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Il va encore se faire allumer: Trump est seul contre tous avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël

6 décembre 2017

Le président Donald Trump a annoncé aujourd'hui, mercredi, que les États-Unis allaient reconnaitre Jérusalem comme la capitale d'Israël. Cette déclaration n'a pas l'air d'être un big deal, mais dans les faits, c'est huge. Parce que Donald Trump va à l'encontre de presque tout le monde, et selon les observateurs, cette décision met gravement en danger la stabilité et la sécurité dans la région.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël va faire beaucoup de bruit dans le monde arabe. Plusieurs dirigeants, tant au Moyen-Orient et dans le monde occidental, ont averti Donald Trump que cette décision pourrait faire sauter le processus de paix dans la région.

Le statut de Jérusalem est depuis toujours un des plus grands points de discorde dans le conflit entre Israël et la Palestine. Dans la ville, surtout à l'est, il y a des lieux importants pour le judaïsme, le christianisme et l'islam. Les Israéliens ont occupé Jérusalem-Est en 1967 pendant la Guerre des Six Jours. Depuis lors, Israël considère Jérusalem comme étant indivisible et comme sa capitale, même si cette revendication n'est pas reconnue par la communauté internationale. Actuellement d'ailleurs, tous les pays ont leur ambassade à Tel Aviv, et c'est aussi le cas pour les États-Unis.

Les Palestiniens, eux, revendiquent Jérusalem-Est comme capitale du futur État palestinien. Dans les Accords d'Oslo de 1993, il avait été convenu que le statut de Jérusalem devait être discuté dans les négociations ultérieures.

Depuis 1967, Israël a pourtant construit une véritable colonie à Jérusalem-Est. Ce sont quelques 200.000 Juifs qui vivent là, sous la colère des Palestiniens. Ces colonies juives sont considérées comme illégales en vertu du droit international, mais Israël conteste cela.

Promesse électorale

Trump devrait aussi lancer le déménagement de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem aujourd'hui, ce qui constituerait un geste très symbolique. Le président américain n'a pas encore mentionné de date précise, mais selon son personnel, tout le processus de relocalisation pourrait prendre trois à quatre ans. Il n'y a pas encore de bâtiment prêt à accueillir l'ambassade. Des logements sécurisés devraient aussi être construits pour les diplomates américains.

Pour le moment, le président signera toujours un document confirmant le report du déménagement de l'ambassade, et ce tous les six mois. En fait, c'est ce que tous les présidents ont fait avant lui, depuis que la loi a été promulguée en 1995, selon laquelle l'ambassade devait bouger à Jérusalem. Mais on rappelle que la condition préalable à cette démarche est que les pourparlers de paix conduisent à une solution durable au statut de Jérusalem.

Selon la Maison-Blanche, Trump a fait une promesse électorale et il est bien décidé à l'honorer. Cependant, il n'a pas l'intention d'influencer le résultat des discussions sur le statut final de Jérusalem ou le processus de paix. Selon Donald Trump, Jérusalem est simplement le siège du gouvernement israélien et le centre de la foi juive, donc par conséquent, la capitale d'Israël.

"Des conséquences dangereuses"

La reconnaissance de Jérusalem comme la capitale d'Israël est en contradiction avec la politique des prédécesseurs de Trump. Pour eux, un changement de statut pour Jérusalem ne peut se produire qu'après de vraies négociations avec les Palestiniens, qui considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État.

Hier, Donald Trump a téléphoné à plusieurs dirigeants du Moyen-Orient pour faire connaître sa décision. Et dans le monde arabe, cela a provoqué une vague de colère. Le président palestinien Mahmoud Abbas a averti Trump des "conséquences dangereuses" que cette décision pourrait entraîner. Il a ensuite contacté d'autres dirigeants du monde pour l'aider à faire changer d'avis le président des États-Unis.

D'autres dirigeants arabes ont également souligné les conséquences pour la stabilité et la sécurité dans la région. La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a déclaré que toute action qui sape une solution potentielle au conflit israélo-palestinien devait être évitée.

Israël félicite la décision. Aucun autre pays n'a son ambassade à Jérusalem. Cependant, il y a des consulats. "Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis plus de 3000 ans et la capitale d'Israël depuis 70 ans, qu'Erdogan la reconnaisse ou non", a déclaré un porte-parole du gouvernement israëlien.

Rexit

La décision de Trump ne fait pas l'unanimité au gouvernement américain. Le ministre des Affaires étrangères, Rex Tillerson, et le ministre de la Défense, James Mattis s'y opposent. La position de Rex Tillerson en tant que ministre des Affaires étrangères est clairement intenable et on ne devrait pas s'étonner de voir sa démission avant la fin de la semaine.

"Une erreur fatale"

Le président turc Erdogan a menacé de rompre les relations diplomatiques avec Israël si les États-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale israélienne.

Un porte-parole d'Erdogan a déclaré plus tôt qu'une reconnaissance unilatérale de Jérusalem serait une "erreur fatale", qui irait à l'encontre du droit international, des résolutions des Nations Unies et des faits historiques. "Nous espérons que le gouvernement américain ne commettra pas cette erreur", a écrit le porte-parole Ibrahim Kalin sur Twitter. Selon lui, une telle démarche conduirait à de nouvelles tensions et provoquerait un nouveau conflit.

Le président français Emmanuel Macron est aussi préoccupé par une décision unilatérale américaine concernant Jérusalem. Il croit également que le statut de cette ville devrait faire partie des négociations de paix entre Israël et la Palestine.

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