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Charles Michel met les points sur les "i": il défend Theo Francken et la politique migratoire belge

2 janvier 2018

Le Premier ministre Charles Michel a pris le recul nécessaire et s'est enfin exprimé par rapport à Theo Francken et au dossier des rapatriements de plusieurs réfugiés au Soudan. Dans une longue note publiée sur Facebook, le chef du gouvernement a tenu à replacer les choses dans leur contexte pour permettre une meilleure appréhension du dossier. Par la même occasion, il défend son secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, actuellement dans l'oeil du cyclone. 

Ce mardi matin, on pouvait lire dans les colonnes du Soir que les frères Dardenne réclamaient la démission de Theo Francken. Hasard ou pas, le Premier ministre Charles Michel a publié quelques heures plus tard une note où il revient longuement sur la politique migratoire belge, et donc sur l'affaire Theo Francken.

Après avoir précisé qu'il avait pris le recul nécessaire avant de s'exprimer, Charles Michel commence directement par défendre la politique migratoire de la Belgique: "Nous accueillons ceux qui sont dans les conditions du droit d’asile. Et nous travaillons sur le plan européen pour contrôler les frontières et éviter une situation d’appel d’air qui deviendrait rapidement ingérable" déclare-t-il, avant d'ajouter: "La politique menée est humaine et appuyée par le respect des décisions des juridictions administratives et judiciaires."

Soudan

Le Premier ministre est donc revenu sur la politique de retour vers le Soudan qui est, selon lui, "un sujet sensible qui appelle de la nuance, et mérite mieux que les simplismes ou les caricatures dans un sens ou dans un autre". Dans sa note, il tient donc à réexpliquer tous les tenants et aboutissants de ce dossier pour que tout le monde puisse le comprendre. Il donne donc plusieurs arguments pour défendre la politique belge vis à vis de ce dossier:

  • La Belgique n'est pas le seul pays à renvoyer des ressortissants au Soudan. "Le Royaume-Uni, la France, l’Italie et la Norvège organisent également des missions techniques d’identification avec le Soudan. En 2016, l’Italie a renvoyé 40 ressortissants soudanais, la Suède 15, l’Irlande 5. La Norvège en a renvoyé 60 entre 2015 et 2016 (source: Eurostat)", peut-on lire dans la note;
  • Toutes les décisions de rapatriements sont prises au cas par cas;
  • Des recours contre les décisions de rapatriements sont possibles;
  • Il explique que selon une note du Commissaire général aux réfugiés et apatrides, les Soudanais n'ont pas d'office droit à une protection internationale, selon la zone du Soudan concernée;
  • La plupart des Soudanais concernés ne veulent pas introduire une demande d'asile en Belgique pour pouvoir rejoindre le Royaume-Uni;
  • Enfin, Charles Michel insiste sur le fait que la Belgique assume largement sa part de responsabilité en matière d'accueil. Il balance quelques chiffres: 10.783 personnes en 2015 ; 15.478 personnes en 2016 ; 12.679 personnes de janvier à novembre 2017.

Enquête

Enfin, au bout de son argumentation, Charles Michel explique qu'une enquête a été lancée suite aux révélations de la presse concernant les tortures et maltraitances sur des Soudanais rentrés au pays. Selon le Premier ministre, cette enquête sera "indépendante" et "à dimension européenne et internationale". Il précise qu'une fois l'enquête terminée, "les appréciations politiques pourront être évaluées en connaissance de cause". En attendant, tous les rapatriements vers le Soudan ont été suspendus.

Pour conclure, en bon Premier ministre, Charles Michel salue "le travail des différents services administratifs, policiers et judiciaires confrontés au quotidien à des situations humaines souvent douloureuses et complexes." Theo Francken peut remercier son patron.

Ecolo réagit

Quelques heures après la publication de cette fameuse note, Ecolo et Groen via leur chef de groupe Jean-Marc Nollet ont réagi. Pour Nollet, Charles Michel n'a pas mis les points sur les "i", il a simplement "recycler la communication de la N-VA". Dans un communiqué officiel, le chef de groupe Ecolo développe sa pensée: "Depuis près de 10 jours, le Parlement demande en vain des documents et des explications du Premier Ministre. Mais Charles Michel se tait dans toute les langues. Aujourd'hui, il décide de communiquer via les médias sociaux! Bien entendu que son appel à la nuance et à la retenue est justifié... mais le problème sur ce point se situe au sein de son propre gouvernement!"

Donc, ce que Jean-Marc Nollet regrette, ce n'est pas le fond du discours de Michel mais bien la forme comme il l'explique un peu plus loin dans son communiqué: "En optant pour une communication Facebook, le Premier Ministre montre combien il redoute le débat face à face et cherche uniquement à s'assurer que ses ministres et les présidents de partis auront entendu son message. Ce n'est pas une manière sérieuse de travailler". Conclusion, le dossier est loin d'être clos pour Nollet, Ecolo et Groen qui espèrent toujours avoir un vrai débat mais au Parlement cette fois-ci, pas sur la toile.

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