Gouvernement Michel: les pistes d'une sortie de crise

6 décembre 2018

Jusqu'ici, tout va bien. Le gouvernement Michel n'est pas mort. La N-VA reste à bord et les discussions se poursuivent au sein de la majorité. Mais le Premier ministre compte toujours se rendre à Marrakech. Il devrait recevoir le soutien de la Chambre ce jeudi en séance plénière. Des scénarios de sortie de crise existent. Ils sont parfois très originaux.

Rien n'est jamais simple en Belgique. En particulier en politique. Le gouvernement de Charles Michel ne tient plus qu'à un fil mais il tient toujours. La N-VA qui menaçait de partir est finalement restée.

La majorité fédérale s'écharpe sur un dossier que personne n'avait vu venir. D'abord, car le pacte sur les migrations de l'ONU n'est pas contraignant. Ensuite, car ce pacte semblait encore satisfaire tout le monde il y a quelques semaines.

En fait, il semble qu'à six mois des élections qui doivent redessiner notre paysage politique, chaque parti ait voulu clarifier ses positions. La N-VA s'est repositionnée à droite, constatant la progression du Vlaams Belang aux dernières élections communales. Du côté du MR, Charles Michel a voulu marqué son autorité, sans doute lassé d'avaler des couleuvres (ce qui est d'ailleurs le propre d'un gouvernement fédéral qui doit trouver le consensus).

19 décembre

Reste que la crise est bien là. Et que les échéances se rapprochent. Mais il semble que la date butoir ne soit pas ce lundi à Marrakech mais bien à New York le 19 décembre. C'est là que la Belgique se prononcera pour ou contre le pacte de l'ONU sur les migrations.

Rappelons une ou deux choses avant d'envisager les scénarios d'une sortie de crise. Il faut savoir que si Charles Michel veut clarifier la position de la Belgique sur le pacte de l'ONU, il doit obtenir un consensus au sein du gouvernement. Peu importe s'il obtient ce jeudi le soutien de tous les partis au sein du parlement. C'est l'exécutif qui est d'abord compétent pour la signature de ce genre de textes. Pour rappel hier en commission, tous les partis ont marqué leur accord à l'exception de la N-VA bien sûr, mais aussi du Vlaams Belang. Le PS s'est lui abstenu et chacun se demande un peu ce qu'il va faire aujourd'hui en séance plénière.

À Marrakech lundi, Charles Michel devrait donc réaffirmer sa position, fort d'un soutien massif du parlement. Mais il ne pourra engager la Belgique formellement. À moins que, par la volonté de la N-VA de rester au gouvernement, on suppose un consentement du parti nationaliste au pacte. On n'en prend pas le chemin. Reste que si la crise n'éclate pas à Marrakech, ce sera vers New York qu'il faudra se tourner. C'est à ce moment-là que le gouvernement devrait imploser, survivre ou se transformer.

Trois scénarios

Trois scénarios (au moins) pourraient alors être envisagés. La N-VA, isolée comme jamais, fait marche arrière. Elle trouve un moyen de se sauver la face et reste au gouvernement. Elle approuve le pacte via une note d'interprétation ou tout autre élément qui l'adoucirait. Peu probable.

Ou alors, il y a la possibilité que le gouvernement Michel démissionne, les affaires courantes prendraient alors leur cours. Le Parlement reprendrait en partie la main et pourrait peser de son poids pour approuver le pacte. Deuxième solution, toujours en cas de démission: Charles Michel se rendrait chez le roi avant de tenter de former un nouveau gouvernement, sans la N-VA cette fois. Cette méthode aurait l'avantage de faire approuver le pacte mais bloquerait toute une autre série de dossiers pour le reste de la législature.

Le troisième scénario envisagé, expliqué mercredi soir par Marc Verdussen, constitutionnaliste à l'UCL, sur les antennes de La Première, consisterait à révoquer les ministres N-VA du gouvernement. Vu qu'eux-mêmes ne veulent pas démissionner. Mais cela comporte un double danger. D'abord, la N-VA pourrait se présenter en victime devant ces électeurs, "Nous avons été chassés du gouvernement", clameraient-ils. Ensuite, ce serait sans doute le retour d'une guerre institutionnelle et communautaire dont on ne connaîtrait pas l'issue. Se passer du plus grand parti du pays pour approuver un texte qui divise autant nous plongerait assurément dans la crise. Et pour longtemps.

Encore une fois, la perspective des élections législatives de mai prochain change tout. Car tous savent qu'ils devront se reparler et peut-être même se rassembler dans quelques mois. Quand on te disait que rien n'était simple en Belgique.

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