© Facebook/Denis Ducarme

Denis Ducarme (MR) dément toute collusion dans le dossier Derwa: "Ignoble qu'on remette en cause mon honnêteté"

13 avril 2018

Hier, une source anonyme a porté des accusations très sévères contre Denis Ducarme (MR), dans les colonnes du Soir. Il y est notamment question d'une reprise suspicieuse de l'entreprise de charcuterie Derwa qui a failli perdre son agrément sans une faute de procédure. Cette source anonyme prétend que le ministre y a joué un rôle. En ne faisant pas appel d'une décision de justice, il aurait facilité la reprise de l'entreprise par un consortium dans lequel figure Caroline Cassart, une élue MR.

Après les accusations, place à la défense. Dans cette affaire Derwa, on retrouve trois personnages clés. Ils se sont chacun expliqués dans les journaux SudPresse pour lever les doutes sur leur probité.

Le dossier Derwa

Rappel des faits: mardi dernier, plusieurs sources anonymes expliquent à la RTBF que l'Afsca a constaté de nombreuses infractions chez Derwa et spécifiquement à "La Vieille Abbaye", un atelier de charcuterie de la région liégeoise. Il est notamment question d'utilisation de jambon congelé et périmé dans la fabrication du saucisson de jambon.

Les symptômes font étrangement penser à l'affaire Veviba: mauvaise traçabilité des denrées alimentaires, équipement obsolète et mauvaise hygiène générale. La procédure s'enclenche: entre le 8 décembre 2016 et le 19 juin 2017, un avertissement et deux procès-verbaux sont rédigés contre "La Vieille Abbaye". Trois jours plus tard, une mesure d'interdiction est prise pour toute denrée alimentaire sur le marché, explique le cabinet de Denis Ducarme, ministre fédéral de l’Agriculture.

Finalement, après deux recours sans succès, l'atelier se voit priver de son agrément en août 2017. L'histoire aurait pu se terminer là. Mais la famille Derwa n'avait pas dit son dernier mot. Constatant une irrégularité dans la composition de Commission de recours, et les droits de la défense n'ayant visiblement pas été respectés, le tribunal de première instance de Liège rejette la fermeture provisoire de l'atelier. Denis Ducarme décide de ne pas faire appel de la décision de justice. L'activité reprend dans "La Vieille Abbaye".

"Le retrait de l’agrément (que j’ai d’abord confirmé) concernait non un danger imminent pour la santé mais une série de non-conformités. J’ai renoncé à faire appel après la victoire de Derwa en justice, car l’entreprise a corrigé ses erreurs et répondait désormais aux exigences. Un recours en justice n’aurait rien donné": voilà pour les explications du ministre ce vendredi.

La famille Cassart

Mais entre-temps, une nouvelle source anonyme interne à l'Afsca a porté des accusations très dures envers son ministre de tutelle. Le maintien de l'agrément aurait facilité la reprise de l'entreprise Derwa par un consortium belge de la viande: Belgium Meat Partners. On y retrouve Sobemax dont l'une des administratrices n'est autre que Caroline Cassart (MR), bourgmestre d'Ouffet et députée à la Chambre.

Caroline Cassart est également liée par alliance à Benoit Cassart, ex-conseiller du ministre Ducarme, écarté au mois de mars au moment de l'affaire Veviba. "Dès que l’affaire Veviba a éclaté, le ministre Ducarme m’a téléphoné personnellement (...). Il a voulu montrer son indépendance par rapport au secteur. Montrer de l’impartialité, de la neutralité et de la distance." Benoit Cassart est aussi une tête bien connue dans le monde agricole, il est notamment porte-parole des marchands de bétail et apparaît régulièrement à la télévision. Avec lui, Ducarme détenait un expert compétent de la viande.

Alors, pourquoi l'avoir écarté? Les explications de l'intéressé ne sont pas corroborées par Denis Ducarme: "Depuis décembre, je voulais étoffer la cellule Agriculture de mon cabinet. Trois personnes sont venues renforcer l’équipe et, pour raison budgétaire, j’ai dû me séparer de M. Cassart. Vous me dites que son explication est différente, que j’aurais voulu une apparence de neutralité lors du scandale Veviba. Ça ne tient pas! Tout le monde savait que M. Cassart travaillait à mon cabinet!", peut-on toujours lire dans SudPresse.

Quant aux accusations de la source anonyme interne à l'Afsca, le ministre de l'Agriculture n'y va pas par quatre chemins: Il est ignoble de remettre en cause ma probité et mon honnêteté, sur base de déclarations anonymes. Cette volonté de déstabilisation me renforce à vouloir mener cet audit et cette réforme à l’Afsca."

Du côté de la bourgmestre d'Ouffet, l'agacement est aussi palpable: "C’est trop facile de détruire quelqu’un par le biais d’une source anonyme. Ce délateur, je suis prête à le rencontrer. Je n’ai rien à cacher ."

Ces accusations restent toutefois pertinentes pour expliquer le climat de tension actuel qu'il règne dans l'Agence fédérale du contrôle de la chaîne alimentaire. L'affaire Veviba et les critiques de Denis Ducarme contre l'Afsca ont laissé des traces. Des fonctionnaires veulent voir tomber le ministre.

Le dossier Baltus

D'autant qu'une autre accusation, encore une fois très lourde, a été portée à l'encontre du ministre de l'Agriculture. C'était lors de la crise du fipronil. Un lot d’œufs contaminés de l'entreprise Baltus se serait perdu dans la nature. Constatant des problèmes de traçabilité des œufs, l'Afsca veut retirer les agréments et autorisations.

Plusieurs délais sont accordés au grossiste pour qu'il se mette aux normes. Certaines sources internes à l'Afsca parlent d'ingérence de la part du ministre. "Il chercherait à prendre les commandes de l'Agence", expliquent-ils à la RTBF.

Dans un communiqué, le cabinet du ministre précise que "les non-conformités relevées au sein de l’entreprise Baltus relevaient d’une procédure ne visant aucun danger imminent pour la santé du consommateur ni une fermeture temporaire de l’entreprise". Il n'y aurait même pas de lien direct avec les œufs contaminés au fipronil. C'est pourquoi l'entreprise n'a pas perdu son agrément et a disposé de plusieurs délais pour se régulariser.

Pour rappel, la source anonyme du Soir parlait de collusion dans ce dossier puisque ce grossiste était proche d'un conseiller de Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre wallon de l'Économie. Vraies ou fausses, ces accusations sont symptomatiques des tensions qui règnent au sein de l'Afsca. Une chose semble maintenant claire pour tous: l'Afsca va devoir connaître une réforme.

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