Theo Francken se sent mal compris et craque: "L'hypocrisie est la vaseline de la rue de la Loi et de l'Europe"

6 juin 2018

Theo Francken suggérait mardi de "contourner" l'article 3 de la CEDH pour permettre le refoulement en mer des migrants. L'opposition est toujours sous le choc, la majorité a voulu corriger quelque peu le tir. Devant les réactions hostiles, le secrétaire d'État a fait un début de mea culpa. Avant de préciser le fond de sa pensée.

"Si l’Europe ne résout pas le problème de migration sur le fond, il n’y aura plus d’Union européenne ni de zone Schengen dans cinq ans": voilà l'argument massue de Theo Francken (N-VA). Devant ce constat, il a plaidé mardi à Luxembourg pour un retour des refoulements des bateaux de migrants.

Sauf qu'il sait que ces refoulements ne sont plus pratiqués depuis 1985 en Europe, comme l'interdit un arrêt de la Cour européenne des Droits de l'Homme qui se base sur l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme: l'interdiction de torture, de traitements inhumains et dégradants.

Critiques de l'opposition

Le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration a alors exprimé son désir de "contourner" cet article, provoquant un tollé général de l'opposition en passant par l'Europe où le commissaire européen en charge de la Migration, Dimitris Avramopoulos, a affirmé que ces "pushback" à l'australienne "ne seraient jamais appliqués en Europe".

Elio Di Rupo (PS) se demande lui si Theo Francken "est tombé sur la tête?", Olivier Maingain (DéFI) a parlé "d’extrême droite décomplexée", tandis que Zakia Khattabi (Ecolo) a été la première à réagir et s'étonner de ce parallèle avec l'Italie, dont le nouveau ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, a promis d'expulser 500.000 migrants de son pays.

Majorité: d'accord sur le fond, pas la méthode

Côté majorité, le MR a voulu dans un premier temps se distancier des propos de Theo Francken via communiqué. Oliver Chastel (MR) a répété que la Belgique respecterait "le droit international ainsi que toutes les conventions internationales". Le président du MR a toutefois rappelé, comme le déclarait Theo Francken hier, qu'il importait également "de renforcer les frontières extérieures de l’Europe et leur surveillance" et de conclure des accords migratoires avec des états tiers." On notera également que Georges-Louis Bouchez (MR) et David Clarinval (MR) sont également venus au secours du secrétaire d'État, non sans susciter quelques réactions.

Leur but ultime: mettre fin à l'immigration illégale et au règne des passeurs. S'ils sont d'accord sur le fond, ils ne s'accordent toutefois pas sur la méthode. Charles Michel a dû une nouvelle fois intervenir devant les propos de son secrétaire d’État: "La Belgique respecte et respectera les conventions européennes et internationales", a-t-il répété ce mercredi en marge d'une visite dans les bureaux d'Europol.

Mais il ne veut pas tomber dans les caricatures de l'opposition pour autant: "Je n’ai pas de leçons à recevoir de la part de l’opposition qui voit des outrances partout (...). J’ai parfois l’impression que l’opposition ne plaide qu’en faveur de frontières totalement ouvertes sans le moindre contrôle, ce qui est totalement irresponsable (...). J’assume pleinement la position du gouvernement sur cette question".

Et puis paf!

Malgré ce relatif soutien, Theo Francken a voulu corriger le tir au micro de la VRT ce mercredi. Il admet qu'il aurait dû utiliser les mots "réorienter les bateaux vers la Tunisie", comme il le voudrait via un accord avec ce pays. Il ajoute que "par souci de clarté: (il) n'a pas l'intention de commettre une violation massive de l'article 3."

Ce qui ressemble à un mea culpa aurait pu s'arrêter là. Mais le secrétaire d'État semble lassé de se justifier et a précisé le fond de sa pensée. Pour lui, l'heure est grave en Europe et cela demande des moyens adaptés: "Nous avons un accord avec Erdogan en Turquie, nous avons signé un accord avec les milices en Libye, qui sont des champions en Afrique en termes de violations des droits de l’homme", pourquoi dès lors ne pas signer un accord avec la Tunisie pour repousser les bateaux se demande-t-il?

Et puis il a fini par craquer: "L’hypocrisie est la vaseline de la rue de la Loi, je pense qu’il en va de même pour la place Schuman, ce qui a été prouvé aujourd’hui." Quelqu'un pour lui expliquer que la fin ne justifie pas toujours les moyens?

Déjà lu?

Déjà lu?