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Le futur énergétique dépend de la N-VA: les ministres de l'énergie oseront-ils fermer les centrales nucléaires?

15 novembre 2017

Elia, la société qui distribue l'électricité sur le réseau, a aujourd'hui présenté son rapport sur l'avenir énergétique de notre pays. Le rapport devrait mettre un coup de fouet au monde politique: il y a une urgence de trouver un accord sur un pacte énergétique entre tous les ministres de l'énergie de ce pays. Avec, au sein de cet accord, une fermeture des centrales nucléaires. Si cet accord ne voit pas le jour, les centrales devront rester ouvertes plus longtemps.

La politique énergétique en Belgique est fragmentée. Dans notre pays, il y a quatre ministres de l'énergie différents: la ministre fédérale, Marie Christine Marghem (MR), le ministre flamand Bart Tommelein (Open Vld), le ministre wallon, Jean-Luc Crucke (MR) et la ministre bruxelloise Céline Fremault (CDH). Ces quatre ministres doivent prendre une décision pour le futur de l'énergie en Belgique: comment générer de l'énergie? Ils devraient conclure de tout ça dans un soi-disant "Pacte énergétique". Et comme toujours, la même question se pose, celle qu'on se pose depuis 20 ans maintenant: allons-nous continuer avec l'énergie nucléaire ou non?

Voilà ce qu'a écrit Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, dans son dernier rapport sur l'approvisionnement énergétique. De Standaard et De Tijd ont déjà eu accès à ce rapport. Et ce qui est sûr, c'est qu'un tel rapport peut servir directement comme manuel pour les négociations sur lesquelles doivent aujourd'hui se pencher les différents ministres de l'énergie.

Selon Elia, une sortie du nucléaire comme celle prévue en Belgique en 2025 est encore possible. L'énergie nucléaire va commencer à être de plus en plus difficile à combiner avec l'énergie verte, qui augmentera dans tous les scénarios possibles. Les centrales nucléaires ne peuvent pas être éteintes et allumées simplement en fonction de la production d'énergie éolienne ou solaire. Ça, ça ne vaut que pour les centrales au gaz. Mais le constat est là, plus les centrales nucléaires resteront ouvertes, plus le développement des énergies vertes sera lent.

Qu'y a-t-il sur la table?

Dans le rapport, il y a trois scénarios possibles:

1. Un scénario de base, qui consisterait à continuer les politiques actuelles et atteindre les exigences européennes en 2030. Les gouvernements fermeront effectivement la dernière centrale nucléaire en 2025. Pour cela, il faudra compter sur la construction de centrales au gaz supplémentaires. Ces centrales devront être prêtes en 2025-2026, et elles devront au minimum avoir une capacité de 3600 mégawatts pour remplacer la production des centrales nucléaires. Ce scénario coûtera 900 millions par an. Notamment aussi parce que les centrales électriques au gaz devront recevoir des subsides puisque sinon, personne ne voudra les construire.

2. Dans le deuxième scénario, certaines centrales nucléaires restent ouvertes. Les moins anciennes, Doel 4 et Tihange 3 continueront à fonctionner après 2025. Il faudra alors ajouter "seulement" 1600 mégawatts, la construction d'une nouvelle centrale au gaz serait nécessaire, mais ce serait moins d'investissement que dans le premier scénario. Cela représente plus ou moins 500 millions d'euros par an.

3. Et enfin, dans le troisième scénario, qui est la solution la plus verte: c'est d'investir massivement dans les énergies renouvelables, avec plus de parcs éoliens, plus de parcs dans la mer du Nord, et encore plus de panneaux solaires. En théorie, il n'y aurait plus besoin de centrales nucléaires, ni de centrales au gaz. Mais l'investissement se chiffre environ à 2,1 milliards d'euros par an.

Celui qui hésite, fait gagner l'énergie nucléaire

Les scénarios d'Elia ne sont évidemment pas tout à fait ceux de la politique. La seule chose qui est sûre, c'est que le temps ne joue pas en faveur de l'énergie verte. Parce qu'en prenant la décision de toujours retarder la fermeture des centrales, l'énergie nucléaire continue de dominer, et il n'y a pas d'investissement fait pour créer des parcs éoliens ou à panneaux solaires. Et ça a un effet très cynique: puisqu'à un moment donné, on peut tout simplement dire qu'il n'y a pas assez d'alternatives au nucléaire et donc que les centrales doivent rester ouvertes.

Tout ceci dure depuis des années déjà. Le gouvernement fédéral hésite toujours, ne prend pas de décision, et le résultat, est qu'aucune alternative n'est construite et que les gens sont forcés de se tourner encore et toujours vers l'énergie produite par les centrales nucléaires. Cette fois encore, on peut compter sur la Belgique pour être divisée sur une question, et le communautaire vient lui aussi mettre son grain de sel. Parmi les quatre ministres, la Bruxelloise Céline Fremault (CDH) est très claire: elle ne signera pas le fameux pacte énergétique si le futur des centrales nucléaires n'est pas clair. Le ministre wallon, Jean-Luc Crucke (MR), est dans la même ligne: selon lui, il vaut mieux éteindre les centrales. À Tihange, en Wallonie, il y a un certain nombre de réacteurs nucléaires, mais ils ont été en proie à de multiples défauts techniques récemment et commencent à faire face à un vieillissement clair des installations.

L'ombre de la N-VA

De l'autre côté, il y a le ministre flamand Bart Tommelein (Open vld) et la ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR). Ces derniers ne sont pas contre une sortie du nucléaire, mais ils sont coincés dans une coalition avec la N-VA. Et c'est notamment ce parti qui pousse pour garder les centrales ouvertes. Parce que la plupart des grands consommateurs d'énergie, qui veulent évidemment de l'énergie bon marché, sont des entreprises situées en Flandres. La N-VA, l'a déjà dit, pour eux, une sortie du nucléaire est "irréaliste et irréalisable". Donc, Tommelein, le ministre flamand de l'énergie est pieds et mains liés. Il y a donc de grandes chances que les centrales restent ouvertes. Car si on ne fait rien, c'est l'énergie nucléaire qui gagne.

Dans un scénario où on ne fait rien, il restera encore 4 gigawatts à produire via l'énergie nucléaire. Doel 1 et Doel 2 devront rester ouverts, alors qu'ils sont aujourd'hui trop vieux et devenus vétustes. Les centrales nucléaires n'ont à la base jamais été construites pour rester ouvertes si longtemps. Mais selon Engie et l'AFCN, les chiens de garde du nucléaire, des travaux de rénovations et d'innovation devraient être faits pour garantir la sécurité. En 2015, on avait déjà prolongé la vie des centrales de dix ans.

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