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La Belgique aura bien du mal à remplir ses objectifs climatiques et tente déjà de réduire ses ambitions

13 octobre 2017

Tout indique que la Belgique aura bien du mal à remplir ses objectifs climatiques de 2050. Elle s'y était pourtant engagée lors de la COP21 à Paris, en novembre 2015. Mais le train a eu du mal à se mettre en route. Pire, elle tenterait déjà de raboter ses objectifs d'ici 2030. Il existe pourtant des solutions.

Il y a quelques jours, devant la Chambre, Charles Michel ne pouvait être plus clair: "Les accords de Paris doivent être confirmés et mis en œuvre. Notre pays assumera loyalement sa part." Le Premier ministre s'est même engagé à aller "plus loin".

Dans les faits, tout indique que la Belgique ne remplira ses objectifs de la COP21 si on reste sur les bases actuelles. Pour rappel, en novembre 2015 la Belgique, comme les autres participants, s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de moins 80 à moins 95% d'ici 2050, par rapport à 1990. L'objectif: contenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C, voire même de 1,5°C.

Si la Belgique veut remplir cet objectif, elle devrait diminuer ses émissions de 5,1% par an dès cette année. Or pour l'instant on est plutôt sur une baisse de 1% par an depuis 1990, indique Le Soir.

La Belgique sort déjà des clous

Ceci doit se faire en étape avec pour échéance 2030, 2040 et enfin 2050. La première tranche pose déjà problème. La Belgique est censée réduire les gaz à effet de serre de moins 40% par rapport à 1990. Soit moins 43% pour les émissions industrielles et moins 30% pour le reste (logement, transport, agriculture...). La répartition entre les 28 États membres a mené pour la Belgique à un objectif de moins 35% pour les émissions non-industrielles.

Un chiffre qui a tout de suite été jugé comme excessif. Nos autorités estiment que notre économie nous amène à devoir payer plus que les autres pour atteindre les objectifs fixés. Elle a donc demandé un rabais de 35 à 32%, explique toujours Le Soir.

Quelques simples ajustements suffisent: par exemple, le calcul des émissions se fera par rapport à la période entre 2016 et 2018 au lieu de 2020. Les émissions étaient plus importantes à l'époque. On démarre donc de plus haut, ce qui fera monter la moyenne. Concrètement, cela représente un gain de 20 millions de tonnes de CO2 par rapport à l'objectif de 2030. Il y a aussi la possibilité de transférer les émissions non-industrielles vers les industrielles. Bilan: 15 millions de tonnes de CO2 de moins à supprimer.

Le souci c'est que si tout le monde faisait pareil, "l'objectif de L'union pour les émissions non-industrielles passerait de moins 30 à moins 23%", indique au Soir Wendel Trio, directeur du réseau action climat Europe. "Certains pays dont la Belgique, qui se rangeaient plutôt parmi les pays ambitieux, discutent pour en faire encore moins", peste Wendel TRio. Les prévisions de l'ONU pour l'UE ne sont pourtant pas bonnes: on se dirigerait pour l'instant vers 3°C supplémentaires d'ici 2050. Soit le double de l'objectif le plus ambitieux.

Les solutions

Ce n'est pas la première fois que notre pays est pointé du doigt. Et on se rappelle que nos différentes régions ont mis un an pour trouver un accord entre elles.

Il existe pourtant des solutions. Mais cela passera par un investissement massif. Notamment au niveau du logement. Nous devons mettre les bouchées doubles concernant la rénovation de nos bâtiments. D'après les experts, il s'agit d'un secteur à haut potentiel de réduction des émissions. Des bâtiments mieux isolés ce sont des bâtiments moins énergivores. Faut dire que nos maisons et bureaux sont responsables de 13,8% des émissions, précise Le Soir.

Mais le rythme n'est pas assez soutenu. 1/3 des bâtiments wallons sont de catégorie C (la plus mauvaise note). Il en va de même à Bruxelles. La moitié des bâtiments en Belgique ont plus de 50 ans. Investir dans l'isolation des bâtiments aurait aussi cet avantage de créer de l'emploi. 20.000 en Wallonie, selon la plateforme "Renovate" qui regroupe différents pans du secteur de la construction. Il y aura aussi un bénéfice en termes de santé. Mais il faudra impérativement augmenter les investissements de 23% d'ici 2050, soit 14,9 milliards d'euros. Et une incitation fiscale à la rénovation sera également nécessaire.

Autre piste: les transports (23% des émissions). Les voitures à essence devront baisser de 83% d'ici 2050. Les diesels eux n'auront plus voix au chapitre. Cela se fera au profit des modèles hybrides et des voitures électriques. Là encore, un investissement massif devra être consenti pour booster la production électrique et le réseau. Soit une augmentation de 50 à 60% par rapport au programme d'investissement, toujours selon Renovate.

Mais les pouvoirs publics ne résoudront pas tout non plus. C'est à chacun de modifier son comportement. De consommer moins, de moins utiliser sa voiture, de favoriser les transports en commun, le télétravail. Il faudra faire le choix d'investir dans sa maison, bref de laisser une empreinte la plus réduite possible. Dans ces conditions, nous mettons toutes les chances de notre côté pour réaliser ces fameux objectifs de 2050.

En attendant, nos pays feront le point sur la situation en novembre à Bonn (Allemagne) pour la COP23.

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