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Le bras de fer continue: Mariano Rajoy menace la Catalogne de suspendre l'autonomie dont elle jouit déjà

8 octobre 2017

Une semaine après le referendum d'autodétermination de la Catalogne, le bras de fer se poursuit entre Madrid et Barcelone. Un vrai dialogue de sourd s'est installé entre les deux. Alors que le Premier ministre catalan souhaite toujours proclamer l'indépendance dans les jours à venir, le Premier ministre espagnol, lui, hausse le ton. Il compte bien empêcher que cette déclaration "ne débouche sur quoi que ce soit" et menace même de suspendre l'autonomie de la région.

L'Espagne ne semble pas près de sortir de la crise. On est une semaine, jour pour jour, après la tenue du referendum d'autodétermination en Catalogne. Pour rappel, 90,18 % de votants ont dit "oui" à l'indépendance, mais sur une faible participation globale (43 %). Le scrutin étant considéré comme illégal par Madrid, qui a tout fait pour empêcher les Catalans de voter. Le niveau de violence était insoutenable: au moins 92 personnes ont été blessées. Aujourd'hui, ni le gouvernement catalan ni le gouvernement central espagnol n'est encore prêt à mettre de l'eau dans son vin.

En atteste cette nouvelle rhétorique musclée du Premier ministre espagnol, dans un entretien au journal El Pais publié hier soir. Interrogé sur l’application de l’article 155 de la Constitution, qui permet de suspendre l’autonomie dont jouit actuellement la Catalogne, Mariano Rajoy avertit: "Je n’écarte rien". Tout en exigeant de son homologue catalan de "retirer le plus vite possible la menace de déclaration d’indépendance". L’idéal serait de "ne pas devoir prendre des mesures drastiques, mais pour cela il faut que des rectifications se produisent".

Une déclaration d'indépendance ne "débouchera" sur rien

De même, Madrid "va empêcher que la moindre déclaration d’indépendance débouche sur quoi que ce soit", se montrant donc aussi ferme que le roi Felipe VI. Mais contrairement au roi, Rajoy a eu un mot sur les violences commises par la police nationale et la Garde civile au moment du scrutin. Il reconnaît que "des erreurs ont pu être commises", mais les fautifs dans l'histoire restent, pour lui, les dirigeants catalans, qui mettent en danger "la souveraineté nationale".

Pour la suite, il reste quand même confiant, soulignant qu'il "est encore temps", pour le gouvernement catalan, de faire machine arrière. Il appelle donc le "nationalisme catalan modéré" à prendre distance par rapport aux radicaux.

De son côté, le Premier ministre catalan, Carles Puigdemont, assure toujours que l'indépendance de sa région sera proclamée dans les jours à venir, et peut-être bien déjà début de semaine prochaine. Mais il appelle à la médiation internationale, car une proclamation unilatérale de l'indépendance aurait pour effet automatique une exclusion de la Catalogne de l'Union européenne.

Manifestations pour le dialogue

La population n'est pas en reste. Après la grève générale en Catalogne mardi dernier, c'était au tour des Espagnols opposés à l'indépendance de manifester hier. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Madrid pour appeler à l'"unité" et au "dialogue" des deux gouvernements du pays et pour condamner les violences policières. À Barcelone, ils étaient aussi quelques milliers. À Valence, Saragosse et Valladolid, au Pays Basque et à Palma de Majorque, entre autres, les manifestants ont également répondu à l'appel.

C'est la pire crise politique que traverse l’Espagne depuis qu'elle est redevenue démocratique, en 1977.

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