Credit: Karina Brys.

Le PTB, seul contre tous?

26 octobre 2018

Le PTB au pouvoir, c'est la garantie de voir ses dépenses publiques augmenter. Le parti de la gauche radicale mettrait la démocratie en danger tout comme le ferait l'extrême droite. Un refrain chanté à qui veut l'entendre. Pour l'heure, le PTB n'arrive pas à former de majorité avec les autres partis. Ils sont plus que jamais isolés.

"Les négociations n'ont jamais vraiment commencé (...). Pour moi c'est clair, le PTB n'a jamais voulu prendre ses responsabilités. Ils bénéficient du fait qu'ils n'ont jamais rien fait, et donc, on ne peut leur faire aucun reproche. Ils ne veulent pas risquer de prendre leurs responsabilités. Ils ont trompé les électeurs." L'attaque est signée Paul Magnette au JT de la RTBF. Quelques heures plus tôt, PS et PTB ne parvenaient pas à former une majorité de gauche à Charleroi.

Échec des négociations

Pour la cheffe de file du PTB, Sophie Merckx, le PTB a eu l'impression d'être invité "pour la forme". Il faut comprendre par là qu'il n'aurait bénéficié d'aucune marge de manœuvre: "Il n'y avait pas de climat de confiance et Monsieur Magnette, qui répète que le PTB doit prendre ses responsabilités, n'a pas à dire à notre parti ce qu'il doit faire", a-t-elle ajouté, toujours au micro de la RTBF.

À Molenbeek, c'est le même constat d'échec pour le PTB. Là-bas, Catherine Moureaux semblait décidée à lui tendre les bras. Mais le PTB ne s'est pas laissé séduire. Dirk De Block (PTB) ne voulait pas devenir la marionnette d'un PS qu'il accuse de clientélisme. Quelques jours plus tôt, Catherine Moureaux expliquait que le retrait d'Ecolo des négociations était dû au même PTB, "car une partie de l'électorat des Verts n'en veut pas". La situation est aussi au point mort là-bas. Comme à Liège et Herstal d'ailleurs.

Il est vrai que tous s’interrogent sur la capacité (et la volonté) du PTB à participer au pouvoir. Avec les perspectives des élections législatives en mai prochain, le parti de gauche radicale, ou authentique selon les points de vue, aurait tout intérêt à rester dans l'opposition. Montrer du doigt ce qui ne va pas et en récolter les bénéfices dans six mois. Leur ligne de défense reste en tout cas la même que celle expliquée par Raoul Hedebauw après les élections: "Nous sommes un parti de rupture. Nous arrivons avec un programme."

De Staline au Venezuela

Ce programme justement, il fout une peur bleue au MR. On ne compte plus les sorties des pontes du parti pour nous expliquer que le PTB au pouvoir, c'est la garantie de courir à la catastrophe. Ce matin dans les colonnes du Soir, c'est au tour d'Olivier Chastel, président des libéraux, de sonner la charge. Pour lui, le PS et Ecolo sont déjà allés un pas trop loin en ouvrant la porte au PTB: "On ne m’enlèvera pas de l’idée que l’origine du PTB, sa revendication marxiste-communiste, tout cela représente un danger."

La référence au communisme totalitaire n'est jamais loin, un régime qui a connu le "travail forcé, des dizaines de millions de morts, des millions de ressortissants qui ont franchi le rideau de fer pour venir chez nous… Ceux qui parlent avec le PTB ne mesurent pas le danger que représente l’extrême gauche", met en garde Olivier Chastel.

Le week-end dernier, c'était au tour de trois députés MR de lancer une proposition de résolution au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles: les écoles doivent mieux informer les élèves sur les crimes et exactions commis par les régimes communistes. La bataille idéologique a commencé. Le parallèle avec l'extrême droite est établi. Si le Vlaams Belang est mis hors jeu, il doit en être de même pour le PTB.

Le cdH défend d'ailleurs le même point de vue: "Qu'il y ait une forme d'alliance possible, c'est donner une légitimité au PTB, c'est une banalisation", a déclaré Benoit Lutgen, avant d'ajouter : "On ne négocie pas avec un parti qui a comme référence Staline".

Et aujourd'hui? C'est pas mieux. Il n'y a qu'à regarder ce qui se passe au Venezuela, clament les libéraux. Le PTB n'aura jamais entendu aussi souvent le nom de ce pays en peine déliquescence économique. Ils partageraient les mêmes recettes. L'argument est à la fois imparable et un peu facile.

Guerre de communication

Résumons la situation: le MR et le cdH sont totalement contre, Ecolo est plus que réservé, et le PS en profite pour taper un grand coup sur son rival. Paul Magnette veut faire tanguer le parti de Raoul Hedebouw: "le PTB dit qu'il combat la droite. Or, il ne s'est présenté que là où le PS était fort. Le PTB a fait campagne contre moi".

La guerre de communication est lancée, en témoigne ces visuels partagés par le PS quelques minutes après l'échec des négociations à Charleroi. Et puis ce fut au tour de Raoul Hedebouw de répliquer ce matin: "On n'a jamais vu un parti torpiller son partenaire dans la presse en pleine négociation (...). Evidemment ce que nous voulions c'est peser sur les majorités. Mais il fallait une volonté de changement des partenaires, et elles n'étaient pas là"

Si dans le chef du MR et du cdH, les attaques répétées n'étonneront personne, on reste bien loin d'une hypothétique alliance de la gauche avec le PS et Ecolo. Pour l'heure, le PTB, c'est du seul contre tous.

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