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La facture de la sortie du nucléaire ne fait qu'augmenter, et c'est le citoyen qui pourrait en payer les frais

18 octobre 2018

Alors que la fameuse deadline de 2025 approche à grands pas, le financement de la sortie du nucléaire paraît de plus en plus trouble. Les estimations des coûts du démantèlement des centrales et de la gestion des déchets radioactifs ne font qu'augmenter, avertit Greenpeace sur base d'un nouveau rapport d'experts. Et on ne sait toujours pas qui va payer la facture (salée).

Le gouvernement fédéral l'a promis le 30 mars dernier : la Belgique sera sortie du nucléaire en 2025, comme il a été prévu. Mais cette transition énergétique soulève toujours de nombreuses questions quant à sa mise en pratique. Parmi lesquelles on trouve en tête : la question de la gestion à long terme des dizaines de milliers de déchets radioactifs générés par les réacteurs et du financement du démantèlement des centrales nucléaires.

Et justement, ces points posent de plus en plus problème. Selon un nouveau rapport d’experts, réalisé par le bureau Zero Emission Solutions (ZES) et commandé par Greenpeace, les estimations des coûts de démantèlement des centrales et de gestion des déchets n'ont fait qu’augmenter au cours des années et continueront encore à croître. D'autant que ces coûts ne sont pour le moment pas correctement provisionnés.

Plusieurs milliards de dollars

De combien parle-t-on ? De plusieurs milliards de dollars. En août dernier, l'Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (ONDRAF) a d'ailleurs drastiquement revu à la hausse la facture de la gestion des déchets : au lieu de 3,2 milliards, on parle désormais de 8 voire plus de 10 milliards d’euros.

S'il n'est pour le moment pas possible de connaître le montant final exact nécessaire à ces opérations, il n'est pas non plus possible de garantir que cet argent sera disponible. Du coup, "le risque que le citoyen doive régler la facture est élevé", tire la sonnette d'alarme Greenpeace dans un communiqué.

"Engie-Electrabel cherche à se débarrasser de ses centrales nucléaires belges, mais après avoir mangé aussi longtemps au buffet nucléaire, il est nécessaire de payer l’addition avant de quitter le restaurant", commente Eloi Glorieux, expert Nucléaire chez Greenpeace. "Nous devons éviter que les exploitants des centrales nucléaires, qui ont fait tant de profits durant des décennies, ne fassent porter les coûts de ces opérations sur les citoyens de cette génération et des suivantes. Il en va de leur responsabilité de payer ces frais et de celle de nos politiciens, Mme Marghem [ndlr: Marie-Christine Marghem (MR), ministre fédérale de l'Énergie] et M. Peeters [ndlr: Kris Peeters (CD&V), ministre fédéral de l'Économie] en tête, de s’assurer qu’ils s’acquittent de leurs factures."

Un nouveau fonds indépendant

Sur base des conclusions du rapport, qui met en exergue divers scénarios possibles pour mieux gérer financièrement la sortie du nucléaire, l'organisation environnementale appelle le gouvernement à entreprendre trois démarches. La première est de revoir le fonds Synatom, mis en place pour financer le démantèlement des centrales et la gestion à long terme des déchets, qui n'est, selon Greenpeace, pas adéquat. Il faudrait à la place un nouveau "Fonds national de provisions nucléaires" qui soit indépendant et non plus aux mains d’Engie-Electrabel.

La second point est de réévaluer correctement (donc revoir à la hausse) les prévisions financières pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires, pour avoir des estimations chiffrées exactes et précises. Et enfin, la dernière chose que devraient faire les autorités politiques, toujours selon Greenpeace, est d'obliger Engie-Electrabel à déposer l’argent dans ce nouveau fonds indépendant dès que les déchets nucléaires sont évacués des réacteurs et pas 80 ans plus tard comme actuellement prévu. Il en va du portefeuille des citoyens belges.

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