© Eric Ostermann @bfrombrussels

L'arrêté anti-alcool ne plaît pas du tout aux commerçants de la place Flagey et ils le font savoir

11 avril 2018

Plus d'alcool sur la place ixelloise de Flagey passé minuit, voilà une mesure qui déplaît aux fêtards autant qu'aux commerçants. Mardi soir, ces derniers avaient rendez-vous avec la bourgmestre d'Ixelles Dominique Dufourny (MR) et l'échevine de la Propreté Viviane Teitelbaum (MR) pour faire part de leur vif mécontentement.

Avec ses nombreux bars, ses espaces où flâner et ses étangs où traîner, la place Flagey est devenue depuis quelques années un haut lieu de la vie nocturne bruxelloise. Prisée par les jeunes, les vieux mais surtout les amoureux de la fête, cette zone attire une faune chaque fois plus nombreuse dès que les beaux jours se repointent et parmi celle-ci, on trouve un paquet d'individus peu respectueux de l'endroit.

Parmi les nuisances produites par ces derniers, on retiendra principalement le bruit, les déchets abandonnés un peu partout, les tags sur les murs autant que sur les vitrines des commerces et les excréments (majoritairement de la pisse). Une situation qui dérange commerçants autant que riverains, et conséquemment l'administration communale.

Une mesure avait été réclamée par les commerçants il y a deux ans et la réponse que leur avait fournie la commune avait été l'arrêté anti-alcool. Mais pour les commerçants, cette mesure n'est pas du tout adaptée: elle défavorise les commerçants et ne résoudra nullement le problème des nuisances, estiment-ils.

Réunion avec la commune

Ils étaient quelques dizaines mardi soir dans la salle communale d'Ixelles pour discuter de ces mesures avec la bourgmestre Dominique Dufourny (MR) et l'échevine de l'Urbanisme, du Commerce et de la Propreté publique Vivianne Teitelbaum (MR). "Les terrasses devront fermer à minuit", a expliqué Dufourny aux commerçants en colère. "Vous devez inciter vos clients à venir plus tôt. Vous allez en sentir les bénéfices."

L'arrêté débuté samedi passé doit durer jusqu'au 31 octobre. Quiconque sera attrapé à consommer de l'alcool sur la voie publique passé minuit sera passible d'une SAC, une sanction administrative communale. Cet arrêté vise donc autant les fêtards qui traîneront avec canettes de bières, bouteilles de rosé et tabac à rouler sur les marches de l'église Sainte-Croix ou sur les berges de l'étang d'Ixelles que les clients tranquillement attablés aux terrasses des bars avoisinants. Et c'est cette absence de distinction qui pose problème.

Non seulement, cet arrêté désavantage financièrement les tenanciers de bars, les restaurateurs et les propriétaires de night-shop mais en plus, il ne répond pas au problèmes des incivilités, se plaignent les commerçants. "Au moins, lorsqu'ils sont en terrasse, nos clients savent se tenir ou du moins, nous pouvons leur demander de respecter un certain calme", souligne un commerçant. "Quand ils sont chez nous, ils ne vont pas pisser n'importer où", relève un autre. "Et lorsque nous sommes ouverts, qu'il y a de la lumière et des gens sur la voie publique, les tagueurs osent moins passer à l'acte."

"Anges de la nuit"

Parmi les promesses des autorités, il y la mise en place d'une force de surveillance plus active pour lutter contre la consommation de drogue et pour désamorcer les violences. Outre la brigade Hypnos, qui surveille le non-respect des normes sonores - comme exigé dans le non-moins fameux arrêté "son amplifié" de la ministre de l'Environnement Céline Frémault (cdH) -, une action de prévention doit être mise en place par la Police Bruxelles-Ixelles. Son nom: les "Anges de la nuit".

Durant la réunion, un commerçant a fait remarquer que lors de la première opération lancée samedi passé, ces stewards n'étaient que... deux pour couvrir la zone de Flagey et le cimetière d'Ixelles, faisant ainsi douter de l'effectivité même de cette mesure. "Hypnos ciblait l'Horeca alors que ces effectifs pourraient s'attaquer aux gens qui commettent des incivilités."

Smart-caméras

La solution trouvée pour lutter contre les tags et les dépôts illégaux de déchets sur la voie publique est la pose de cinq caméras intelligentes. "Grâce à des algorithmes, elle détecte les comportements suspects et les enregistre", explique Vivianne Teitelbaum.

Et pour lutter contre les excréments sur la voie publique, la commune va tester une peinture hydrophobe qui fait rebondir la pisse sur celui qui se soulage sur la voie publique. "Cela devrait les inciter à ne plus recommencer", indique Teitelbaum.

Rendez-vous dans deux mois

Forcément, puisque l'arrêté prend fin le 31 octobre, une date qui coïncide avec les élections communales du 14 octobre, une question était sur toutes les lèvres: cet arrêté n'est-il pas un simple calcul électoral destiné à charmer un certain électorat plus "âgé" et moins festif? "Pas du tout", nous assure Dufourny. "C'est la saison. À partir du 31 octobre, il commence à faire froid et donc il y a beaucoup moins de monde naturellement à l'extérieur."

En attendant, rien n'a été modifié. L'arrêté va se poursuivre comme il était prévu: les commerçants vont devoir fermer leurs terrasses dès minuit et les propriétaires de night-shop ne pourront plus vendre d'alcool au coeur de la nuit. Rendez-vous a été pris dans deux mois entre les commerçants et les autorités communales pour voir l'effet de cette mesure. Déçus, les commerçants? "On ne va pas se prononcer maintenant. On verra dans deux mois", nous répètent plusieurs propriétaires de bar.

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