Nordpresse accuse Facebook d'avoir censuré du contenu qui concernait l'affaire Alexandre Benalla

22 juillet 2018

Le site satirique Nordpresse a connu une drôle de surprise ce matin. Son contenu sur l'affaire Alexandre Benalla a fait l'objet d'un blocage de la part de Facebook. Son créateur, Vincent Flibustier, s'interroge sur une potentielle intervention de la France. Il faut dire que cette affaire touche l’Élysée au plus haut point.

Commençons par un rappel des faits. Alexandre Benalla est l'ancien "monsieur sécurité" d'Emmanuel Macron. Le 1er mai 2018, lors de la fête du Travail, ce dernier s'emporte et tabasse un des manifestants au sol. La scène, filmée par un téléphone amateur, resurgit dans la presse le 18 juillet dernier dans un article du Monde.

Retour sur une affaire qui touche l'Élysée

Outre la scène de violence qui a choqué de nombreux Français, plusieurs problèmes se posent concernant l'employé de l'Élysée. Il est intervenu dans la manifestation alors qu'il jouissait d'un simple statut d'observateur. Il n'avait donc aucune autorisation pour frapper qui que ce soit. De plus, Alexandre Benalla a utilisé des gestes absolument à proscrire dans ce type de situation (une manifestation). On le voit également sur les images porter un brassard de policier, ce qu'il n'est pas.

Le lendemain des faits, Alexandre Benalla est immédiatement reconnu dans la vidéo par le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron. Il prévient le président et le ministre de l'Intérieur Gérard Colomb. Le 19 juillet, le porte-parole de la présidence confirme qu'Alexandre Benalla a été relevé de ses fonctions "en matière d'organisation de la sécurité des déplacements". Or le 14 juillet lors de la fête nationale, qui voit-on aux côtés d'Emmanuel Macron pour assurer sa sécurité: Alexandre Benalla.

Ce qui était une affaire encombrante pour l'Élysée devient une affaire d'État. La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon parlent même de Watergate français. Le 20 juillet, le président de la République décide de licencier son employé qui est placé en garde à vue pour "violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions", "port illégal d'insignes réservés à l'autorité publique" et "complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection".

Une question reste en suspens: l'Élysée a-t-elle tenté de minimiser l'affaire voire de la dissimuler? Une commission d'enquête tente maintenant de connaître toute la vérité.

Tache d'huile

Cette affaire fait beaucoup parler d'elle, jusqu'au sein du site satirique Nordpresse qui en a fait ses choux gras. Plusieurs "fake news" sont balancées sur la toile et largement partagées, notamment sur le fait qu'Alexandre Benalla soit le voisin de l'enfant sauvé par Mamoudou Gassama, du nom de cet héros escaladeur qui avait sauvé la vie d'un enfant en mai dernier.

Facebook n'a visiblement pas apprécié l'humour et a procédé à la censure de tous les articles qui "concernaient l'affaire Benalla ou Macron", indique Vincent Flibustier sur son site. Il poursuit sur un ton accusateur: "On sait comme le patron de Facebook France est en lien direct avec l'Élysée après l'affaire Génération identitaire", du nom d'un groupuscule fascisant dont les pages Facebook et Twitter, qui comptaient plusieurs centaines de milliers de followers, ont été supprimées.

Nordpresse en avait d'ailleurs déjà fait l'expérience. C'était après la mort de Johnny Hallyday. Une blague de mauvais goût avait déchaîné les fans qui étaient parvenus à faire fermer la page Facebook de Nordpresse. Elle a depuis connu une deuxième vie.

Une nouvelle fois, Vincent Flibustier et Nordpresse ne comptent pas se laisser faire et tentent de trouver un nouveau nom de domaine pour leur site. L'affaire fait beaucoup de bruit et se situe dans le top 10 des tendances mondiales sur Twitter, rien que ça.

Lutte anti-fake news

Cette affaire dans l'affaire pose beaucoup de questions. Dans sa volonté de lutter contre les "fake news" et les dérives complotistes, Facebook ne fait-il pas des dommages collatéraux contre des sites qui se veulent d'abord humoristiques? Au-delà, assiste-t-on au début de la censure de masse sur les réseaux sociaux? On se rappelle que le groupe politique En Marche a déposé début juin une proposition de loi visant à lutter contre ces fameuses "fake news". Une proposition qui avait fait l'unanimité contre elle provoquant une alliance de circonstance inédite entre Les Républicains, La France insoumise et le Front national.

En Europe aussi, la lutte anti-fake news a été portée au-devant de l'actualité ces derniers jours. Mais l'idée d'une loi a été balayée par un comité d'experts chargés de se pencher sur la question. Le groupe prônant l'auto-régulation et la concertation. En Belgique, le ministre Alexander De Croo (Open VLD) veut faire de notre pays un "laboratoire anti-fake news" avec tous les dangers que cela pourrait comporter. Qui détient la vérité et qui l'invente? Une question sans réponse.

Dans son droit?

Pour en revenir à l'affaire Benalla, la lecture d'un article du Parisien alimente encore un peu plus la polémique. Plusieurs personnes à l'Élysée se demandent comment réagir face à cette affaire: le président doit-il intervenir directement et commenter les faits?

Si certains pensent que cette affaire "va plomber l'été" de Macron et "créer des marques indélébiles", d'autres espèrent que "le truc va retomber". Les Français "champions du monde" ont la tête ailleurs, en vacances également. Pour preuve, "ça fait le buzz sur Twitter, le réseau social du microcosme parisien, mais sur Facebook où sont tous les Français, ça ne prend pas plus que ça", explique un collaborateur sous couvert d'anonymat.

Reste que Nordpresse utilise souvent une technique qui vise à changer son nom de domaine en dessous de ses posts pour tromper le lecteur. Si le site se veut avant tout parodique, c'est formellement interdit par Facebook, explique un collaborateur du Gorafi, site satirique pionnier en France. Une pratique jamais utilisée chez eux, selon Meriadeck, et qui serait la cause de cette subite censure.

Retour à la normale

Vers 18h, l'entièreté du site de Nordpresse était à nouveau accessible. Facebook a évoqué un problème technique: "Nous avons identifié le problème et sommes en train de le solutionner. Nous nous excusons pour la gêne. Ceci n’a rien à voir avec le contenu en lui-même", relate une journaliste de LCI.

Censure ou pas, l'affaire Benalla n'a pas fini de déchaîner les passions chez nos voisins. Le Monde, Libération, Le Figaro ou encore Ouest-France ont tous relayé la polémique. D'autres polémistes en profitent pour tomber sur Vincent Flibustier dont le site parodique mélange les genres: entre fake news, dénonciation d'une certaine presse et éducation aux médias dans les écoles. Un cocktail dangereux.

Déjà lu?

Déjà lu?