© EPA

Le pacte énergétique, le seul vrai clash de la majorité: voici comment la N-VA fait subtilement parler l'accord de gouvernement

8 janvier 2018

La crise autour de Theo Francken est loin d'être terminée. Le CD&V et l'Open VLD ont remis un coup de pression ce weekend, ce qui a conduit Bart De Wever à déclarer: "Si Theo Francken doit démissionner, le gouvernement tombera". Mais le réel conflit est ailleurs. Il n'est pas dans la question soudanaise mais sur le pacte énergétique et la sortie du nucléaire en 2025. 

Le gouvernement fédéral est sous pression. Pas le moindre doute là-dessus. Deux dossiers chauds mettent Charles Michel dans l'embarras et le contraignent à réagir. Le premier sur la gestion de la politique migratoire de Theo Francken, le second sur la sortie du nucléaire en 2025, comme le prévoit la loi et l'accord de gouvernement.

Sur le premier dossier, il est de plus en plus clair pour le CD&V et l'Open VLD que Franken doit démissionner. Ce qui est reproché principalement au secrétaire d'État c'est d'avoir menti devant le Parlement et d'avoir retenu des informations sensibles. Mais en politique belge, quand un membre du gouvernement est soutenu par son parti, ce qui est le cas de Theo Francken, il ne risque rien. D'autant plus quand celui-ci est appuyé par une majorité de la population.

Bart De Wever a répété son soutien à son secrétaire d'État expliquant ce weekend à VTM expliquant que Theo Francken ne démissionnera pas. Jamais. Ou alors la N-VA quittera ce gouvernement.

Tout le monde sait maintenant à quoi s'en tenir. La question est donc la suivante: qui veut voir le gouvernement tomber à cause de la question soudanaise? Personne. Mais c'est certain que cette sortie du président des nationalistes met Charles Michel dans l'embarras. Le Premier ministre a dû sauver la face ce matin sur Bel-RTL.

Le dossier du nucléaire, plus complexe

Mais le second dossier est bien plus complexe. Parce que les quatre ministres belges de l'Énergie se sont mis d'accord sur un point: le pacte énergétique doit mettre fin aux centrales nucléaires en 2025. Il s'agit de la ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR), le ministre flamand Bart Tommelein (Open Vld), le ministre wallon Jean-Luc Crucke (MR) et la ministre bruxelloise Céline Fremault (CDH).

Mais la N-VA s'y oppose. Le parti de Bart De Wever ne veut pas fermer les centrales, du moins les deux réacteurs les plus récents. L'industrie chimique du bassin d'Anvers, entre autres, met la pression pour poursuivre la durée de vie des deux centrales. Ce qui a poussé De Wever à déclarer dans nos colonnes que la question nucléaire devrait être discutée après les élections de 2019. Tollé général dans l'opposition. Mais Michel et le MR tiennent bon. Pour eux, cette sortie de Bart De Wever ne changera rien.

Et pour cause, deux ministres MR sont aux responsabilités. Ce qui a poussé Charles Michel a réagir également, c'était ce weekend dans La Capitale: "Je ne danse pas comme la N-VA siffle!". Michel se réfère à la loi sur la sortie du nucléaire votée à la Chambre: "La loi a été approuvée et s'applique à tous, y compris à Bart De Wever."

Le Premier ministre est soutenu par Gwendolyn Rutten, la présidente des libéraux flamands. Elle a d'ailleurs déclaré que la sortie du nucléaire serait décidée "cette année", comme le prévoit "l'accord du gouvernement fédéral. Je respecte ces accords et je suppose que tout le monde le fera".

Négociation sur Twitter?

Mais la N-VA remet en cause cet accord de façon subtile. En jouant sur les mots. Sander Loones, le vice-président de la N-VA a partagé sur Twitter les textes en question en soulignant certains passages: "Le gouvernement s'est engagé à garantir de la sécurité de l'approvisionnement, l'accessibilité et la durabilité de l'énergie à court et à long terme. Pour qu'il puisse de fait envisager la sortie du nucléaire en 2025." Pour Loones, cette sécurité, cette accessibilité et cette durabilité ne sont pas assurées.

Le ministre flamand de l'Énergie, Bart Tommelein a alors répondu en mettant en exergue le mot "s'est engagé". La sortie du nucléaire était une promesse. Ce à quoi Loones a répondu: "À condition que". Il n'est pas question pour la N-VA de signer un chèque en blanc.

S'en est suivi un long clash sur Twitter entre les deux hommes. Le ministre Open-VLD a répété que l'accord devait être respecté. Le vice-président de la N-VA a rétorqué sur la non-faisabilité du projet. Tommeleinen a assuré que les "chiffres étaient connus", et que "le report de la sortie du nucléaire entraînera un coût encore plus important sur le long terme". Ou quand la politique se règle sur Twitter.

Jusqu'où ira ce clash?

C'est en tout cas un petit avant-goût de ce qui doit se discuter dans les jours et les semaines à venir. Et personne ne sait très bien comment ça va se finir, jusqu'où ira la N-VA pour maintenir sa position?

Qui a intérêt à intensifier le débat et à forcer le conflit? Comme sur le dossier du Soudan, l'énergie nucléaire n'est pas vraiment une thématique du MR et encore moins du CD&V. Ce sont les Verts au sud et au nord du pays qui poussent depuis des années pour cette sortie du nucléaire. Pas sûr que le gouvernement jouera sa peau sur ce dossier, car les partis de la majorité n'ont pas grand-chose à gagner de cette thématique. Mis à part le fait de faire respecter une promesse, ce qui n'est pas négligeable par les temps qui courent.

Déjà lu?

Déjà lu?