© Terzake

Confisquer les smartphones des migrants, la dernière idée de Bart De Wever

21 septembre 2018

Poursuivre les migrants qui ne demandent pas l'asile et leur confisquer leurs smartphones, c'est juridiquement faisable pour Bart De Wever. Le président de la N-VA a développé ces propos jeudi soir sur le plateau de "Terzake".

Le message n'est pas nouveau: la N-VA a fait de la gestion des personnes en séjour irrégulier sur le territoire belge un objectif de campagne. Le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover, estimait que ces migrants devraient faire l'objet de poursuites judiciaires et, dans certains cas, faire un séjour en prison de trois mois. "Le citoyen ne comprend pas pourquoi la loi n'est pas appliquée à ceux qui restent ici illégalement", écrivait-il jeudi.

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) n'est pas de cet avis: "Si nous devions poursuivre tous les justiciables qui encourent jusqu'à trois mois de prison, (...) nous ne serions pas sortis de l'auberge", déclare-t-il au micro de Belga. Mais pour le président de la N-VA, ce n'est pas un problème.

Invité à la VRT sur le plateau de l'émission "Terzake", De Wever a déclaré qu'il est tout à fait possible d'emprisonner les migrants n'ayant pas demandé l'asile. Et il propose d'aller plus loin en leur confisquant leur smartphone. "Là, je vous garantis que le message passera très vite auprès des trafiquants d'êtres humains: la Belgique n'est pas 'the place to be'."

Le smartphone contre l'isolement

Si le bourgmestre d'Anvers voit dans les smartphones un outil au service des passeurs, il faut rappeler que l'appareil est souvent avant tout un moyen pour des individus ayant fui leur pays de rester en contact avec leur famille abandonnée.

Dans un article de Vice, Omar explique que le smartphone lui sert à "parler à sa famille, ses amis, demander des nouvelles… C’est ce qui permet à beaucoup de ne pas se mettre à boire, de ne pas devenir fou". Jerry (nom d'emprunt) ajoute que le smartphone leur permet d'échapper à l'attente interminable à laquelle il fait face. "C’est très important de se relaxer. On n’a pas souvent l’occasion de trouver des endroits où on peut se poser, regarder une vidéo, se divertir. Ici, on peut se permettre de ne plus penser à rien."

Le New York Times écrivait au mois d'août: "Dans cette migration moderne, les cartes de smartphones, les applications de positionnement global, les médias sociaux et WhatsApp sont devenus des outils essentiels. Les migrants comptent sur eux pour publier des informations en temps réel sur les itinéraires, les arrestations, les mouvements de garde-frontières et les transports, ainsi que sur les lieux de séjour et les prix, tout en restant en contact avec leur famille et leurs amis."

© Medhi Kassou

Bornes de chargement au Maximilien

Au Parc Maximilien, à Bruxelles, les bornes de chargement sont d'ailleurs devenues essentielles. Chaque jour, on peut voir une cinquantaine d'appareils en train d'être chargés sur quelques rallonges posées sur une planche à même le sol. Car, comme l'a déclaré l'UNHCR, l'agence pour les réfugiés des Nations Unies, le téléphone mobile et l’accès à Internet sont primordiaux pour la sécurité des réfugiés au même niveau que la nourriture, l’abri et l’eau potable.

Mais cette situation au Maximilien est loin d'enchanter Bart De Wever. 'Ce n'est pas une coïncidence que cela se passe [à Bruxelles], où les formations politiques ont toujours applaudi le slogan d'Angela Merkel 'Wir schaffen das' ("Nous y arriverons" en référence à sa politique d'accueil des réfugiés, NDLR). Ces partis sont tributaires des voix des nouveaux arrivants. Je parle du PS, d'Ecolo, de Défi et de bien d'autres. C'est du pareil au même. Ils n'osent pas se confronter à la Plateforme citoyenne".

Un message qui s'oppose à ce que déclarait la Plateforme citoyenne la semaine passée: "comment le gouvernement peut-il encore croire qu’en misant sur la méfiance, la peur et la répression, il brisera le cercle vicieux de la dépendance des migrants vis-à-vis des passeurs?"

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