS = President Of The United States).

POTUS a été employé par son prédécesseur Barack Obama et cela n'a jamais été un problème. Mais depuis janvier, mois de l'investiture de Donald, ce compte ne fait quasiment plus que retweeter les messages de @realDonaldTrump. Et ces derniers sont moches.

Avec son compte perso, Donald Trump a attaqué l'administration de Washington, les immigrés, les médias comme le New York Times ou CNN, le Mexique, Chicago, les Démocrates, l'Iran, Arnold Schwarzenegger... Ce week-end, il a successivement qualifié deux présentateurs de MSNBC de "fou" et "stupide comme un caillou".

Discours de haine

Twitter a des règles strictes concernant les discours qui incitent à la violence et les agressions verbales. "Nous ne tolérons pas les comportements relevant du harcèlement, de l'intimidation ou du recours à la peur pour réduire un autre utilisateur au silence. Si vous voyez sur Twitter du contenu qui enfreint ces règles, merci de nous le signaler", indiquent les règles d'utilisation de Twitter. Pour cette raison bien précise, Donald Trump pourrait être viré de la plateforme.

Des messages haineux sur Twitter, il y en a des masses mais ils sont généralement protégés par l'idéal de liberté d'expression. Sauf que dans le cas de Trump, c'est un autre niveau.

Chacun de ses messages apparaît en quelques minutes sur les écrans de millions de personnes, ils sont retweetés par les mouvements "Frog" (extrême-droite américaine plutôt bas du front) pour finalement être décortiqués sur les plateaux télés, dans les tribunes des journaux et dans de nombreux articles.

Le tweet où il cogne sur CNN a été retweeté plus de 400.000 fois, par exemple. Ses messages ne sont pas des insultes isolées mais des discours pouvant potentiellement influencer des millions de gens.

D'autres ont déjà été virés

La responsabilité de virer pour la première fois de l'histoire un Président hors de Twitter incombe à Jack Dorsey. Le directeur de la boîte l'a déjà fait pour d'autres personnalités dont le discours avait été estimé trop violent ou incitant à la haine. Parmi elles, il y a notamment eu Milo Yiannopoulos, ex-chroniqueur pour le site Alt-Right Breitbart et fervent supporter de Trump. Ou encore les artistes Azealia Banks, Courtney Love et 50 Cent...

Les raisons de virer le chef de l'État américain sont à mettre du côté des attaques personnelles et de l'incitation à la haine. Sa critique des médias (Fake News, Fraud News, Dishonest...), malgré sa charge belliqueuse, ne risque pas de lui causer de problème car elle reste assimilée à de l'opinion personnelle. Par contre, ses attaques nominatives contre des journalistes, des acteurs ou des politiciens pourraient l'éjecter de Twitter. Mais pour cela, il faudrait que Jack Dorsey soit prêt à se mettre à dos le chef d'une des nations les plus puissantes au monde.

Prendre parti? Perte financière?

Virer un homme qui compte 33 millions de followers mais qui en fait réagir beaucoup plus, ne serait-ce pas une erreur stratégique énorme sur le plan financier? En d'autres mots, si Dorsey vire Trump, est-ce que des millions d'utilisateurs ne vont pas quitter Twitter? Comme le souligne l'écrivain Mike Monteiro, cette idée est fausse. Il n'y a qu'à voir la valeur boursière de Twitter: elle est en chute depuis sa création, même si elle a très légèrement remonté ces deux derniers mois.

© Google Market

Dans une interview accordée au magazine Wired, Jack Dorsey s'est défendu de virer Trump en déclarant que ses tweets étaient "newsworthy", qu'ils avaient une valeur informative. Ce à quoi Monteiro réplique: "C'est vrai, mais c'est la raison pour laquelle la presse existe. Et sans avoir à couvrir ses tweets, elle pourrait se concentrer sur son travail."

Dorsey pourrait également avoir peur d'être tancé pour avoir pris parti politiquement. Ce à quoi de nombreux utilisateurs de Twitter répondent: Trump a attaqué des individus, il fait du cyber-bullying (harcèlement en ligne) et il met en danger l'intégrité physique de nombreuses personnalités. À un moment, il serait temps que Twitter applique ses conditions d'utilisation. Même si cela fout les boules. Même si le Président des États-Unis appelle cela un "usage présidentiel moderne".

Déjà lu?

Déjà lu?

Ta réaction?