© Mosa Meat

Pour protéger la planète, ce groupe suisse investit dans la viande in vitro

18 juillet 2018

Le transformateur de viande suisse Bell Food est persuadé que la viande de synthèse représente l'avenir: un moyen de faire face à la demande croissante de viande et à l'augmentation des gaz à effet de serre. Il a donc investi dans Mosa Meat, la startup qui réalise de la viande de synthèse et espère vendre ses burgers de labo dès 2021.

Pourrais-tu avaler du boeuf de culture, élevé en laboratoire et n'ayant jamais couru ni pris une forme de vache? A priori, non. C'est dégoûtant. Mais la startup néerlandaise Mosa Meat a l'espoir que les consciences changent et que les consommateurs se tournent vers sa viande d'élevage. Et son pari semble en bonne voie pour être gagné.

Bell Food Group a investi dans le capital de Mosa Meat et compte très prochainement vendre à l'échelle européenne de la viande de synthèse. Ce transformateur de viande suisse, qui emploie 12.000 personnes pour un chiffre d'affaire annuel de 3,5 milliards d'euros, a investi 2 millions d'euros dans la startup néerlandaise. Ces fonds ont pour but d'aider Mosa Meat à trouver une méthode pour concevoir, à des prix bas, des produits carnés réalisés avec des techniques d'ingénierie tissulaire.

Hors du corps de l'animal

"Le processus de fabrication de la viande d'élevage (également connue sous le nom de viande propre) est similaire à la fabrication de viande de bétail, sauf que les cellules poussent à l'extérieur du corps de l'animal", explique Meso Meat.

Comment ça fonctionne? Première étape: il faut prélever des cellules dans le muscle d'un animal - une vache pour faire du bœuf, par exemple. Ces cellules souches, appelées "myosatellites", sont régénératives: elles ont la capacité de créer un nouveau tissu musculaire lorsque un muscle est blessé. Et c'est cette capacité qui est à la base de cette méthode de production.

Deuxième étape: placer ces cellules souches dans un milieu contenant des nutriments et des facteurs de croissance naturels. Au lieu de se décupler à l'intérieur d'un animal, ces cellules régénératives vont proliférer dans un gel jusqu'à atteindre des billions de cellules. Cette croissance se fait dans un bioréacteur "qui ressemble aux bioréacteurs dans lesquels la bière et le yaourt sont fermentés", poursuit la startup.

Éthique et pour la planète

Bell se tourne vers cette nouvelle forme de production carnée pour faire face à une demande qui devrait augmenter de 70% dans le monde d’ici à 2050, explique la société dans un communiqué. Se basant sur des chiffres de la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, Bell Food Group avance que "les méthodes de production actuelles ne permettront pas de couvrir durablement une telle progression".

Carolyn Mattick, une chercheuse environnementaliste, expliquait au Washington Post en 2016 que si toute la viande consommée mondialement était produite en laboratoire, "les émissions de gaz à effet de serre pourraient être réduites de 80% et l'utilisation d'eau de 90%".

Par son investissement auprès de Mosa Meat, Bell Food Group explique "soutenir à long terme le développement de nouvelles méthodes de production à même d’offrir une alternative aux personnes préoccupées par leur consommation de viande pour des raisons éthiques".

En d'autres termes, le transformateur suisse espère se redonner une image plus éthique et environnementaliste. Le groupe, qui a enregistré un premier semestre plutôt mauvais, espère toucher un nouveau public cible composé de végétariens et de consommateurs éthiques pour se refaire une santé économique.

333.000 dollars le burger

Toutefois, rien ne dit que cet investissement soit réellement rentable. Avec un extrait de boeuf, les scientifiques sont capables de produire 800 millions de faisceaux musculaires, soit "la quantité nécessaire pour la production de 80.000 Big Mac", assure Mosa Meat. Mais cette technique a un prix.

En 2013, la startup de Maastricht avait présenté son premier burger in vitro. Coût de la production: 330.000 dollars, soit 284.000 euros. Cette somme avait été déboursée par Serguey Brin, co-fondateur de Google, raconte Business Insider. Aujourd'hui, Mosa Meat est parvenu à récolter 7,5 millions de fonds de divers investisseurs, dont Bell Food. Cette dernière espère pouvoir commencer à commercialiser ses burgers de synthèse dès 2021. Mais pour cela, il va falloir que Mosa Meat trouve un moyen de réduire les coûts de production.

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