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Génération Y: ma vie privée est importante

4 septembre 2017
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En 2017, nous sommes de plus en plus connectés aux technologies. Les adeptes: les 15-37 ans. Sans le savoir, ils laissent des traces de leur passage sur un site ou un réseau social. Parmi cette génération Y, existe-t-il des opposants? Des jeunes qui peuvent se détacher d’un monde hyperconnecté pour renouer avec une liberté, celle de préserver sa vie privée?

Quoi ! T’as pas Facebook ?

Nous sommes de plus en plus actifs sur Internet. Nous voulons être au courant de ce qui se passe dans le monde, nous lisons les articles des différents quotidiens, magazines pour connaitre les faits et gestes de ceux qui dirigent la planète. Cet activisme se retrouve également sur les réseaux sociaux. Quand j’y pense, mis à part des parents sexagénaires et des personnes qui n’ont pas été imprégnées par les booms 2.0 et 3.0, qui n’est pas inscrit sur Facebook ? En tout cas, chez les jeunes, je dirais que c’est mission impossible...

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Selon l’agence française We are social, qui propose des articles traitant de la digitalisation et des réseaux sociaux, Facebook se profile comme un lieu où les internautes belges partagent leur vie et suivent celles des autres. Certains sont passifs et d’autres sont beaucoup plus impliqués en divulguant des informations sur leur vie et celle de leurs proches. Les plus touché? Les 16-24 ans avec 58,2% et les 25-34 ans pour 45,4%.

De la photo de ton plat trop cuit ou raté (c’est au choix) en passant par le selfie au bord de la plage pour montrer sa nouvelle silhouette, nous exposons beaucoup notre vie. Et puis, qui n’a jamais eu envie d’avoir quelques pouces levés ? Facebook titille les doigts.

Personnellement, je me connecte souvent sur Facebook. Je partage tout et n'importe quoi parfois. Et aussi des données personnelles. Mais est-ce que tous les jeunes font cela ? Eh bien non! Il existe des résistants parmi la génération Y (nés entre 1980 et 2000). Comment font-ils? Ont-ils choisi entre liberté de communiquer et protection de la vie privée?

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La ville est un réseau social

Charles, juriste, résout les problématiques liées aux statuts des agents, des fonctionnaires et du personnel enseignant. Tous les jours, il est confronté aux dérives des réseaux sociaux, et en particulier par Facebook, sur la vie de dizaines de Belges. Des carrières, voire des vies ont été brisées par ce réseau à cause d’une surexposition de la vie privée. Charles est à mille lieues de ce monde. Facebook, il le connait par ses dossiers et auprès de ses proches qui y sont inscrits. Bien qu’il reconnaisse les avantages d’être connecté, pour ce Bruxellois, sa vie n’est pas assez intéressante pour être divulguée à tout le monde.

"À part pour ma mère et quelques proches, qui est-ce que ça va intéresse ? Il y a plus d’intérêt à être sur les réseaux sociaux quand tu as vécu plus de la moitié de ta vie en dehors de la Belgique, ou quand tu as connu plein de gens à travers le monde. Je n’ai pas besoin de Facebook pour rester en contact avec les gens. Il y a d’autres moyens."

Mais derrière cette facette, Charles a-t-il quelque chose à cacher ?

"Non, parce qu’ils ne vont pas trouver grand-chose d’intéressant sur moi (Rires). C’est vrai que depuis quelques mois je possède un iPhone et j’ai un compte Instagram. Je sais qu’il existe des fuites de données mais je ne partage pas grand-chose de ma vie donc cette peur d’être espionné est minime. Le téléphone, c’est pour une facilité professionnelle afin de consulter les e-mails par exemple, et Instagram c’est pour partager des photos d’art, montrer de nouveaux lieux bruxellois, ce que je trouve sympa en ville, mais il n’y a aucune photo de moi, ni de mon stoemp saucisse mangé hier soir !"

Je suis du genre à vivre dans le monde réel

Florian est psychologue le jour et musicien la nuit. Il y a encore quelques mois, il était complètement déconnecté de toutes ces nouvelles technologies. Zéro smartphone, absent des réseaux sociaux. Et pourtant, il n’a que 25 ans…

À l’instar de Charles, Florian n’avait pas de besoin particulier d’être inscrit sur les réseaux sociaux. Il avait un peu de méfiance vis-à-vis d’eux. Comme bonne résolution de l’année 2017, il décide de sortir de sa bulle, de la vie réelle selon lui. Il choisit un compte Facebook et un smartphone pour entretenir sa notoriété naissante et faire partager sa musique. "Je ne partage pas de photos de soirée, de moi et mes potes ou avec ma petite amie. Ça, c’est la vraie vie. Les gens qui doivent connaitre tout ça, je les côtoie quotidiennement. Ils n’ont pas besoin de le voir sur les réseaux sociaux. L’essentiel, c’est le partage des dates de concert, des photos de mes différents projets musicaux. Bref, j’utilise Facebook comme une plateforme de visibilité".

Être un minimum connecté sans pour autant exhiber trop d’informations personnelles est possible. Mais pour trouver quelqu’un d’encore plus réticent aux nouvelles technologies et pointilleux concernant sa vie privée, direction le fin fond de la Belgique.

Je veux lutter à mon échelle contre ces pratiques illégales

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"Être observé, ça je refuse. Je tiens à ma liberté !", ce que Pierre dit à Facebook.

Licencié en droit, Pierre, 25 ans, est juriste et spécialiste dans le domaine de la protection des données privées. Depuis toujours, Pierre mène un combat solitaire pour préserver ses données personnelles des grandes entreprises de la Silicon Valley. Il connait toutes les ficelles utilisées par Facebook, Microsoft et Google pour s’approprier des informations et les vendre aux firmes publicitaires. Malgré qu’il n’ait rien à cacher, il préfère se rendre invisible aux yeux de "ces collecteurs de données qui veulent gagner du pognon sur notre dos", comme il le dit.

"À partir du moment où tu sais que tu es surveillé, observé, ton comportement va changer. Sans te dire qu’il peut y avoir des répercussions professionnelles ou sociales, eux t’observent et volent tes données, tu es obligé d’agir dans un certain sens et ça je le refuse, je tiens à ma liberté. Autant ne pas y être."

Pierre a fait le choix d’une vie discrète sur Internet en optant pour une adresse e-mail allemande et un moteur de recherche français. Cela lui permet de ne pas être tracé afin que Google, Facebook et les autres ne sachent pas ce qu'il fait. Qu'ils ne le connaissent pas mieux que lui-même. Car oui, ces derniers collectent bien nos données privées...

"Le pire d’entre eux, c’est Facebook. La grosse majorité des gens pensent que c’est un service public, gratuit, utile et bienveillant. Je ne peux pas remettre en cause l’utilité de ce réseau sur certains points mais il y a beaucoup de dérives" ajoute Pierre.

En 2016, cinq autorités de protections (belge, française, néerlandaise, espagnole et le land allemand d’Hambourg) ont mené des investigations sur les pratiques de Facebook suite à la modification de sa politique d’utilisation des données en 2015. Leurs découvertes Facebook procède à la combinaison massive des données personnelles des utilisateurs à des fins de ciblage publicitaire. De plus, le réseau social trace des internautes à leur insu avec ou sans compte via "le cookie datr", relate le site du CNIL, la commission nationale française de l’Informatique et des Libertés.

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Pour sa défense, Facebook jure qu’il s’agit d’une protection des comptes des utilisateurs contre différents types de nuisances, comme l’identification des comportements à risque.

Mais en réalité, l’internaute ne comprend pas que ses données sont systématiquement collectées dès lors qu’il navigue sur un site tiers comportant le logo bleu de Facebook. À la suite de ces révélations, en avril dernier, les cinq autorités ont prononcé des sanctions contre la société de Mark Zuckerberg. 150.000 euros d’amende. Du pipi de chat pour cette grande entreprise qui récolte 8,032 milliards de dollars, et ça juste engrangé au premier semestre de l’année…

Bientôt une protection juridique extrême

Le 25 mai 2018, le règlement européen général sur la protection des données rentrera en vigueur et condamnera jusqu’à 20 millions de dollars d’amende administrative et 4% du chiffre d’affaire mondial les entreprises fouillant les données privées d’un tiers ainsi que la non mise à jour de leurs conditions d’utilisation à cet égard. Désormais, les entreprises pourront savoir s’il y a eu une faille de sécurité, chose qui était impossible auparavant.

Il est vrai que les nouvelles technologies et réseaux sociaux ont permis de nouvelles formes de communication. Mais en même temps, ce nouveau web a amené de nouvelles addictions comme le voyeurisme, la nomophobie (la peur d’être séparé de son téléphone portable), une pulsion à partager ce que nous faisons aux autres mais aussi une perte de temps et d’efficacité. Inévitablement s’en suivent de nouveaux délits comme le vol de nos données à des fins commerciales.

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Auparavant, il fallait porter une attention simplement aux contenus publiés pouvant porter un préjudice socialement ou professionnellement. Aujourd’hui, la vigilance est double. Les gérants de ces nouvelles technologies peuvent nous connaitre mieux que nous-mêmes. Cela en vaut-il la peine? Ces jeunes ont fait un choix.

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