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Manque d'entretien et problème de béton dans un bunker: voilà pourquoi le réacteur nucléaire Doel 3 inquiète

4 janvier 2018

Mis à l'arrêt depuis fin septembre, le réacteur nucléaire Doel 3 pourra-t-il vraiment redémarrer mi-avril, comme cela est espéré par Electrabel? Pour cela, l'exploitant devra réparer le béton d'un bunker, dont la nette dégradation est pointée du doigt par l'Agence fédérale de contrôle nucléaire.

On sait enfin pourquoi Doel 3 est mis à l'arrêt depuis le 22 septembre. Une mise à l'arrêt prolongée en novembre jusqu'à au minimum mi-avril, a annoncé Electrabel, sans pour autant donner d'explications. Il faut dire que l'exploitant du parc nucléaire n'allait pas se tirer une balle dans le pied en évoquant le manque d'entretien qui a conduit à l'arrêt du réacteur nucléaire...

Problème de béton

Contactée par le Soir, l'Agence fédéral de contrôle du nucléaire (AFCN) explique en effet que ce sont des "détachements de morceaux de béton ou des fissures" dans un bunker qui ont conduit à l'arrêt de Doel 3. Ces problèmes sont apparus au niveau d'un bâtiment non nucléaire, heureusement, mais qui abrite des équipements de secours et doit pouvoir résister "à n'importe quel évènement exceptionnel, comme un séisme", écrit le Soir. Sauf que le manque d'entretien de ce bâtiment rend les choses périlleuses.

"Ces dégâts ont pour conséquences que les conditions fixées à la conception du bunker pour résister à un accident externe ne sont plus remplies", accuse l'AFCN, qui précise que "la dégradation est due à l'exposition du béton à la vapeur", et non pas à un ennui nucléaire (re ouf de soulagement).

"Le béton dégradé doit être enlevé. L’armature du béton doit être réparée ou remplacée. Et un nouveau béton doit être mis en place", demande-t-elle, tapant au passage sur les doigts d'Electrabel: "La dégradation du béton doit être prise en charge par l'exploitant, qui doit mener suffisamment de contrôles dans les locaux concernés et mener, si nécessaire, des travaux de rénovation/réparation. Cela n'a pas été suffisamment fait, ce qui explique que la dégradation du béton a évolué à ce point."

"Une technologie aussi inutile que dangereuse"

L'exploitant du parc nucléaire a fait savoir au Soir que les travaux de réparation étaient en cours. Pas sûr toutefois que tout sera prêt pour mi-avril, date espérée pour la reprise de Doel 3, qui ne devrait toutefois pas battre le triste record de Tihange 2 et ses deux ans d'arrêt donc. Mais cela n'est pas de nature à rassurer les opposants au nucléaire.

"Ce nouveau problème pose sérieusement la question de la fiabilité de nos centrales", accuse le député Ecolo Jean-Marc Nollet dans un communiqué. "Nous détenons le triste record du monde de l'indisponibilité imprévue de nos centrales nucléaires. Alors que la moyenne mondiale se situe sous les 4 %, la Belgique caracole largement en tête avec plus de 25 %, loin devant l'Iran (13,5%) et la Tchéquie (8,8%). La responsabilité d'Electrabel est écrasante et sa négligence n'a d’égal que son obstination à prolonger une technologie aussi inutile que dangereuse."

Pour lui, ces révélations, qui arrivent en plein débat sur le nucléaire belge, doivent interpeller le gouvernement. "Au moment où certains tergiversent encore au sien de la majorité, le signal envoyé par nos centrales vieillissantes est on ne peut plus clair: prolonger le nucléaire c'est prolonger l'incertitude et prendre le risque d'incidents et de black-out ingérables. La Belgique doit sortir du nucléaire au plus vite. Différentes études récentes ont montré que c'était parfaitement possible. N'attendons plus pour nous tourner vers l'avenir et la sécurité", ajoute Jean-Marc Nollet. Pas sûr toutefois qu'il sera entendu...

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