© iStock

 À cause des commentaires pédophiles, YouTube a supprimé plus de 150.000 vidéos d'enfants

1 décembre 2017

YouTube a choisi une solution radicale pour lutter contre les commentaires pédophiles qui polluent sa plateforme: supprimer les vidéos sous lesquelles ces commentaires se trouvent. Un moyen de rassurer ses annonceurs.

La pédophilie est malheureusement présente sur YouTube depuis de nombreuses années. Comme le pointait le Bondy Blog en février 2017, il suffisait de taper "Webcam Video From" pour tomber sur des milliers de vidéos de jeunes filles vacant à des occupations banales et pas du tout pornographiques. Des vidéos innocentes qui comptabilisent des centaines de milliers de vues.

Et ce sont dans ces vues que se trouvent le problème. Certains des spectateurs laissent de vieux commentaires dégueulasses sous les vidéos. Le problème est connu depuis longtemps. Mais récemment, le quotidien britannique The Times a fait remarquer que des publicités pour de grandes marques (comme Adidas ou Amazon) apparaissaient sur YouTube à coté de ces vidéos et de ces commentaires.

L'information a été reprise par de nombreux médias. La plateforme a été accusée de se faire de l'argent sur des vidéos pédopornographiques (certaines vidéos montrent des enfants en petite tenue qui se couchent dans leur lit) et certains ont même parlé de "magasins de friandises pour pervers", relève le quotidien londonien. Du coup, YouTube a décidé d'agir.

Supprimer comptes, vidéos et commentaires

Le business de cette plateforme d'hébergement de vidéos, qui appartient à Google, est basé essentiellement sur la publicité. Pour éviter de perdre des annonceurs, qui soignent attentivement leur image et ne veulent en aucun cas être associés à des contenus pédophiles, YouTube a simplement supprimé quelques 150.000 vidéos.

La plateforme a également supprimé des commentaires sur 625.000 vidéos, elle a fait fermer plusieurs centaines de comptes et elle a interdit la publicité sur plus de 2 millions de vidéos et sur 50.000 chaînes dont les contenus semblaient pour tout public mais ne l'étaient pas. Car, c'est tout le problème du regard pédophile: une simple vidéo d'une jeune fille se brossant les dents ou jouant dans son lit peut devenir un objet d'assouvissement de désirs déviants.

La modération: un travail impossible

Il est légitime de se demander pourquoi YouTube n'a pas réagi plus tôt. Ou si sa réaction n'est pas un peu trop radicale. Après tout, il suffirait de supprimer la possibilité de commenter sous certaines vidéos pour éviter la présence des ces remarques glauques. Est-ce uniquement la peur de perdre les revenus de la publicité qui l'a poussé à agir maintenant?

La réponse est peut-être plus du côté de sa gestion de la plateforme. La modération des commentaires et la surveillance des contenus est sous-traitée dans différents pays du globe et les employés qui s'en occupent sont souvent débordés devant l'ampleur du travail que cela représente. "Chaque minute, 400 heures de vidéos sont uploadées sur YouTube", écrit Web Rank Info.

Enjeu du 21ème siècle

YouTube a déjà testé plusieurs techniques pour gérer les commentaires, non seulement pour éviter les contenus pédophiles mais également pour lutter contre les propagandes de tous bords. Nous expliquions il y a quelques mois que la plateforme avait recours aux algorithmes et à des "trusted flaggers", des personnes de confiance, pour dénoncer ces contenus problématiques. Contenus pour lesquels de nombreuses marques avaient déjà menacé de boycotter la plateforme si le problème persistait.

Mais malgré toutes les tentatives de résolution, le problème subsiste. Il y a bien la solution des YouTube Heroes, un programme lancé par l'hébergeur même pour pousser ses utilisateurs à signaler des contenus. Mais là encore, un autre problème surgit: n'importe qui pouvant signaler n'importe quoi, des armées de trolls pourront facilement faire enlever des vidéos qu'ils n'aiment pas, quelles qu'elles soient. Bref, la modération est l'un des gros enjeux du moment et, on l'a vu avec les problèmes de harcèlement en ligne ou d'ingérence politique, c'est un problème qui n'est pas prêt d'être résolu.

Déjà lu?

Déjà lu?