© epa

Clap de fin pour le ministre de la Défense Vandeput (N-VA)? Des têtes devront de toute façon tomber...

21 mars 2018

Il n'aura jamais une main de fer comme ont pu l'avoir André Flahaut (PS) ou Pieter De Crem (CD&V) avant lui. Ses deux prédécesseurs demandaient une loyauté sans failles à 'leurs' soldats, surtout au niveau du commandement. Mais en l'espace de 24 heures, il est devenu clair que Vandeput (N-VA) ne contrôlait plus du tout son armée et ses hauts gradés. Ils lui ont d'ailleurs caché des informations vitales.

"Tu avais un travail". Pour Steven Vandeput (N-VA), l'affable Limbourgeois qui est arrivé accidentellement à la Défense, le dossier des F16 était et reste crucial. Parce qu'il concerne des sommes d'argent très importantes, la plus grande dépense du gouvernement dans cette législature: 3,6 milliards d'euros pour acheter des nouveaux appareils, pour un total de 15 milliards d'euros si on y ajoute les coûts de maintenance. Donc s'il y avait un dossier sur lequel il ne fallait pas se planter, c'était bien celui des F16.

Vandeput se rend compte lui-même que ce dossier est différent des autres. Même si l'actuel ministre de la Défense n'a jamais été amoureux de l'armée. Son unique amour, c'est le budget, ce sont les chiffres. C'est pourquoi il a vu, comme nul autre, à quel point il ne fallait pas se planter là-dessus: l'impact sur le budgetles deniers publics est tout simplement trop important.

Quand le sp.a sort soudainement de son hibernation

Et puis le sp.a est sorti du bois. Durant les dernières 24 heures, les socialistes flamands ont mis une énorme pression sur Vandeput. Ils ont fait fuiter un mail dans lequel on peut lire que les F16 pourraient être prolongés de 6 ans plutôt que d'être remplacés. Avec une différence de coût énorme évidemment.

Pour l’heure, la confusion règne. Le dossier patine. Qui savait, qui ne savait pas? Le gouvernement peut-il prendre une décision en connaissance de cause? Il est maintenant plus que probable qu'aucune décision ne sera prise avant cet été et qu'elle sera transmise de facto au prochain gouvernement.

Ce qui est en jeu pour l'instant c'est le maintien même du ministre dans le gouvernement. Steven Vandeput pourrait être le premier fusible N-VA à sauter, peu s'en seraient doutés. Le ministre de la Défense a reconnu lui- même à la Chambre "une erreur sérieuse de calcul" de son armée. Des colonels qui retenaient des informations cruciales qui ne lui sont jamais parvenues.

Une déclaration qui ne suffit pas

Pas de quoi calmer l'opposition. Il semble que Vandeput n'avait aucun contrôle sur son département. Encore une fois, Vandeput se rend compte de la situation. Il a même laissé la porte plus qu’entrouverte à une démission: "Je ne fuirai pas mes responsabilités", a-t-il répondu à la question de savoir si son futur était compromis à la tête de l'armée. Le tout est de savoir si Vandeput va se battre pour sa place ou s'il va jeter le gant.

La N-VA ne le laissera pas tomber, ni le Premier ministre

Mais Vandeput va devoir jouer avec deux facteurs externes s'il veut quand même maintenir sa position.

D'abord son parti. Le porte-parole de la N-VA a d'ailleurs envoyé un signal plutôt positif: Vandeput n'est pas sur la sellette.

Même chose du côté du Premier ministre: aucune demande de démission n'est pour l'heure sur la table. A contrario, toutes les tensions se tournent vers le commandement de l'armée, qui a intentionnellement retenu des éléments avant de les faire fuiter dans l'opposition, et puis dans la presse.

Quelle tête doit donc tomber? Au sein de l'armée, il y a un certain nombre de suspects: d'abord le patron de l'Air force, le général Frederik Vansina. Selon le sp.a, il était au courant que la durée de vie des F16 pouvait être prolongée. Au moins depuis 2016, puisque au mois de juillet de cette année-là, il y a eu un coup de téléphone entre Vansina et Lockheed Martin, auteur d'études qui démontrent que les F16 peuvent être prolongés de six ans.

On retrouve aussi le général Rudy Debaene, le patron du département Material Resources. C'est lui qui est responsable de tous les achats, y compris la flotte de l'armée de l'air. N'a-t-il pas été informé? Ne savait-il rien?

Ensuite, il y a Harald Van Pee. C'est le colonel de l'armée de l'air. C'est lui qui était en charge du dossier. Son nom figure en plus dans le mail retrouvé par le sp.a. Sa position semble difficile à maintenir. Il est maintenant prouvé qu'il savait pour les études de Lockheed Martin, même s'il estime qu'elles sont surfaites. Enfin, on retrouve parmi les suspects un certain Marc Compernol, le grand patron de l'armée. Il est évidemment sous le feu des projecteurs. Est-il possible qu'il ne soit au courant de rien? Ou qu'il ait été trompé par ses hommes lui aussi? Dans un cas comme dans l'autre, ça fait plutôt désordre.

La coalition en danger?

D'un point de vue politique, c'est la N-VA qui va subir le plus de dommages. Ils ont été les seuls depuis le début à soutenir le remplacement des appareils militaires par des F35. Le CD&V avait déjà lancé l'idée de prolonger les F16 tandis que l'Open VLD penche plutôt pour l'investissement de drones. Le MR lui pense à ses relations avec la France. Le Rafale Dassault est également en compétition pour remplacer nos avions de chasse.

Ce dossier n'est donc pas hyper sensible pour les autres partis qui pourraient très bien s'accommoder d'un changement de stratégie. On le répète, c'est surtout la N-VA et le ministre de tutelle qui morflent. Même si l’opposition a demandé au Premier ministre de venir s'expliquer devant la Chambre.

L'autre grande victime est l'armée et sa réputation. Particulièrement au sein de l'OTAN. Nos investissements y sont beaucoup trop bas. Toute la question est de savoir combien de temps pourra-t-on tenir face à la pression diplomatique de nos alliés.

Déjà lu?

Déjà lu?