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L'air de rien, François Hollande tente un come-back médiatique et fait la leçon à Macron

11 avril 2018

Un direct au JT de France 2, un livre dans lequel il explique la trahison de Macron et un retour aux idéaux de gauche: François Hollande entame son retour dans la vie politique "dans une démarche non partisane". Mais le timing est tout sauf au hasard.

Il ne t'aura sans doute pas échappé que c'est un peu le bordel en France: des universités bloquées, des cheminots en grève jusqu'au finish et des squatteurs de Notre-Dame-des-Landes chassés à coup de char... Emmanuel Macron n'a jamais été autant sous pression depuis le début de son quinquennat.

Mais il entend mener ses réformes coûte que coûte. Son Premier ministre, Édouard Philippe, répète à qui veut l'entendre que son gouvernement ne reculera pas. Mais ça ne suffit pas: c'est pourquoi Emmanuel Macron va s'exprimer demain en direct au JT de 13h de Jean-Pierre Pernaut, alors qu'il fuyait depuis un certain temps les médias et les journalistes. Le président français devra faire preuve de pédagogie.

C'est dans ce contexte que François Hollande s'est invité hier au JT de France 2. Face à Anne-Sofie Lapix, l'ex-président de la République n'a pas retenu ses coups, sans doute vexé par son Brutus de successeur.

Politique fiscale

Notamment sur la politique fiscale qu'il juge trop favorable aux "très riches", lui qui voit un "creusement des inégalités". Il met en garde contre le pire et la guerre, car "il n'y aura pas de croissance durable, il n'y aura pas de cohésion".

Réforme SNCF

Face à la réforme de la SNCF, François Hollande en veut surtout après la méthode qu’utilise son successeur pour l'imposer: "Chaque fois que l'on veut aller brutalement et vite, et que l'on ne prend pas le temps de la concertation et qu'on n'ouvre pas la négociation, (...) l'incompréhension est à ce moment-là grande", a-t-il prévenu, prenant en exemple la loi El Khomri.

Discours de Macron sur l'Eglise

Plus récemment encore, c'est le discours étonnant d'Emmanuel Macron sur l'Église qui a choqué François Hollande: "Ce qui m'a surpris, ce n'est pas du tout qu'Emmanuel Macron puisse s'adresser aux catholiques, c'est même bien qu'il l'ait fait. (...) C'est qu'il puisse dire qu'il y avait ‘une relation abîmée' [entre l'Église et l'État, ndlr] et qu'elle devait être réparée. Mais comment aurait-elle été abîmée?", insinuant que ce serait la faute de l'ex-président. Personne n'est dupe dans cette histoire. Tout le monde voit en ce discours une main tendue vers un électorat catholique qui achèverait la conquête de Macron à droite.

Syrie

Au niveau international, François Hollande change de ton et appuie son successeur en indiquant, entre les lignes, qu'une intervention armée en Syrie est nécessaire. Notamment via des frappes militaires contre Bachar el-Assad suite à l'utilisation réitérée d'armes chimiques dans la Goutha.

Emmanuel Macron, ce traître séducteur

Sur Emmanuel Macron, François Hollande a déclaré qu'il aurait pu se présenter lors de la dernière élection présidentielle s'il "l'avait voulu". Mais, assez justement, l'ex-président Hollande pense que les deux candidats auraient tous les deux perdus face à "une politique plus à droite encore". Comprendre: Marine Le Pen.

Ses critiques les plus acerbes, il les adresse dans un livre, Les leçons du pouvoir, à paraître demain mais dont Le Figaro a publié plusieurs extraits. Après le dernier rendez-vous avec Macron avant sa démission du Parti socialiste et du gouvernement, François Hollande comprend "ce jour-là qu'Emmanuel Macron ne s'inscrit pas dans l'histoire de la gauche, pas davantage dans celle de la social-démocratie, ni même dans une recomposition qui pourrait préfigurer une coalition progressiste. Il est à son compte. Il a créé une entreprise; il entend la mener le plus loin possible".

"Tutoiement facile"

François Hollande, qui a regardé la campagne présidentielle avec "un mélange de consternation et de vigilance", fulminait au fond de lui: "Les Français méritaient mieux que cette succession d'affaires judiciaires (coucou François Fillon), ces rebondissements jusque-là réservés aux séries télévisées, de meetings en hologrammes et en débats pléthoriques, indignes de l'enjeu."

Il y insiste sur la duplicité d'Emmanuel Macron, qui a délaissé un "salaire mirobolant chez Rothschild pour un traitement dix fois moindre auprès de moi", ce qui plaidait en sa faveur. Emmanuel Macron qu'il décrit comme un charmeur au "tutoiement facile" et qui "embrasse ses visiteurs comme du bon pain", l'a trahi. Il s'agace d'ailleurs de "cette façon de nier l'évidence avec un sourire". Il fait référence à la volonté d'Emmanuel Macron de créer le mouvement En Marche! pour lancer un débat d'idées assurant que ce n'était pas un parti et qu'il ne concurrencerait pas le PS.

On sait ce qu'il en est aujourd'hui: le PS est aux aboies et le mouvement En Marche! écrase l'Assemblée nationale dans un véritable raz-de-marée. Emmanuel Macron, aussi sournois fût-il, a réussi son pari. Hollande, après cinq années de pluie, tente lui de réhabiliter son bilan. Avant de venir au secours d'un PS amorphe?

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