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Menaces, intimidations et torture: le retour des migrants soudanais expulsés par Theo Francken est un véritable calvaire

20 décembre 2017

Octobre 2017. Theo Francken (N-VA) fait une nouvelle fois polémique dans sa gestion des migrants. Le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration collabore avec les autorités soudanaises pour tenter d'identifier un groupe de migrants qui se trouve sur le sol belge. Ils seront renvoyés chez eux, non sans provoquer un tollé en Belgique. Aujourd'hui, ils témoignent de leur calvaire pour De Morgen.

"Theo Francken porte une énorme responsabilité", telle est la réaction de Kristof Kalvo, chef de file Groen à la Chambre, en lisant les témoignages des Soudanais renvoyés quelques mois plus tôt dans leur pays. Pour faciliter leur expulsion, ils ont été identifiés suite à une collaboration, polémique, entre le secrétaire d'État et les autorités soudanaises.

Theo Francken ne se préoccupait pas trop de savoir quel sort leur était réservé dans ce Soudan dictatorial. Face aux nombreuses critiques, il avait même reçu le soutien de Charles Michel. Aujourd'hui, on en sait un peu plus sur le calvaire qu'on vécu ces migrants rapatriés de force.

"Constamment battu"

"Pendant trois heures, ils m'ont questionné et battu", explique Ibrahom au Morgen, un réfugié soudanais qui est retourné au pays. Un autre raconte: "Ils m'ont arrêté dès l'atterrissage, interrogé pendant quatre heures et frappé les pieds avec un bâton pour ensuite me libérer deux jours plus tard. J'ai eu si peur que je suis resté au lit malade les trois jours suivants." Lui c'est Kamal, il a 18 ans et a été arrêté à Bruxelles parce qu'il séjournait illégalement sur le sol belge.

Déjà chez nous, Kamal raconte comment il a été mis sous pression pendant son interrogatoire. Il a été en quelque sorte forcé à accepter un retour sur une base volontaire, cueilli par la police secrète soudanaise. "J'ai été immédiatement arrêté", explique l'ado de 18 ans. "Pendant quatre heures, ils m'ont demandé pourquoi je venais en Europe, ce que je faisais ici. J'étais constamment battu", témoigne-t-il. Il a finalement pu être libéré non sans avoir signé un document expliquant qu'il ne peut plus prendre part à aucune action politique et qu'il ne peut plus quitter le pays.

Le régime autoritaire mené par Omar al-Bashir, soupçonné de crimes de guerre et de génocide, utilise ce genre de documents pour s'assurer que les citoyens de son pays marchent au pas. Une fois signés, ceux-ci sont de facto bloqués, ne jouissant plus de droit politique.

Un troisième témoignage nous vient de Liège. Mubarak Albander, Soudanais lui aussi, a pu recevoir l'asile dans notre pays. Il sait selon sa propre expérience à quel point la situation est dangereuse au Soudan. Et il ne comprend pas comment le gouvernement belge peut collaborer avec un tel régime.

"La torture et le mauvais traitement sont monnaie courante au Soudan. J'ai été enfermé et torturé pendant deux mois", explique Mubarak toujours pour le Morgen. Il en sait quelque chose puisque lui même travaillait dans la police secrète, "parce que le job payait bien". Mais bientôt, il était pris de remords et décidait de quitter le pays avant de se faire rattraper. "Électrocution, brûlure de cigarette, coups de bâton", c'était son quotidien.

"Je souhaite une enquête" ...

Les témoignages en ce sens sont nombreux. Différentes ONG avaient pourtant tiré la sonnette d'alarme en octobre dernier. Theo Francken n'a pas écouté, obnubilé par ses chiffres. Il explique aujourd'hui que toutes les procédures ont été respectées en regard du droit européen et international. Mais si les migrants renvoyés ont été torturés, le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration souhaite qu'une enquête soit ouverte: "Pour l'instant, nous n'avons pas reçu de signal que cela se produisait, pas même de la par de l'ONU. Mais s'il apparaît qu'ils sont en effet torturés, c'est un gros problème", réagit-il encore dans l'émission De Ochtend. Il promet alors de ne plus expulser de Soudanais dans leur pays.

L'opposition fulmine. Le groupe Ecolo/Groen affirme que Theo Francken a franchi la ligne rouge. Les Verts demandent des explications aussi bien au secrétaire d'Etat et au Premier ministre. Pareil pour Olivier Maingain et DéFi: "Si les faits relatés sont confirmés, ceux-ci démontrent que l’accord avec les autorités soudanaises, soutenu par l'ensemble du gouvernement MR/N-VA, est une faute politique grave qui ne peut rester sans conséquence.”

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