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Contre les bouchons, les Pays-Bas ont trouvé la solution: payer ceux qui laissent leur véhicule à la maison

18 septembre 2017

Les embouteillages et les grandes villes européennes, c'est l'angoisse. Aux Pays-Bas comme en Belgique, de Rotterdam à Bruxelles. Mais la ville portuaire néerlandaise a décidé de prendre les choses en main: elle récompense les navetteurs qui laissent leur voiture à la maison ou qui évitent les heures de pointe. Et ça marche!

La société néerlandaise BNV Mobility est partie d'un constat simple: "Il suffit de supprimer 8 à 10% du trafic aux heures de pointe pour le rendre fluide". Du coup, la société de mobilité a décidé de lancer un projet pilote à Rotterdam, ville totalement congestionnée à l'image de ses sœurs européennes.

Lancé en 2010, le projet ne se veut pas dans une logique punitive: plutôt que de sanctionner les usagers de la route qui se pointeraient systématiquement aux heures de pointe, BNV Mobility a décidé de récompenser ceux qui ne le feraient pas. En bref, les automobilistes qui ne se servent pas de leur véhicule ou qui évitent les heures de pointe reçoivent de l'argent. Tout simplement.

120 euros par mois

Les usagers responsables perçoivent ainsi un crédit de 3 euros ou de 3,5 euros sur une carte de transport. Sur un mois, un automobiliste peut ainsi gagner jusqu'à 120 euros par mois. Bilan: le trafic a été réduit de 5 à 10% aux heures de pointe.

Mieux, parmi ceux qui ont décidé de participer au programme pour une durée d'un an (ils ont été sélectionnés en fonction de leurs trajets), 85% ont décidé de conserver leurs nouvelles habitudes après la fin du programme. Bon bien sûr, ce projet coûte plusieurs millions d'euros par an à la ville de Rotterdam. Mais on sait que les embouteillages ont un coût bien supérieur.

Et en Belgique?

La Belgique est régulièrement épinglée comme étant le pire élève de la classe européenne. Et en pleine semaine de la mobilité, pouvoirs publics et associations lancent de nouvelles campagnes pour essayer de sensibiliser les navetteurs.

Les automobilistes wallons et bruxellois sont par exemple invités à effectuer du covoiturage, et bien plus qu'ils ne le font à présent. L'asbl Taxistop mènera donc plusieurs actions cette semaine sur les routes francophones.

Leur constat est interpelant: "80% des travailleurs wallons se rendent au travail seuls dans leur voiture". À Bruxelles, c'est à peine plus: 1,2 personne par trajet en direction du boulot. Pourtant, "si tous les automobilistes covoituraient une fois par semaine, il n'y aurait plus d'embouteillage", indique Sandrine Vokaer, responsable de l'asbl qui gère aussi le site web Carpool.be.

On notera aussi l'inauguration des Wikibus par le ministre de la Mobilité François Bellot (MR). Ils sont censés t’apporter "un déplacement de qualité" pour te rendre au travail. La première ligne reliera Charleroi à Louvain-La-Neuve.

Taxe kilométrique? "Non merci"

Une taxe kilométrique a aussi été évoquée par la FEB, mais elle a été rejetée d'un revers de la main par René Collin, ministre wallon de la Ruralité. Pour lui, il s'agit d'une "proposition ubuesque" qui se ferait au détriment des Wallons des campagnes.

Le principe de la mesure? Diminuer les bouchons en faisant payer l'usage des véhicules plutôt que leur possession. Le souci c'est qu'il s'agit d'une taxe pour tous alors que, par exemple, 40% de la population n'est pas confrontée aux problèmes des bouchons en Wallonie.

Selon un sondage réalisé par la VAB, les conducteurs se divisent en deux groupes au moment de juger cette "taxe intelligente". Ceux qui roulent moins de 15.000 km/an et qui dépendent moins de leur voiture, et ceux qui en font plus. C'est vrai que par exemple, un Flamand aura en moyenne moins de difficulté à se passer de sa voiture qu'un Wallon (plus de zones rurales en Wallonie et moins de transports en commun). Cette taxe viendrait aussi remplacer la taxe de circulation et les frais d'enregistrement, mais là encore, tous ne sont pas d'accord: un usager qui dispose d'une voiture de société ne s'y retrouverait pas par exemple.

En bref, seul 1 Belge sur 10 croit que cette tarification intelligente pourra réduire les embouteillages, selon le sondage de la VAB. À l'inverse, parmi le groupe qui roule moins de 15.000 km par an, ils sont 8 sur 10 à penser que cela pourrait leur faire gagner de l'argent.

Le gros souci ici c'est qu'on appliquerait la même taxe pour tous, alors que les situations sont bien différentes si on habite en ville ou à la campagne. En plus, cette taxe a l'art de punir les usagers plutôt que de les récompenser. Soit l'exact opposé de ce qui se fait aux Pays-Bas.

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