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"Ma plus grosse erreur est de ne pas avoir lâché prise avec le Samusocial": Yvan Mayeur (PS) fait (presque) son mea culpa

19 juillet 2017

Yvan Mayeur (PS), l'ex-bourgmestre de la Ville de Bruxelles toujours dans la tourmente dans l'affaire du Samusocial, a été entendu pour la première fois ce soir devant la Commission d'enquête du Parlement bruxellois. Contrairement à Pascale Peraïta, qui a refusé de s'exprimer et même d'être photographiée, il a tenu un long discours de plus d'une heure. Il a tenté de se justifier sur tous les points, mais a surtout dénoncé le fait que "tout était connu et approuvé" par la Région.

Une session très importante de la Commission d'enquête sur le Samusocial se déroulait ce soir au Parlement bruxellois. Après l'audition de Michel Delgueldre, le président du conseil d'administration qui avait essayé de fouiner dans la vie privée de journalistes et d'un député Ecolo, les parlementaires entendaient Yvan Mayeur (PS), pour la première fois.

Seul, sans avocat, le bourgmestre démissionnaire de la Ville de Bruxelles et ex-membre du Samusocial a débuté son laïus par un très long historique sur la création et le développement du Samusocial, auxquels il avait participé. Il a ensuite évoqué les jetons de présence qu'il a grassement touchés, le fonctionnement interne de l'asbl bruxelloise, ainsi que la problématique de la transparence "qui n'en est pas une", selon lui.

"Comment peut-on parler de montants exorbitants?"

Il a d'abord indiqué son "regret" que le Samusocial ne soit pas devenu "un organisme public" et soit resté une asbl. À cause de ce statut, "le Samusocial n'est pas sous l’autorité de la ville de Bruxelles, idem concernant le CPAS de Bruxelles", s'est-il justifié. De même, "les administrateurs ne sont pas des salariés, mais ont une indemnité compte tenu de la charge de travail et du professionnalisme", a-t-il insisté.

Sur le plan des rémunérations des membres du bureau, les montants sont, selon lui, justifiés. Du fait de leur "fonction stratégique", de leur "énorme" travail et de la gestion au quotidien des urgences et des crises, "cela nécessitait une certaine rémunération", a-t-il expliqué. Il rappelle d'ailleurs qu'il touchait 700 euros net par mois pour son travail d'administrateur, ce qui est "moins que ce que prévoient la Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles pour leurs structures".

Du coup, il n'entend pas rembourser les jetons de présence qu'il a perçus: "ce que je ne ferais pas, c’est de dire que je vais rembourser parce que ce que j’aurais touché serait indu. Non, ce n’est pas vrai, j’ai travaillé pour cela et j’ai respecté un cadre légal". Et il ne comprend pas "comment peut-on parler de montants exorbitants". Il est d'accord que cela puisse "surprendre les citoyens", mais que des politiciens les dénoncent, il trouve cela "injuste" et "exagéré". Il exige donc que "l'on pondère les réactions par rapport à tout ça".

En outre, il assure que les rémunérations ne venaient pas de l’argent public, "qui est scrupuleusement contrôlé". Et que les dons "vont intégralement à l’action" du Samusocial.

"Tout était connu et approuvé"

Sur le fonctionnement interne de l'organisation, il affirme qu'il y a toujours eu "une totale transparence". Le contrat de gestion définissait les limites de chacun, mais ce sont précisément ces limites "qui posaient problème depuis le début", selon lui.

Le plus interpellant, c'est qu'il assure que tout le monde était au courant de ce qui se tramait, depuis le début. "Tout était connu et approuvé au plus haut niveau de la Région". Il remet même la faute sur "un problème structurel, supérieur au Samu" et sur "l'influence de la Région de plus en plus importante".

Il se justifie en pointant du doigt la ministre bruxelloise du Logement, Céline Fremault (cdH), et le ministre bruxellois du Transport, Pascal Smet (sp.a): "On a eu des demandes des deux ministres Smet et Fremault de voir leurs cabinets impliqués dans le Samu. C’est un dévoiement des cabinets, ce n’est pas leur rôle. Celui-ci devenait progressivement un peu bizarre. Les collaborateurs devenaient plus chers que nous." À cause de cela, le Samusocial aurait, selon lui, perdu son pouvoir d’auto-gestion.

"J'ai commis des erreurs"

Ensuite, Yvan Mayeur est revenu sur son rôle au sein du Samusocial. "Lorsque je suis devenu bourgmestre de Bruxelles, ma volonté a été de quitter le Samusocial. À ce moment-là, il y avait une tempête médiatique autour de Pascale Peraïta. Cela fragilisait les équipes. Partir quand il y a des difficultés, cela ne fait pas partie de mes attitudes. Aucun membre du CA n'a voulu prendre ma place à cause de la charge de travail. Les problématiques étaient nombreuses", a-t-il expliqué.

Un an et demi plus tard, en 2014, Michel Degueldre est devenu président de l'asbl, et il a été convenu qu'il reste membre du bureau, "notamment pour les relations institutionnelles". Début 2017, il a finalement quitté le bureau et assure ne plus percevoir "aucune indemnité".

Le bon point, c'est qu'il reconnaît tout de même avoir "commis des erreurs". "J'aurais dû démissionner en décembre 2013 malgré la pression des équipes et le refus du CA. Mon avocat considérait que les rémunérations du Samusocial n'entraient pas dans le cadre de la loi sur le cumul des mandats. J'aurais dû aller plus loin que ce que la loi stipule en matière de décumul (...) Ma plus grosse erreur, c'est de ne pas avoir su lâcher prise avec le Samusocial. Je l'ai fondé, développé, j'en ai fait l'outil qu'il est aujourd'hui et qui est malheureusement incontournable à Bruxelles", se justifie-t-il ensuite.

"Lynchage politico-médiatique"

Pour terminer, le socialiste déplore que sa démission ait été acceptée "sur base d’un rapport des commissaires" qu'il n'a "jamais reçu". Il estime "n'avoir pas eu le droit légitime de se défendre" et se plaint "d'un lynchage politico-médiatique" qu'il subit et "ne mérite pas".

Il rappelle enfin que sa carrière "ne se résume pas à ce pseudo-scandale du Samusocial", puisqu'"il n'y a pas de scandale dès lors que les autorités sont au courant de tout depuis très longtemps".

Si tu veux revoir l'audition d'Yvan Mayeur dans son intégralité, voici la vidéo:

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