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Les chefs de l'armée dans la tourmente: des mails prouvent qu'on a menti au ministre Vandeput 

22 mars 2018

Le dossier des F-16 explose. De nouveaux mails sur lesquels la VRT a mis la main prouvent que des hauts-gradés ont menti à leur propre chef, le ministre Steven Vandeput (N-VA). Le chef de l'armée de l'air, le général Frederic Vansina, s'est momentanément retiré. Mais c'est l'un ou l'autre: soit Vandeput tire ses propres conclusions, soit ceux qui n'en ont pas informé le ministre doivent partir. Un chemin du milieu ne semble pas possible.

C'est un abus de confiance sans précédent dans la saga pour l'achat d'un successeur du F-16. Une vraie séparation entre le haut de l'armée et le ministre. Ces derniers jours, il est apparu clairement que le ministre Steven Vandeput n'était pas au courant d'informations importantes concernant la vie des appareils actuels, dévoilant ainsi un aspect encore plus sombre de l'histoire.

De nouvelles révélations faites par la VRT mercredi montrent que l'ensemble du dossier a été manipulé par des personnalités centrales au sein du ministère de la Défense. Il y a certainement trois généraux impliqués, ce qui est particulièrement dommageable pour le ministre, qui n'avait apparemment aucun contrôle sur ses plus hauts dirigeants.

Ce qui est nouveau, c'est l'émergence soudaine d'un lanceur d'alerte qui a reçu en 2016 des documents en provenance du fabricant américain des F-16 Lockheed Martin. Ces documents stipulent que l'avion a une durée de vie beaucoup plus longue que les 8.000 heures de vol prévues. Le lanceur d'alerte a signalé l'affaire à son supérieur, le colonel Letten. Mais suite à ça, le patron de l'Armée de l'Air, le Général Frederic Vansina, a contacté Lockheed Martin pour lui demander d'arrêter de communiquer au sujet des F-16 et de leur durée de vie.

Dans un mail, le colonel Letten appelait à la prudence: "Tant que personne ne pense que les F-16 peuvent voler plus de 8.000 heures. Restez-prudents!" Le lanceur d'alerte a finalement envoyé l'information à deux généraux et au colonel Harold Van Pee, le chef en charge du projet de succession des F-16.

Le général Vansina et le colonel Van Pee "se retirent"

L'information n'ira pas plus loin, et ni le chef de cabinet ni le ministre en seront informés. Un fait qui a été annoncé par le ministre en personne. Le fait que le lanceur d'alerte ait été explicitement invité à rester prudent, même lorsqu'il présentait cette information au sein de la Défense, indique une opération de camouflage. Ainsi, à un autre moment, lorsque les chiffres étaient présentés à un groupe d'officiers supérieurs, le lanceur d'alerte a reçu le même message d'un officier supérieur: "S'il vous plaît, n'utilisez pas la diapositive avec les chiffres sur la durée de vie plus longue. Le programme d'achat est dans une phase cruciale maintenant et nous ne voulons pas perturber ce moment sensible."

L'information a envoyé Vandeput en première ligne. Actuellement, l'image qui reste est celle d'un ministre n'ayant aucun contrôle sur son département, un ministre qui se fait malmener par sa propre armée. Une réponse ferme est la seule option. Et la première étape, c'est le fait que le général Vansina, le chef de l'armée de l'air, et le colonel Van Pee, le directeur du dossier, se soient portés volontairement "inactifs". Mais il est inconcevable qu'ils puissent rester en place: manipuler un dossier de 15 milliards d'euros pèse beaucoup trop lourd pour pouvoir garder une pareille équipe à la tête de la Défense.

En attendant, le ministre Vandeput a aussi réagi violemment et tire à boulets rouges sur le parti qui a rendu l'affaire publique, le sp.a. "Ils veulent me faire du mal politiquement et ils choisissent de facto de démanteler la Défense". La question est de savoir si cette communication est suffisante, maintenant que tous les détails de ce dossier ont été rendus publics.

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