© EPA/Facebook John Crombez

John Crombez (sp.a) sur les nouvelles propositions d'Elio Di Rupo: "Nous sommes deux partis très différents"

23 août 2017

Irréconciliable. À l'image de ce qui se passe en France et ailleurs en Europe, le socialisme belge est divisé. Un premier courant, plus à gauche et qui veut revenir aux fondamentaux, s'oppose à un autre plus à droite. Cette division s'observe au nord et au sud du pays où sp.a et PS semblent irréconciliables. La dernière preuve nous est apportée par John Crombrez, leadeur des socialistes flamands.

"La société que je désire dans mon livre est très différente de celle d'Elio Di Rupo", voici comment le boss des socialistes flamand décrit le nouveau livre d'Elio Di Rupo, Nouvelles conquêtes. Dedans, on peut rapidement comprendre que le président du PS ne veut pas lâcher le morceau et qu'il entend prendre un virage à gauche. Tout l'inverse de John Crombez.

Semaine de travail de quatre jours, retraite anticipée, un revenu universel de 1.100 euros, les patrons qui gagneraient moins de cinq fois le salaire le plus bas de l'entreprise, la légalisatoin du cannabis... Pour John Crombez, pas de doute: "Les recettes proposées par Elio Di Rupo sont très différentes des nôtres", a-t-il déclaré ce matin dans Het Laatste Nieuws. Ces idées sont parfois très éloignées du modèle de la sociale-démocratie voulu par les socialistes du nord du pays. Son constat est donc clair: PS et sp.a "sont maintenant deux partis différents".

Et la division ne semble pas être qu'idéologique. Après le scandale du Samusocial, le leadeur des socialistes flamands se disait "dégoûté par le comportement de Mayeur". Pour lui, "le degré de perversité" du PS bruxellois ne connaissait aucune limite. John Crombez, qui avait menacé de quitter la majorité si Yvan Mayeur ne présentait pas sa démission, a mis en exécution sa menace malgré le retrait de la vie politique de l'ex-bourgmestre socialiste de la Ville de Bruxelles. Une décision qu'il disait ne pas regretter.

France-Belgique: même combat?

Le parallèle qui peut être dressé avec la France est on ne peut plus révélateur. Là aussi la gauche s'est déchirée. D'abord suite au départ d'Emmanuel Macron du Parti socialiste, et ensuite lors de la primaire qui divisa la gauche entre Benoît Hamon et Manuel Valls. Le premier voulait se recentrer sur les fondamentaux du socialisme: la lutte contre les inégalités et la redistribution des richesses. L'autre, plus libéral, se serait bien vu à la tête d'un État économiquement à droite et socialement à gauche, soit pas très loin de ce qu'est en train de réaliser Emmanuel Macron.

Lequel des deux courants a le plus de chance de se redresser? Difficile à dire. En Belgique comme en France, le Parti socialiste est débordé par sa gauche. Le PTB est en effet cité comme le premier parti de Wallonie selon les derniers sondages, et la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon ont failli créer la surprise lors de l'élection présidentielle.

On peut donc comprendre ce revirement à gauche de la part d'Elio Di Rupo. Il s'agit d'ailleurs d'un tournant voulu également par Paul Magnette, qui ne compte toujours pas devenir calife à la place du calife. Et puis quand on voit le score électoral du Parti socialiste hollandais qui a dégringolé lors des dernières élections aux Pays-Bas, on ne peut que leur donner raison.

Mais qu'importe le courant idéologique désiré, le citoyen a besoin qu'on lui parle vrai et qu'on s'occupe de ses problèmes au quotidien. Et quand on voit la réponse apportée par Benoît Hamon en France et la gifle qu'il a reçue à l'élection présidentielle, on se dit que tout discours, aussi pertinent soit-il, n'est pas toujours audible. Et la tâche en Belgique risque d'être encore plus ardue pour les socialistes, eux qui sont minés par les scandales et usés par plus de quarante années au pouvoir sans discontinuité.

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