Le PTB, à la pointe de la technologie pour traquer tes données

5 avril 2018

À l'heure du big data et de ses travers illustrés par le scandale Cambridge Analytica, le journal Le Soir s'est demandé à quel point nos partis politiques utilisaient nos données. Si on est très loin d'une machination à l'américaine, la question mérite d'être posée à l'approche de la double échéance électorale.

Âge, sexe, localisation, relations, mais aussi orientation politique... les 7,3 millions d'utilisateurs belges de Facebook constituent une masse de données précieuses et certainement enviées. Notamment par les partis politiques, ce n'est un secret pour personne.

Pour en tirer bénéfice, ils disposent d'un outil dont raffolent aussi les entreprises privées: Facebook Business Manager. Il analyse, détaille et cible un certain public auquel ils veulent faire passer un message. Les partis peuvent de cette manière délivrer plusieurs messages selon les affinités de chacun, pour un résultat optimal.

N-VA et PTB au top

Côté flamand, la N-VA est à la pointe de cette technologie. Groen et le Vlaams Belang suivent de près pour ce qui est des techniques de ciblage du public. Si le CD&V s'y est mis sérieusement récemment, l'Open VLD, étonnamment, et le sp.a sont à la traîne.

Côté francophone, on prend tout doucement conscience de l'importance de ce genre d'outils. Selon Le Soir, c'est le PTB qui s'approche le plus des moyens déployés par la N-VA, même s'ils en restent loin. Le parti marxiste dispose même d'un logiciel propre: Nation Builder. Il s'agit d'une sorte de machine à broyer et digérer des données. Il a été utilisé récemment lors de la campagne électorale française par Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Beaucoup pensent que Macron n'aurait pas gagné sans ces outils du big data. Ils lui ont en tout cas permis d’asseoir une base électorale en un temps record. Du côté du PTB, outre le fait de cibler un certain public dans sa base de données, ce logiciel permet aussi le recrutement comme l'explique au Soir le porte-parole du PTB Germain Mugemangango: "Cela nous permet de voir qu’une personne a été intéressée par plusieurs de nos campagnes, ce qui veut potentiellement dire qu’elle pourrait devenir militante du parti."

Danger?

Doit-on pour autant s'inquiéter? Crier au Big Brother? Non. Concernant Facebook, il s'agit d'un outil tout à fait légal. Il s'agit même de son fonds de commerce. Les logiciels de tri des données qu'utilisent les partis (c'est également le cas du MR) est quelque chose de connu. Le 21e siècle, qu'on le veuille ou non, sera celui du big data. Aussi dangereuse qu'utile, il faudra faire avec cette nouvelle technologie.

Notons qu'en Belgique, nos données sont mieux protégées qu'aux États-Unis par exemple. Et puis il y a la réglementation européenne RGPD qui harmonise la législation européenne en matière de protection des données ou qui accorde, par exemple, le fameux droit à l'oubli.

Mais à l'approche des élections communales puis législatives, ces technologies pourraient-elles avoir une réelle incidence sur le scrutin? Difficile à dire. D'une part, car la technologie qui permet de capter le big data n'est pas encore optimale. Il est fort à parier que nos partis croulent sous les données. Ensuite parce que construire une base électorale se fait au quotidien et aussi sur le terrain. Les logiciels de ciblage peuvent aider, mais ils ne sont en aucun cas primordiaux ou pas encore.

Mais il est possible, d'ici quelques années, que certains logiciels sauront avant toi pour qui tu iras voter.

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