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Salah Abdeslam muet, peine maximale de 20 ans...: voilà tout ce qu'il faut savoir sur ce premier jour de procès

5 février 2018

La France et la Belgique retiennent leur souffle: cette semaine a lieu le très attendu procès de Salah Abdeslam et de son acolyte présumé Sofien Ayari. Tous deux sont jugés au Palais de Justice de Bruxelles, dans l'affaire de la fusillade de la rue du Dries à Forest le 16 mars 2016. Soit entre les attentats de Paris et ceux de Bruxelles. La première matinée d'audience a été mouvementée, on t'explique tout cela en détail.

Neuf heures tapantes ce lundi matin, le procès tant attendu de Salah Abdeslam et de son co-prévenu Sofien Ayari a débuté devant le tribunal correctionnel au Palais de Justice de Bruxelles. Le jugement ne portera pas sur les attentats de Paris ou de Bruxelles, tous deux comparaissant pour "tentative d'assassinat, avec préméditation et dans un contexte terroriste, contre des policiers de la DR3 (anti-terrorisme), des membres des unités spéciales de la police fédérale et deux policiers français", dans le cadre de la fusillade de la rue du Dries à Forest le 16 mars 2016. Soit quatre mois après les attentats du 13 novembre à Paris et une petite semaine avant les attentats du 22 mars à Bruxelles.

C'est peu après 8 heures que Salah Abdeslam est arrivé au Palais de Justice, après un transfert nocturne de la prison de Fleury-Mérogis (en banlieue parisienne) escorté par le GIGN français. Méconnaissable, le Français de 28 ans est apparu, entouré de policiers masqués, avec de longs cheveux et une grosse barbe, détaillent sur Twitter les journalistes de La Libre présents sur place. Mais il ne souhaite ni être filmé ni être photographié. Quelques minutes plus tard, son avocat Sven Mary, l'a rejoint mais sans toutefois faire de commentaire à la presse.

L'audience levée pendant une dizaine de minutes

Avant même d'entamer les discussions, l'avocat de l'association pour les victimes de terrorisme (qui représente aussi plus de 200 victimes des attentats de Bruxelles), V-Europe, a posé une demande de constitution de partie civile (dans le but donc de réclamer certains droits et indemnisations financières).

L'avocat d'Abdeslam, Sven Mary, lui a rétorqué en disant qu'il y avait un "manque d'intérêt manifeste" pour recevoir sa demande et en réclamant un délai d'une heure avant que la juge présidant les débats n'y répondent. L'audience a donc été levée vers 9h15, pendant une dizaine de minutes. Les discussions ont repris vers 9h30, après que la juge a décidé de mettre la demande de l'ASBL de se constituer partie civile en continuation au 29 mars. Cela signifie donc que V-Europe n'aura pas droit à la parole pendant l'audience.

La défense peu crédible de Sofien Ayari

Ensuite, les deux prévenus ont dû répondre chacun à leur tour aux questions de la juge présidant les débats, mais ils ont adopté une posture totalement différente. Le premier à devoir s'exprimer devant le tribunal, Sofien Ayari, a répondu à certaines questions, mais refusé de faire suite à l'une ou l'autre interrogation plus précise. Le Tunisien de 24 ans, surnommé "Amine Choukri", a ainsi reconnu avoir passé "plusieurs semaines" dans l'appartement de la rue du Dries, aux côtés de Mohamed Belkaid et de Salah Abdeslam. Mais il assure ne pas savoir qui a amené les armes présentes dans l'appartement et à quoi elles étaient censées servir. "On ne faisait rien de spécial. On regardait les infos, je faisais les courses", détaille-t-il. Lorsque la police a débarqué devant l'appartement le 15 mars 2015, il affirme que c'est Mohamed Belkaid qui a ouvert le feu sur les policiers et que ni lui ni Abdeslam n'auraient, selon lui, tiré. Concernant son ADN retrouvé sur l'une des kalachnikovs, il admet avoir manipulé l'arme avant que la police ne débarque, mais il conteste le fait de l'avoir utilisée le jour de la fusillade. "Cela ne veut pas dire que je l'ai touchée ce jour-là", se défend-t-il.

Ce qui n'est pas du tout l'avis de la procureure fédérale, Kathleen Grosjean. Pour elle, qui s'est exprimée un peu plus tard dans l'après-midi, Sofien Ayari a bel et bien utilisé la kalachnikov. "Son ADN est sur l'arme et un chargeur", souligne-t-elle. Elle rappelle également qu'il a combattu aux côtés de l'État islamique et qu'il sait donc manier les armes. Quoi qu'il en soit, "il y a une volonté commune à Abdeslam et Ayari de détenir ces armes dans un contexte terroriste". Ce qui est assez pour les inculper.

Salah Abdeslam légèrement agressif et muet comme une carpe

Au contraire, Salah Abdeslam n'a, lui, pas accepté de coopérer. D'abord invité, par la juge, à se lever et à donner son nom et son prénom, il a tout bonnement refusé. "Je n'ai pas envie de répondre, je suis fatigué", a-t-il répondu sur un ton légèrement agressif. Après avoir estimé que les musulmans étaient "impitoyablement jugés" et accusé les médias de ne pas respecter la présomption d'innocence, il s'est muré dans le silence.

"On m'a demandé de venir, je suis venu. Il y a un procès et j'en suis l'acteur, on m'accuse, je suis ici, je garde le silence, et mon silence ne fait pas de moi un coupable ni un criminel. Il y a des preuves tangibles et scientifiques dans le dossier, je veux qu'on me juge sur ça", s'est-il justifié dans des propos relayés par La Libre. "Je n'ai pas peur de vous, de vos alliés, de vos associés, je place ma confiance en Allah. Je n'ai rien à ajouter", a-t-il finalement ajouté. Pas de grosse surprise, puisqu'il est muet comme une carpe depuis son incarcération en France en avril 2016.

Peine de prison de maximum 20 ans

Vers 11h45, l'audience a à nouveau été levée, à la demande expresse de l'avocat d'Abdeslam. Sven Mary en a profité pour s'entretenir avec le terroriste, après que celui-ci ait été emmené menotté hors de la salle d'audience. Les discussions ont ensuite repris à 13h30, avec le tour de parole des avocats des parties civiles (représentant les cinq policiers blessés dans la fusillade).

Peu après 14 heures, la procureure fédérale Kathleen Grosjean a entamé son réquisitoire pendant plus de deux heures, "tant les enjeux sont importants". Ce qu'il faut surtout retenir de son speech est qu'elle ne croit pas à la défense du premier prévenu; pour elle, Ayari et Belkaid sont venus, directement de Syrie, en France et Belgique "pour semer la terreur". Toujours selon elle, ils se cachaient à Forest, tous les trois armés, et attendaient l'entrée forcée de la police pour tirer. Puisqu'ils sont tous les trois "co-auteurs" de faits "graves" et "prémédités", elle annonce qu'elle pourra requérir une peine de prison de maximum 20 ans (car il n'y a pas de récidive) à l'encontre de Salah Abdeslam et Sofien Ayari, ainsi qu'une période de sûreté de 13 ans pendant laquelle les deux prévenus ne pourront pas être libérés.

Mais attention, ce procès n'est qu'une sorte de prélude au grand procès des attentats de Paris dont le jugement final n'est pas attendu avant fin 2020.

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