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Deliveroo est accusé de précariser ses livreurs et fera l'objet d'une enquête

27 octobre 2017

Flexibilité d'un côté, précarisation de l'autre. C'est toujours un peu le même discours. Deliveroo a pris la décision de ne plus travailler avec la SMart. En gros, ça signifie que tous les livreurs vont passer en mode indépendant, tout bénef pour la société dite collaborative, beaucoup moins pour les coursiers. Le monde politique se penche sur le dossier et Kris Peeters (CD&V) va même lancer une enquête. 

Accusé de précariser les coursiers, le boss de Deliveroo répond à l'Echo: "Le modèle que l’on adopte aujourd’hui est en place partout en Europe. On l’a testé en Belgique en juin. Il s’avère qu’on arrive à un moment où on peut maximiser ce que nos livreurs veulent le plus, à savoir de la flexibilité".

Fle-xi-bi-li-té!

La sacro-sainte flexibilité est donc la raison qui a poussé Deliveroo à rompre son partenariat avec la SMart, tout en passant à une rémunération à la course plutôt qu'à l'heure. Une situation dénoncée par certains livreurs en France qui expliquaient que cela constituait une perte "de 20 à 30%" en moyenne de leur rémunération, en plus de tous les défauts qui vont de pair avec le travail indépendant: pas de contrat de travail et donc pas de cotisation pour la pension, pas de congés payés et les livreurs peuvent être virés du jour au lendemain. L'assurance accident est maintenant à leur frais en plus du matériel et de son entretien.

Bref, c'est tout bénef pour Deliveroo qui ne doit plus payer qu'un salaire de 7,25 euros à la course (en Belgique) pour les indépendants et 5 euros pour les étudiants. Pour le coursier, tout dépend de sa situation géographique et du moment où il travaille: un livreur qui travaille le week-end dans une commune fortement peuplée bénéficiera d'une meilleure rémunération s'il est payé à la course. À contrario, un livreur qui travaille en semaine dans une commune comme Watermael-Boitsfort aura plus de difficultés

Moins de protection

Cette flexibilité était voulue par les livreurs si on en croit Mathieu De Lophem, directeur général de Deliveroo Belgium: "Aujourd’hui, un coursier peut se connecter pendant 20 minutes, faire une livraison et arrêter ensuite. À travers la convention de la SMart, cette flexibilité n’était pas aussi optimalisée", déclare-t-il, toujours dans l'Echo. Notamment au niveau des étudiants, qui représentaient 80% des salariés SMart. Mais on l'a vu plus haut, cela s'accompagne aussi d'une série de désavantages. Les coursiers doivent se consoler avec une simple RC.

Ce qui surprend le plus dans ce dossier, c'est la rapidité de la décision, même si elle était déjà à l'étude depuis des mois. Une source en interne pas toujours tendre avec son "employeur", nous indiquait pourtant que si changement il y avait, "il se ferait en douceur et dans la concertation". Force est de constater que ça n'est pas le cas.

Enquête

Du coup, le monde politique se saisit du dossier. Didier Gosuin (DéFi), le ministre bruxellois de l'Économie a dénoncé "un net retour en arrière qui ne peut qu'inquiéter les défenseurs de l'économie collaborative et du libéralisme social". En effet en 2016, une convention avait été signée assurant un respect des minima sociaux et un salaire à l'heure. Revenir au paiement de travailleurs livraison par livraison, c'est la voie de la précarisation de l'emploi", a-t-il déploré.

Même le ministre fédéral de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V) est monté au front. Il a demandé à l'inspection sociale d'ouvrir une enquête sur les pratiques de la société de livraison. Faut dire que cela concerne quelque 3.828 livreurs qui vont devoir changer de statut.

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