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Cette fois, c'est acté: voici la composition du nouveau gouvernement orange bleu sans la N-VA

9 décembre 2018

Après des semaines de vives négociations autour du pacte migratoire, ce dossier qui a tant divisé le gouvernement belge aura finalement eu raison de lui. Le Premier ministre Charles Michel s'est rendu chez le roi ce dimanche matin pour acter un gouvernement sans la N-VA et a ensuite tenu un conseil des ministres pour redistribuer les portefeuilles des ministres nationalistes démissionnaires. Voici la nouvelle coalition orange bleue.

On te l'annonçait hier, le gouvernement Michel I vivait ses dernières heures. Le conseil des ministres spécial réuni ce samedi soir, que les ministres N-VA ont quitté après seulement une demi-heure, l'avait plongé dans un état de mort cérébrale. Pour cause, le parti de Bart De Wever était venu avec une seule volonté : que la Belgique s'abstienne sur le vote du pacte migratoire à New York le 19 décembre prochain. Mais les trois autres partis de la majorité (MR-CD&V-Open VLD) ont tenu bon et rejeté leur demande. À la sortie du conseil des ministres, les ministres nationalistes ont donné une conférence de presse pour lancer une ultime menace : si Charles Michel se rend à Marrakech ce lundi, la N-VA quittera le gouvernement.

Ce n'était donc qu'une question d'heures, voire de minutes. Ce dimanche matin, le Premier ministre a entendu la décision de la N-VA et décidé de se rendre chez le roi pour acter, par arrêté royal, cette démission. Puisqu'en Belgique, le roi est le seul compétent à nommer constitutionnellement les ministres.

Un gouvernement orange bleu minoritaire

Le président du MR, Olivier Chastel, avait déjà annoncé la couleur un peu plus tôt ce dimanche matin sur les ondes de La Première : "C’est pour ça qu’il [ndlr: Charles Michel] prépare avec les trois familles politiques un gouvernement orange bleu qui prendra la succession du précédent". Un gouvernement donc composé du MR (bleu) côté francophone, de l'Open VLD (bleu) et du CD&V (orange) côté néerlandophone, en remplacement de la Suédoise.

Concrètement, sans la N-VA, plus grand parti de Flandre, le gouvernement n'a plus de majorité au Parlement (puisqu'il ne dispose plus désormais que de 52 sièges sur 150 à la Chambre, contre 85 avec la N-VA) et risque donc d'avancer difficilement sur une série de dossiers pour le reste de la législature (tels que le vote sur le budget). Afin de respecter la Constitution et la parité linguistique, le Premier ministre doit donc remplacer les trois ministres N-VA démissionnaires, Jan Jambon (ministre de l'Intérieur), Johan Van Overtveldt (ministre des Finances) et Sander Loones (ministre de la Défense désigné après les élections communales) et redistribuer leurs portefeuilles entre les membres des trois partis restants dans le gouvernement (MR, Open VL et CD&V).

Composition en détail du gouvernement Michel 2

Chose qu'il a faite lors du conseil des ministres qui s'est déroulé dans la foulée, ce dimanche à 15 heures. Le gouvernement Michel 2 (ou Michel Bis) est donc désormais remanié de la sorte :

  • Le secrétaire d'État au Commerce extérieur Pieter De Crem (CD&V) devient ministre de l'Intérieur et de la Sécurité à la place de Jan Jambon.
  • Le ministre de la Coopération au développement et des Télécommunication Alexander De Croo (Open VLD) remplace Johan Van Overtveldt aux Finances et prend également le Développement international.
  • Maggie De Block (Open VLD) reprend, elle, le portefeuille de la Migration jusqu'ici détenu par Theo Francken, en plus de son poste de ministre des Affaires sociales et de la Santé publique.
  • Didier Reynders (MR), et non Denis Ducarme comme annoncé plus tôt, reprend le portefeuille de la Défense en plus des Affaires étrangères et européennes.
  • Le secrétaire d'Etat à la Lutte contre la fraude sociale, à la Protection de la vie privée et à la mer du Nord Philippe De Backer (Open VLD) est promu ministre et récupère l’Agenda numérique, les Télécoms et la Poste détenu auparavant par Alexander De Croo, ainsi que la Simplification administrative qui était à Theo Francken, en plus de ses attributions que sont la Lutte contre la fraude sociale et la mer du Nord.
  • Kris Peeters (CD&V) reste ministre de l’Économie, de l’Emploi, des Consommateurs et du Commerce extérieur et gèrera également la Lutte contre la pauvreté, l’Égalité des chances et les Personnes présentant un handicap, qui étaient avant à Zuhal Demir.
  • La ministre du Budget Sophie Wilmès (MR) devient ministre de la Politique scientifique (attribution qu'elle reprend à Zuhal Demir) et de la Fonction publique (aux mains de Steven Vandeput puis de Sander Loones).
  • Denis Ducarme (MR) reste ministre des Classes moyennes, des Indépendants, des PME, de l’Agriculture et de l’Intégration sociale et reprend les Grandes villes à Zuhal Demir.
  • Koen Geens (CD&V) reprend la Régie des bâtiments à Jan Jambon en plus de son portefeuille ministériel de la Justice.

Enfin, de manière à garantir la parité au sein du gouvernement fédéral, le Premier ministre Charles Michel devient asexué linguistique.

Trois axes d'action prioritaires

À la sortie de ce premier conseil des ministres, le gouvernement remanié a tenu une conférence de presse à 16 heures. Le Premier ministre, accompagné de son équipe orange bleue, y est venu exposer trois axes d'action qu'il compte mettre prioritairement en avant d'ici les élections.

  1. Le premier concerne le volet économique. Pour cela, le gouvernement entend renforcer l'investissement, la politique socio-économique ainsi que le pouvoir d’achat des citoyens. Charles Michel a en outre évoqué le pacte d’investissement et le Brexit, pour lequel il souhaite que la Belgique défende les intérêts de ses entreprises et de ses citoyens face au Royaume-Uni.
  2. Le deuxième axe a trait à la sécurité des citoyens, la protection et la justice.
  3. Et enfin, le troisième axe est le climat, pour lequel le gouvernement entend définir des plans d'action prioritaires et rencontrer ainsi les appels forts de la société qui s'est fortement mobilisée lors de la Marche pour le Climat le 2 décembre dernier.

Vives critiques de l'opposition

Ce nouveau gouvernement minoritaire suscite déjà son torrent de critiques de la part de l'opposition, qui entend ne pas le soutenir. Pour Olivier Maingain, président de DéFI qui s'est exprimé ce matin sur les ondes de La Première, il s'agit d'un "choix électoral de la N-VA" et "un énorme gâchis". "C'est le résultat d'un choix politique de Charles Michel qui "se tortille en remerciant la N-VA". Et de conclure, "le grand gagnant , c'est la montée des extrêmes".

Ahmed Laaouej, chef de file du PS à la Chambre, ne mâche pas non plus ses mots. "Un Premier ministre irresponsable", une "guéguerre, avec d'un côté un Premier ministre "à titre personnel", Charles Michel, et un Premier ministre de l'ombre, Bart De Wever", a-t-il déclaré sur La Première également. Il appelle le Premier à venir s'expliquer devant le Parlement et à le consulter avant de s'envoler pour Marrakech.

De son côté, Charles Michel a d'emblée annoncé sa volonté de "dialoguer" et "mettre en place des coopérations avec le parlement", mais il a souligné très clairement sur le plateau de RTL-TVI que "d'un point de vue constitutionnel" il ne "DOIT pas demander la confiance au parlement dans ces circonstances" pour valider ce nouveau gouvernement.

La N-VA, elle, a annoncé qu'elle continuerait à soutenir le gouvernement, depuis le parlement, et pourrait donc continuer à peser sur les dossiers socio-économiques. Pour faire court, on a un gouvernement sans la N-VA, mais qui sera toujours en quelque sorte au pouvoir.

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