Une séance frustrante: Mark Zuckerberg était dans un fauteuil pour répondre aux eurodéputés

22 mai 2018

Mark Zuckerberg devait répondre ce mardi soir aux chefs de groupes politiques européens. Mais le format choisi - d'abord les questions, ensuite les réponses - n'a pas du tout apporté satisfaction. Guy Verhofstadt (Open VLD) tout comme Philippe Lamberts (Ecolo) sont sortis frustrés de cette rencontre. Il est vrai que l'on n'a pas appris grand-chose.

Ça devait être une rencontre historique, ça s'est vite transformé en flop. Le passage de Mark Zuckerberg devant le Parlement européen laisse derrière lui beaucoup de frustration. En cause, le format de l'interview: les questions d'abord, les réponses (partielles) ensuite, sans possibilité de rebondir dessus.

Mark Zuckerberg avait apparemment un avion à prendre et ne pouvait rester au-delà de 19h30 pour une séance qui débutait à... 18 heures. Du coup, le patron de Facebook a été plutôt tranquille, choisissant de répondre à ce qu'il souhaitait sans entrer dans les détails.

Flop

La faute aussi au Parlement européen qui n'aura pas réussi à s'adapter en reprenant son format traditionnel de questions/réponses. Seul Guy Verhofstadt a insisté en fin de la séance pour avoir réponse plus précuse à ses interrogations. Mais c'est le président du parlement européen, Antonio Tajani, qui est lui-même venu au secours de Mark Zuckerberg, refermant la séance. Ou quand l'Europe se mord la queue: elle a insisté pour faire venir le boss de Facebook sans pour autant se donner les moyens de son ambition.

Peu de matière donc, et une répétition de ce qui avait été dit devant le Congrès américain, en ce compris des excuses publiques: "Dans cette affaire, nous n'avons pas pris nos responsabilités et je m'en excuse", a déclaré Mark Zuckerberg avant la séance des questions/réponses. Et ensuite?

1. Le monopole de Facebook

C'est la question posée par Guy Verhofstadt (Open VLD), chef de groupe des Libéraux, et qui n'a pas vraiment obtenu de réponse. Il est reproché à Facebook de constituer un quasi-monopole avec ses applications Instagram, Messenger et WhatsApp. Plusieurs groupes de pression tentent d'ailleurs de démanteler l'entreprise de Mark Zuckerberg.

Mais la réponse de l'ancien étudiant de Harvard a été la même que devant le Congrès: "Nous vivons dans un monde très concurrentiel. Je vois débarquer de nouveaux concurrents au quotidien. On doit s'adapter en permanence." Chiffres à l'appui, il tente d'illustrer son propos: "Un internaute utilise en moyenne 8 systèmes de communication différents (...). Nous ne monopolisons que 6% du marché publicitaire mondial", a-t-il enchaîné.

Pas suffisant pour l'Eurodéputé belge qu'on a senti très frustré. Pas plus pour le coprésident des Verts européens Philippe Lamberts (Ecolo) qui voulait savoir si l'entreprise allait continuer à faire tous ses profits en passant par l'avantageuse Irlande en matière fiscale.

2. Liberté d'expression

Quelques eurodéputés, notamment d'extrême droite, se sont demandé pourquoi certains de leurs contenus disparaissaient? Ils s'étonnaient aussi de la suppression de certaines pages contenant plusieurs centaines de milliers de likes comme "Génération identitaire".

Mark Zuckerberg a répété que Facebook n'excluait aucune opinion politique. Que la plateforme servait justement à animer les débats, ce dont il est visiblement "très fier". Il a toutefois répété les limites qui garantissent cette liberté d'expression et sur lesquels Facebook a obtenu des résultats.

  • Les contenus terroristes: "95% du contenu d'Al Qaida ou Daesh est supprimé automatiquement par nos outils d'intelligence artificielle".
  • Le harcèlement ("Nous est rapporté beaucoup plus vite qu'avant").
  • L'intégrité physique directement mise en danger.

Mark Zuckerberg a toutefois reconnu que le combat n'était pas fini pour lutter contre ce type de contenus: "On évolue. Nous ne serons jamais parfaits. C'est un peu comme une course aux armements, nous devons progresser plus vite que nos ennemis."

Le boss du réseau social a par ailleurs renouvelé son envie, marquée par un changement d'algorithme en début d'année, de donner la priorité aux interactions entre personnes. Les contenus publics (info, vidéo...) sont limités au profit des contenus personnels. "Car cela améliore la vie de gens", a-t-il asséné.

3. Les "Fake News"

Mark Zuckerberg voit trois catégories de fake news et reconnaît qu'il y a "du pain sur la planche".

  • Les Spams (il fait référence ici aux entreprises privées qui spamment les utilisateurs en vue de faire de l'argent).
  • Les faux comptes (180 millions de faux comptes ont été supprimés rien que sur le premier trimestre 2018).
  • Les informations repartagées par des personnes bien intentionnées, mais qui s'avèrent fausses. Un outil de vérification va être mis en place, pays par pays, langue par langue, pour tenter d'y voir plus clair. Avec les dangers que cela peut représenter.

Il compte sur l'intelligence artificielle pour lutter contre ces trois fléaux, mais aussi sur son armée de la sécurité, quelque 20.000 personne d'ici la fin de l'année", a promis Mark Zuckerberg.

4. Les élections

Mark Zuckerberg dit prendre ce problème très au sérieux. Là encore, il s'agit de limiter les faux comptes qui répandent de l'information parfois mensongère. 35.000 faux comptes ont par exemple été supprimés lors des élections présidentielles françaises, a affirmé le milliardaire.

Il milite pour une totale transparence, et encore une fois, il compte sur l'intelligence artificielle pour régler ce problème. Avec une solution solide "pour cet été", s'est-il engagé.

5. RGPD

Le RGPD est une nouvelle réglementation qui doit protéger les données des utilisateurs et qui s'appliquera en Europe dès le 25 mai, soit dans trois jours. Un tas d'entreprises doivent s'adapter pour indiquer à leurs clients pourquoi, comment, où et quand elles utilisent leurs données. Facebook n'y échappera pas.

Mais Mark Zuckerberg avait plutôt l'air confiant lors de la séance et s'est engagé à respecter le RGPD européen dès ce vendredi, en l'appliquant partout dans le monde. Le patron de Facebook a également reconnu le fait que réglementer le cyberespace était "inévitable", mais que cela devait se faire "correctement, sans empêcher les évolutions technologiques comme l'intelligence artificielle".

Enfin: le problème de fond qu'a soulevé le scandale "Cambridge analytica", c'est l'utilisation de données par des applications tierces. Là encore, Mark Zuckerberg se montrait positif: les applications seront maintenant autorisées en amont, avant de pouvoir interagir avec le réseau social. Les internautes disposeront aussi bientôt d'un registre complet pour savoir quelle application a été utilisée et avec quelles données. Le but est d'éviter les mêmes erreurs qui ont conduit au scandale.

Selfie

Voilà pour les enseignements. Pour les questions plus délicates, Mark Zuckerberg a promis d'y répondre par la suite et par écrit, laissant les eurodéputés médusés.

Mais pas tous: certains se sont précipités auprès du boss de Facebook pour lui demander... un selfie.

On te le disait: Mark Zuckerberg a vécu une séance très cool devant le Parlement européen. Espérons que sa rencontre avec Emmanuel Macron demain en France apporte plus de réponses.

Enfin s'il arrive à temps. C'est qu'il a un avion à prendre le Zuck. Reste nos nombreuses interrogations. Une fois de plus, l'Europe est parue bien faible. Un véritable acte manqué.

Déjà lu?

Déjà lu?