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Blanc de monde: plus d'un millier de personnes ont rendu un dernier hommage à la petite Mawda

30 mai 2018

Difficile de parler de succès de foule dans de telles circonstances. Pourtant, c'est bien ce qui s'est passé ce mercredi à Haren d'où partait le Cortège Blanc. 1.500 personnes étaient présentes pour un dernier adieu à la petite Mawda, fauchée par une balle policière. Et pour apporter beaucoup de soutien à la famille.

Il était 13h15 quand le cortège a démarré de la porte d'Ulysse. Un lieu ô combien symbolique car il a permis d'accueillir de nombreux migrants durant ces derniers mois. Le monde continue d'affluer, vêtu de blanc, pour soutenir la famille de Mawda, jeune Kurde irakienne de 2 ans dont l'histoire s'est arrêtée sur l'E42, près de Mons.

"Charognards", entend-on dans la foule quand les photographes se précipitent pour prendre un cliché des parents de la défunte et de son grand frère. Un peu plus loin, des automobilistes s’énervent. Ils doivent attendre plusieurs minutes, bloqués à un carrefour, le temps que le cortège passe.

Car le cortège est long. Le soutien est massif et c'est en soi une petite surprise pour un mercredi en pleine journée. Même si tant d'autres personnes auraient sûrement aimé les rejoindre.

Le public présent sur place est pour le moins éclectique: presque autant de néerlandophones que de francophones, les couleurs de peau se mélangent, les confessions religieuses aussi. Juste un moment, la Belgique se rêve plurielle. La foule, elle, marche silencieusement, uniquement interrompue par les bruits d'une ville qui ne s'arrête pas de tourner. Une actualité en chassant une autre.

Il y a évidemment de l'émotion. Beaucoup même. Jusque dans le cimetière multiconfessionnel d'Evere où la petite Mawda repose désormais en paix. Dans un pays qui n'a pas voulu d'elle.

Régularisation: toujours en discussion

Et maintenant? Les avocats de la famille tentent de lui obtenir un titre de séjour, si possible permanent, via un statut humanitaire. Mais rien ne sera simple, jusqu'au bout: Theo Francken n'entend pas répondre aux deux dérogations demandées par les avocats de la famille; à savoir les frais de demande de régularisation (700 euros) et l'obligation de posséder un domicile, car il ne l'a "jamais accepté par le passé".

Reste que la réponse du gouvernement sera collégiale. Le Premier ministre est intervenu dans le dossier alors qu'il est normalement réservé au Secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration. Plusieurs ministres plaident pour un statut de victime de trafic d'être humain. Le souci, c'est que le titre de séjour n'est valable que 45 jours.

Si la plateforme citoyenne et le milieu associatif sont présents depuis le début, il ne sont pas mécontents de recevoir le soutien du monde académique. Celui de neuf recteurs des plus grandes universités du pays. Ils ont adressé une lettre au Premier ministre pour demander la régularisation de la famille afin qu'elle puisse "suivre la procédure judiciaire et se recueillir sur sa tombe".

Et l'enquête?

L'enquête, justement, est toujours en cours. C'est le Parquet et le Comité P (police des polices) qui s'en chargent. Cette enquête doit déterminer les circonstances du drame. Pourquoi avoir tiré? Pourquoi une ambulance a mis plus de 30 minutes pour arriver sur place? Pourquoi les parents et le petit frère n'ont reçu aucune assistance psychologique? Pourquoi étaient-ils en centre fermé alors que Mawda s'éteignait dans l'ambulance? Pourquoi ils n'ont pu la voir que 24 heures après? Qu'est devenu le passeur?

Tant de questions qui doivent nous éclairer sur les responsabilités de chacun. Car si une actualité en chasse une autre, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un véritable drame familial. Qui porte le sceau de l’État.

Interview de Mehdi Kassou, porte-parole de la plateforme citoyenne d'aide aux réfugiés

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