© RTL Belgium

Emmanuelle Praet méritait-elle d'être suspendue? Plusieurs politiciens, dont Theo Francken, pensent que non

26 novembre 2018

Vous avez "toujours voté pour les mêmes en Wallonie", a déclaré Emmanuelle Praet sur le plateau de "C'est pas tous les jours dimanche" sur RTL-TVI. Elle s'adressait aux représentants des Gilets Jaunes belges. Avant d'ajouter que si les Gilets paient trop de taxes, c'est un peu à cause d'Ecolo. Ces propos lui ont valu une suspension et une certaine mobilisation du monde politique flamand et de certains élus MR.

Des représentants du mouvement des Gilets Jaunes belges étaient invités sur le plateau de "C'est pas tous les jours dimanche". Alors qu'ils se plaignaient de devoir payer trop de taxes, la polémiste et chroniqueuse Emmanuelle Praet leur a répliqué qu'ils ne devaient pas s'étonner puisqu'ils avaient "toujours voté pour les mêmes en Wallonie".

Elle a également ajouté: "aux dernières élections, Ecolo a fait un bond, que toutes ces taxes que vous avez sont des taxes environnementales, alors, aux prochaines élections, réfléchissez quand même un peu". Ces propos ont choqué, notamment dans le camp Ecolo. La coprésidente du parti Zakia Katthabi a dénoncé ces propos dans un tweet et exigé la condamnation "de cette désinformation".

Suspension

Dans les heures qui ont suivi cette condamnation, la chaîne RTL a fait savoir qu'elle suspendait d'antenne sa chroniqueuse. "La direction de RTL regrette ces propos outranciers et tient à s’en désolidariser fermement", a-t-elle indiqué dans un communiqué. "Il s’agit là d’une faute grave commise par la polémiste dont la mission doit servir le débat d’idées en plateau, et ne consiste en rien à vilipender gratuitement l’action de partis spécifiques en usant de généralités sans fondement."

Dans le monde politique flamand, cette suspension en a dérangé plus d'un. Le secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations Theo Francken (N-VA) et la présidente de parti Gwendolyn Rutten (Open VLD) estiment que c'est une attaque à la liberté d'expression. Côté francophone, rares sont les voix qui se sont élevées pour prendre sa défense. Au sein des journalistes francophones, personne ne semble soutenir la polémiste.

Cette suspension a choqué Theo Francken (N-VA)

"J'avais déjà pu observer ce sentiment extrême de supériorité morale et ces tendances autoritaires des Verts quand ils ont refusé de s’excuser pour cette caricature nazie. Maintenant, voici le premier journaliste qui passe à la trappe.#jesoutienEmanuellePraet"

Le secrétaire d'État a lancé une série d'autres tweets sur le même sujet et son hashtag de soutien à la chroniqueuse a trouvé un écho, modéré, sur Twitter.

Et la présidente de parti Gwendolyn Rutten Open VLD) qui parle d'un "mauvais signal"

"Chaque politicien entend et lit des analyses erronées ou conflictuelles sur lui-même, son idéologie ou son parti. Y faire face appartient à la démocratie libérale. Si vous n'êtes pas d'accord, demandez un droit de réponse. Pas de suspension."

Le Montois George-Louis Bouchez (MR) a jugé cette suspension "incompréhensible"

Tout comme David Clarinval (MR) et Richard Miller (MR)

Même chose du côté de l'Ixellois Alain Destexhe

Le conseiller municipal Bart De Meulenaer (N-VA) évoque un deux poids deux mesures

"Vous pouvez vous contenter de penser que les Vlaams Belang sont des fascistes. Vous pouvez crier que la N-VA sont des extrémistes de droite. Mais pour le reste, vous ne devez pas avoir d'opinion sur les autres partis. Et à propos de Groen-Ecolo, c'est toujours Kumbaya!"

Même son de cloche chez Hendrik Vuye, ancien député N-VA (il a quitté le parti en 2016)

"Liberté d'expression en Belgique francophone... Une journaliste suspendue parce qu'elle déclare que Ecolo/Groen aime les taxes écologiques."

"Je n’ai pas appelé RTL"

La coprésidente d'Ecolo a réagi aux accusations qui dénonçaient son coup de pression sur RTL-TVI:

"Je n’ai pas appelé RTL. J’étais scandalisée devant ma télé et j’ai juste fait un tweet pour demander une condamnation des propos d’Emmanuelle Praet. Je m’attendais simplement à ce qu’au début de la prochaine émission, Christophe Deborsu dise qu’il y avait eu désinformation et condamne fermement le propos" peut-on lire sur le site du Soir.

Avant de préciser l'objet de son tweet polémique: "Je connais son discours et on ne partage pas les mêmes positions, mais je ne suis jamais intervenue. Ecolo n’est pas épargné par les commentateurs, c’est le jeu, mais, cette fois, elle a franchi une frontière en donnant une consigne de vote après avoir menti."

Depuis, l'affaire fait grand bruit et une pétition de soutien à Emmanuelle Praet a même été lancée

Déjà lu?

Déjà lu?