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"Le chantage ne m'impressionne pas": Charles Michel n'avait pas le choix de répondre fermement à Bart De Wever

8 janvier 2018

La crise autour de Theo Francken est loin d'être terminée au sein du gouvernement fédéral. La cause? Bart De Wever, qui a soutenu, ce weekend, le secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration en déclarant que la N-VA sortirait du gouvernement en cas de demande de démission par la majorité. Le ton est donc monté d'un cran. Charles Michel n'avait d'autre choix que de réagir avec vigueur: "Le chantage ne m'impressionne pas", a-t-il déclaré sur Bel RTL. Mais ce dossier Francken ne fera probablement pas tomber le gouvernement, voici pourquoi.

Charles Michel (MR) est très populaire en Flandre. Les derniers sondages le mènent aux premières places des personnalités politiques. Mais dans le sud du pays, c'est beaucoup plus compliqué. L'entièreté des partis pointe la faiblesse du Premier ministre dans un gouvernement "kamikaze" où les partis flamands dominent le jeu. Charles Michel et le MR sont souvent accusés d'être à la botte de la N-VA. Le vrai Premier ministre se trouverait, selon eux, à Anvers et non au 16 rue de la Loi.

La gestion de la politique migratoire et son dernier épisode soudanais affaiblissent le Premier ministre et son parti. L'opposition et quelques voix dans la majorité demandent la tête de Theo Francken (N-VA). Ce que ne tolérerait pas Bart De Wever qui a promis de claquer la porte du gouvernement fédéral en cas de départ du secrétaire d'État.

Bart De Wever s'adressait au CD&V et à l'Open-VLD

"Si Theo Francken doit partir, La N-VA démissionnera du gouvernement", a-t-il déclaré sur VTM ce weekend. Sauf que cette sortie était destinée au CD&V et à l'Open VLD, qui mettent de plus en plus la pression pour faire partir Theo Francken. "Il doit décider lui-même s'il peut rester en fonction ou pas", a déclaré la semaine dernière Wouter Beke, le patron des humanistes flamands, non sans ambiguïté, avant de se rétracter ce lundi. Le député européen Ivo Belet (CD&V) a été plus clair ce weekend en demandant au secrétaire d'État de faire un pas de côté. Ce dimanche, c'était au tour de Gwendolyn Rutten (Open VLD) de s'en prendre à Theo Francken. La tension est montée d'un cran, mais d'abord entre partis flamands.

Le Premier ministre est en quelque sorte une victime collatérale de la mauvaise ambiance entre les partis au nord du pays. Mais le mal est fait: la sortie de De Wever est une aubaine pour l'opposition francophone. Elle est la preuve de la dépendance du MR à la N-VA.

Charles Michel n'avait donc pas le choix de contre-attaquer, et fort. Sur Bel-RTL, il a déclaré ce matin que "le chantage ne l'impressionnait pas", sans toutefois évoquer le nom de la N-VA. "Les menaces non plus, ni les provocations d'Eric Van Rompuy", a-t-il enchaîné. Le député du CD&V avait accusé le MR d'être la marionnette de la N-VA.

"L'asile mérite mieux que des querelles d'ego. Ma position est ferme vis-à-vis des quatre partis (de la majorité)", a ajouté le Premier ministre, expliquant qu'il attendrait les résultats de l'enquête pour prendre les mesures qui s'imposent. Mais ce matin encore, Bart De Wever répétait ce qu'il avait lâché ce weekend: "Je l’ai dit, je le répète et je le répéterai encore: Theo Francken ne démissionnera pas."

La pression monte, mais l'eau ne déborde pas

Ce n'est pas le premier dossier chaud qui oppose le MR à la N-VA. Fin décembre, la sortie du nucléaire en 2025 n'a pas été validée par le parti nationaliste, ce qui a mis son partenaire francophone dans l'embarras. Mais comme dans le dossier de migrants, le MR veut garder sa ligne de conduite et se projeter vers l'avenir: "Je vais maintenir ma feuille de route, je ne me laisserai dicter mon agenda par personne", a asséné le Premier ministre. L'enquête ne portant pas "principalement sur la démission ou pas de Theo Francken", mais dont le but est plutôt "de tirer les leçons pour l'avenir".

Reste que la situation est loin d'être idéale à un peu plus d'un an des élections législatives. Au sein de la majorité, le ministre du Travail Kris Peeters (CD&V) a épinglé la façon d'agir de Bart De Wever : "Ceux qui veulent quitter le gouvernement jouent avec le feu. Il y a la croissance économique et la création d'emplois, on ne peut pas mettre de risque sur ça". Des élections anticipées? "Une mauvaise idée", a-t-il répondu.

Jean-Marc Nollet s'en est lui pris à Charles Michel via Le Soir: "Le rôle de Charles Michel se réduit aujourd'hui à assurer le service après-vente de la N-VA. Elle impose sa loi, puis le Premier communique et justifie". Ahmed Laaouej a lui expliqué à la RTBF qu'il "n'y avait plus de Premier ministre".

Le gouvernement va-t-il dès lors tomber? Peu probable. Chacun tente maintenant de calmer le jeu en attendant les résultats de l'enquête. Charles Michel n'avait juste pas le choix de répondre fermement à Bart De Wever qui lui-même répondait, avant tout, à ses partenaires flamands. Mais après la crise catalane, le dossier du nucléaire, et maintenant l'affaire soudanaise, la pression est au plus haut au sein du gouvernement fédéral. Même si personne n'a trop intérêt à aller vers des élections anticipées.

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