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Toujours plus flippant: et si Facebook pouvait en plus nous espionner grâce au micro de nos smartphones?

28 mars 2018

Le lanceur d'alerte Christopher Wylie, qui s'est fait connaître en balançant les pratiques de vol de données personnelles de son ancien employeur, Cambridge Analytica, s'est mis à table devant une commission d'enquête du Parlement britannique cherchant à clarifier ce qui s'est vraiment passé. Au passage, il a révélé que Facebook pouvait espionner ses utilisateurs grâce à leur téléphone.

Wylie a été auditionné pendant plus de 3 heures dans le cadre d’une enquête menée par le Parlement britannique pour déterminer si Cambridge analytique cas est intervenu dans le cadre du référendum statuant sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union Européenne ayant mené au Brexit. Le député Damian Collins, qui présidait cette commission, a demandé à Wylie si Facebook avait la capacité d’écouter ce que les gens disaient pour leur adresser des publicités personnalisées. Wylie a répondu la chose suivante:

"À titre de commentaire sur la façon dont on peut utiliser l’audio et analyser l’audio, on peut l’utiliser pour, de ce que je comprends en général sur la façon dont les entreprises l’utilisent… pas seulement Facebook, mais d’une manière générale, les autres applications qui utilisent l’audio, c’est pour le contexte environnemental. Par exemple, s’il y a une télévision en marche, en comparaison avec un endroit fréquenté avec beaucoup de personnes qui parlent, ou d’un environnement de travail. Cela ne revient pas à dire qu’ils écoutent ce que vous dites"

Il ajoute: "Il ne s’agit pas du traitement de langage naturel. Cela serait trop difficile à réaliser. Mais pour comprendre le contexte environnemental dans lequel vous vous trouvez, pour améliorer la valeur contextuelle de la publicité en elle-même, c’est possible. Certains éléments audio pourraient être utiles pour savoir si vous êtes dans un environnement de bureau, si vous êtes dehors, ou si vous regardez la télévision".

Les gens flippent

Par le passé, plusieurs utilisateurs de Facebook avaient déjà exprimé des inquiétudes après avoir été ciblés avec des produits pour lesquels ils n’avaient jamais manifesté d’intérêt en ligne, suspectant que l’app du réseau social écoutait leurs conversations. Le site Reddit présente même un fil de discussion composé d’une succession de témoignages de ces coïncidences, et des expériences menées par les internautes dans ce sens.

Une ONG, DotEveryone, a déterminé que 7 % des utilisateurs pensent que Facebook écoute leurs conversations téléphoniques. 5 % pensent même que la firme est capable de suivre le mouvement de leurs yeux lorsqu’ils regardent l’écran de leur smartphone.

Facebook nie depuis longtemps les allégations selon lesquelles son application écoute les utilisateurs pour leur adresser des publicités plus personnalisées. "Je gère des produits publicitaires à Facebook. Nous n’utilisons pas et n’avons jamais utilisé votre micro pour de la publicité. Ce n’est tout simplement pas vrai", a tweeté Rob Goldman, vice-président des produits publicitaires chez Facebook, en octobre 2017. Il avait ajouté qu’Instagram était également inclus dans son commentaire.

Des précédents bizarres

En 2016, une professeure en communication à l'université de Floride du Sud, Kelli Burns, avait mené une expérience aboutissant à une troublante coïncidence. Elle avait activé le micro de son téléphone et parlé de son désir de partir pour un safari en Afrique. Moins de 60 secondes plus tard, une publication portant sur le thème du safari était apparue dans son fil d’actualité sur Facebook. Il s’était avéré que cet article avait été posté 3 heures auparavant.

L’expérience avait fait la une des médias dans le monde, et Facebook avait alors nié l’hypothèse qu’il espionnait ses utilisateurs: "Facebook n'utilise pas le micro de votre téléphone à des fins publicitaires ou pour changer ce que vous voyez dans le newsfeed ", avait-il indiqué. Par la suite, la professeure avait elle-même réfuté la portée de son expérience, dont elle estimait qu’elle avait été "grossie" par les médias.

"Je n’ai jamais dit que Facebook nous espionnait", a-t-elle dit.

Des applications, des télévisions, ...et bien d'autres choses ?

En pratique, beaucoup d’applications, qui utilisent le micro de nos téléphones, ont la capacité de nous écouter, quand le micro n’est pas désactivé, et que rien n’est fait pour empêcher ces applications d’y avoir accès. Cela ne signifie pas cependant qu’elles le font systématiquement, ni que celles qui le font utilisent les informations ainsi collectées.

Pire, nos téléphones ne seraient pas les seuls en cause. En 2015, The Daily Beast avait rapporté que les télévisions Samsung Smart TV "écoutaient" leurs possesseurs. Samsung avait concédé que lorsqu’un possesseur de la télévision acceptait d’utiliser sa fonctionnalité de reconnaissance vocale, des données audio étaient transférées sur un serveur pour être adressées à une tierce partie. Ce fait était dûment explicité dans leur politique concernant la vie privée, et Samsung s’était défendu de conserver ces données, ou de les revendre.

C'est chaud pour Facebook

Quoi qu’il en soit, Facebook ne semble pas prêt de sortir de la tourmente. On a appris aujourd’hui que 3 utilisateurs de son application Messenger avaient décidé de porter plainte auprès d’un tribunal fédéral californien. Ils estiment en effet que le réseau social a violé leur droit à la vie privée en collectant les détails de leurs conversations téléphoniques et SMS. Leur plainte est formulée pour être soumise sous la forme d’une action collective ("class action"), ce qui signifie qu’elle est effectuée à titre collectif, et que d’autres plaignants pourraient s’y joindre.

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