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Le "couloir humanitaire" de Francken éclaboussé par un scandale: un conseiller N-VA arrêté pour trafic d'êtres humains

16 janvier 2019

Une révélation particulièrement douloureuse vient piétiner le travail de Theo Francken (N-VA), l'ancien secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations. Sa politique d'accueil, qui a permis à une série de familles chrétiennes syriennes de se poser en Belgique, a été corrompue par une personne de confiance, Melikan Kucam. Ce conseiller communal N-VA faisait payer les familles pour les laisser entrer. Il est maintenant en prison. Francken se dit sous le choc.

Melikan Kucam, conseiller communal de la N-VA à Malines, est en prison pour trafic d'êtres humains. Il réclamait à des chrétiens syriens et irakiens de lui verser des dizaines de milliers d'euros en pots-de-vin pour qu'il les ajoute sur une liste de visas humanitaires. Si Kucam a eu la possibilité d'avoir ce genre de pratiques, c'est parce qu'il avait la confiance du secrétaire d'État à l'asile et aux migrations de la N-VA, Theo Francken.

Kucam, président de la Maison flamande-assyrienne, était une personne très respectée dans sa communauté. Naturellement, en tant que conseiller municipal de la N-VA, il avait également des rapports avec Francken. Ce dernier le consultait régulièrement et lui faisait dresser la liste des bénéficiaires de l'asile humanitaire.

Mais Kucam a complètement abusé de cette position. L’enquête judiciaire n’est pas tendre: elle fait état de trafic d’êtres humains, d’extorsion de fonds, de corruption passive et de crime organisé. Le suspect aurait parfois réclamé plus de 10.000 euros pour un visa humanitaire: des sommes scandaleuses, mais qui sont monnaie courante dans le business des passeurs qui font sortir les réfugiés de pays comme la Syrie et l'Irak.

Ces visas humanitaires étaient une pièce maîtresse pour Francken. Politiquement, c'était l'occasion de dévoiler son aspect humain (souvent décrié), mais en pratique, cela lui a surtout permis de sauver des communautés chrétiennes menacées en amenant parfois jusqu'à 250 personnes à la fois. Ce transport avait un coût, lié notamment aux questions administratives. L'ambassade demandait 180 euros pour émettre des documents et le service de l’immigration en demandait 350. Les réfugiés devaient également payer le voyage avec leurs propres sous. Mais toutes les sommes supplémentaires qui étaient versées finissaient dans les poches de Kucam et compagnie.

Un "monstre" au sein de la N-VA

La VRT a diffusé mardi soir un reportage faisant la lumière sur cette affaire dans son magazine d'investigation Pano. Kucam y a été décrit comme la figure clef de cette fraude organisée: de nombreuses personnes impliquées l'ont présenté comme le chef du gang de voyous. Pour la N-VA, l’affaire est particulièrement mauvaise: ils ont fait confiance aux membres du parti et se sont laissés complètement berner. Francken lui-même a avoué être sous le choc: "Je suis bouleversé après ce que j'ai vu". Selon les informations de la VRT, il aurait, à l'époque, eu vent de rumeurs concernant des abus et aurait conseillé aux personnes impliquées d'aller porter plainte à la police.

Il va de soi qu'une pareille affaire produit d'importants dégâts au sein de la N-VA. Tout le monde se sent trompé par ce "monstre", comme l'appelle maintenant son ex-parti. "S'il s'avère que c'est la vérité, je me sens trahi en tant qu'être humain", a tweeté Zuhal Demir (N-VA), ancienne secrétaire à l'Égalité des chances.

Suspendu par la N-VA

La N-VA a préféré attendre les conclusions de l’enquête avant de se prononcer. Le parti continue de défendre "la nécessaire et légitime opération de sauvetage de chrétiens, dont la vie était menacée par les terroristes de l’État islamique".

"Compte tenu de la nature des lourdes accusations à l’encontre de Melikan Kucam, le bureau exécutif de la N-VA - en partie sur demande de la section de Malines - a décidé de le suspendre en urgence de ses fonctions. L’abus de personnes dans le besoin est répréhensible et répugnant, il n’y a pas d’autres mots. Nous attendons l’issue de l’enquête", a fait savoir le parti nationaliste flamand mardi soir.

Dans l'opposition, on réagit avec une certaine amertume. "Où on apprend que Francken savait, il y avait des rumeurs", a tweeté la co-présidente d'Ecolo Zakia Khattabi, citant le reportage de Pano. "A-t-il diligenté une enquête ? Visiblement non ... Imaginez ses tweets depuis hier si cela avait été un autre responsable politique, un.e ecolo bobo par exemple..."

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