Le SPF Économie veut filer des amendes aux influenceurs mais il fait ça n'importe comment

16 mai 2018

Un peu dépassé par les nouvelles formes de rémunérations liées au web, le SPF Économie? Il se pourrait bien. Mardi, le service a sorti un guide des bonnes pratiques à respecter pour les influenceurs et menaçait de grosses amendes ceux qui ne le respecteraient pas. Ce mercredi, le SPF a déjà retiré sa publication car elle n'était "pas validée". 

Le SPF Économie souhaitait sans doute faire trembler les influenceurs qui ont fait de la mise en scène de leur vie quotidienne un métier. Blogueurs tech, instagrammeuses beauté, food-porn addicts, vlogeurs ciné... ils sont pléthore à faire la promotion d'un produit au travers d'un selfie, d'une critique sur YouTube ou d'une pose savamment orchestrée. Certains le font avec subtilité, d'autres beaucoup moins.

Mais pour le SPF Économie, il n'est pas question d'être payé par des marques pour pousser ses milliers de followers à acheter un produit sans en avertir ces derniers. Le service public a donc pondu une grosse publication censée faire trembler tous les influenceurs. Il était question de lourdes amendes allant jusqu'à 400.000 euros pour une publicité non-déclarée: le yaourt nonchalamment "oublié" en arrière plan d'un selfie, c'est non. Le lendemain, la publication a été retirée car elle n'a pas été validée. L'homme à la tête du département, le ministre de l'Économie Kris Peeters (CD&V) n'a sans doute pas encore approuvé le projet.

SPF Amateurs

Mardi, le SPF Économie a ainsi sorti un guide des bonnes pratiques intitulé "Comment (ne pas) influencer sur les réseaux sociaux". Dans celui-ci, on pouvait lire: "les entreprises font de plus en plus souvent appel à des influenceurs en ligne afin de promouvoir leur marque, produit ou service sur internet. En publiant des messages, vidéos, photos…, de ce type sur les médias sociaux, les influenceurs en ligne font en fait de la publicité".

Le manque de transparence de la part des influenceurs et le fait que ces derniers ne paient pas toujours des impôts sur ces revenus (puisqu'ils ne sont pas toujoursdéclarés) semblait chiffonner grave le SPF. Mais le service public a été trop vite. Ce mercredi, la publication a été retirée. "Les "Guidelines pour les online influencers" n’étaient pas validées. La publication sur notre site web était par conséquent prématurée. Il y aura une concertation avec les acteurs les plus importants du secteur des online influencers", écrit le SPF sur Twitter.

Il faut dire que le guide a reçu un très mauvais accueil de la part des influenceurs belges. Le SPF a été taxé d'amateurisme et de non-connaissance du milieu. Certains ont réclamé à être entendus, d'autres ont dénoncé une méthode hypocrite et au final, le SPF a compris qu'il avait mis les pieds dans un énorme plat qu'il n'était pas encore prêt à affronter.

"Publicité" ou #publicité?

Dans le monde des médias, la publicité est en principe clairement régulée. Le native advertising, le publi-reportage et les encarts publicitaires sont affublés de logo et de couleurs qui permettent de les distinguer du reste des publications. Mais sur les médias sociaux, l'usage n'a pas encore été nettement défini.

Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat... sur ces plateformes, le SPF Économie souhaite que les influenceurs précèdent leurs statuts de la mention "Publicité" ou #publicité, histoire que les followers sachent bien de quoi il retourne. En cas de non-respect de la procédure, le service menaçait de mettre une amende allant de 280 euros à... 400.000 euros. Et pire encore pour les systèmes pyramidaux.

Prison de 1 à 5 ans

Les systèmes pyramidaux, ce sont ces arnaques du style: "si vous parvenez à convaincre cinq de vos amis de créer un compte chez nous, nous vous offrons 50 euros". Bon: ça, c'est juste le bon plan pour se taper le max d'emmerdes.

"Promouvoir via les médias sociaux un système de promotion pyramidale dans lequel le consommateur verse une participation en échange de la possibilité de percevoir une contrepartie provenant de l’entrée de nouveaux consommateurs dans le système plutôt que de la vente ou de la consommation de produits (...) est passible d’une amende de 4.000 euros à 800.000 euros (décimes additions inclus) et/ou d’un emprisonnement de 1 à 5 ans."

Mais tout ceci est maintenant mis en pause. Le SPF Économie n'est pas encore totalement prêt à réguler cette nouvelle forme d'économie et de travail.

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