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Le prix du pétrole poursuit sa chute sur les marchés mais augmente toujours à la pompe: pourquoi docteur?

28 mai 2018

Plus de 1,5 euro le litre. Il ne t'aura pas échappé que le prix du diesel ou de l'essence atteint des sommets à la pompe. Le prix du baril est pourtant en chute libre depuis quelques jours après avoir augmenté depuis janvier. À quoi doit-on s'attendre pour la suite et pourquoi le prix est aussi élevé à la pompe?

Si le prix du baril a dépassé la barre des 100 dollars pendant des années - faisant même croire à un nouveau prix plancher - il a atteint un minimum début 2016 pour passer en dessous des 30 dollars.

Depuis, le prix du baril de Brent grappille tranquillement des points, avec un pic au mois d'avril 2018 le conduisant à près de 80 dollars.

Le contexte international tendu de ces derniers mois n'a pas aidé les choses. Mais depuis quelques jours, le prix du baril est redescendu à 75 dollars, ce qui reste loin des sommets atteints en 2012 (126) et 2014 (115).

Problème: tu ne vois pas forcément ces fluctuations à la pompe. Le prix de l'essence (95) et surtout du diesel s'envole pour atteindre plus de 1,5 euro par litre (maximum), soit une augmentation de plus de 10% et 16% en un an. Comment expliquer cette situation?

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Accises

Il faut d'abord savoir que le prix de l'essence ou du diesel ne dépend pas que du prix du baril brut. Il n'intervient même qu'à hauteur de 0,5 cent par litre. Le prix à la pompe est en fait réévalué chaque jour par le SPF Économie qui tient compte des cotations internationales et du cours du dollar par rapport à l'euro. Il dépend aussi de l'état des stocks, de la variation de la demande, de la spéculation et même de la météo. Enfin, le plus important, il y a les accises et la TVA propres à chaque pays.

Ce sont ces taxes qui influencent le plus le prix à la pompe. Mais pour chaque denier que l'État gagnera grâce aux accises, il le perdra sur la TVA car calculée au prix du litre à la pompe. Après, l'Etat fait son beurre sur notre essence, il n'y a aucun doute là-dessus.

Driving season

Jean-Pierre Van Dijk, secrétaire général de la fédération pétrolière belge, nous explique qu'un autre phénomène influence le prix à la pompe en cette période. Il s'agit des effets de la driving season: "Il y a toujours un grand effet saisonnier qui débute au mois de mars et qui finit fin août. Cela correspond à la driving season aux États-Unis, elle tire le prix de l'essence vers le haut par rapport au diesel."

Ici comme là-bas, on remarque une augmentation de la demande. En Belgique, il s'agit des automobilistes qui se rendent à la côte ou dans les Ardennes. Aux États-Unis ce phénomène prend une toute autre ampleur. En hiver, c'est l'inverse, c'est le diesel qui a tendance à augmenter quand le froid arrive (chauffage).

Tax shift

Pour le diesel, l'augmentation de ces derniers mois à la pompe peut largement être expliquée par la croissance des accises depuis le tax shift de 2015: "Le gouvernement actuel a voulu faire converger les accises sur le diesel et l'essence pour la fin 2018".

Dans les faits, les prix ont maintenant convergé et ils se sont même déjà croisés fin février dans certaines stations-service. L'essence continue d'augmenter mais plus faiblement que le diesel. Ce n'est pas tout à fait ce qui était annoncé.

Au final, les accises ont contribué à augmenter le prix à la pompe à hauteur "de 15 centimes le litre" depuis 2015 pour le diesel, précise Jean-Pierre Van Dijk.

La Wallonie et surtout Bruxelles ne veulent plus du diesel

Concernant le diesel toujours, tout indique que cette augmentation n'est qu'un début. La Wallonie a déjà fait savoir son intention de lui faire la guerre en interdisant progressivement les véhicules les plus anciens à partir de 2023.

À Bruxelles, c'est encore pire: le diesel pourrait être taxé six fois plus que l'essence. Le gouvernement bruxellois doit justement discuter de cette taxe ce jeudi. Elle a été proposée dans un seul but: "la "dédiéselisation" du parc automobile bruxellois.

Plus que jamais, il est temps de revoir nos habitudes en matière de transport.

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